L’érudition : l’art d’apprendre par soi-même

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On peut être studieux et ne pas aimer les études. Ce n’est pas entrer en contradiction que d’aimer apprendre et de se lasser d’étudier. Il faut dire que l’on trouve plus de jouissance et d’épanouissement dans l’érudition que dans la soumission religieuse au cadre académique, où tout est cloisonnement et rigidité.

L’Université devrait être une sorte de restaurant où l’on sert non-stop à toutes les heures du jour et de la nuit, et où l’on pourrait choisir ses plats à la carte sans devoir prendre de menu. En somme, elle devrait permettre d’étudier ce que l’on veut, où l’on veut, quand on veut. L’idéal, en effet, serait piocher un cours par-ci (disons en sciences), un cours par-là (disons sur la V° République), afin de former un melting-pot qui rassemble tous nos sujets de prédilection. Bien entendu, pour que les portes ne s’ouvrent pas à toutes les fenêtres, un certain encadrement est nécessaire.

En l’absence d’un tel modèle, pourtant bien en phase avec l’époque, le mieux reste d’apprendre par soi-même : j’appelle cela l’érudition.

> Brasser toutes les disciplines…

Parmi mes « rares » qualités figure la curiosité. Comme je le dis souvent, c’est une qualité « innée-puisable ». Et puisque j’en suis plein, je ne peux me résoudre à m’enfermer dans un carcan. Pendant mes trois années de Licence en Lettres modernes, figurez-vous que j’ai lu davantage de livres de politique et de société que de littérature. Je n’ai jamais ouvert Le Magazine littéraire mais je me suis toujours plongé dans L’Express, Le Courrier international ou tout autre journal d’actualité brûlante. (C’est pourquoi, bon sang, je regrette de n’avoir pas fait d’études politiques ; mais c’est une autre histoire.)

par les livres

Apprendre par soi-même passe d’abord par les livres. Une fois sur deux, je n’ai pas l’idée de l’auteur ni du livre que je vais lire. Quand je survole du regard les rayons d’une librairie ou d’une bibliothèque, je laisse faire le hasard : si le titre et la quatrième de couverture me convainquent, je m’exclame (« Ah ! »), et je prends. C’est de la sorte que j’ai trouvé et lu, parmi tant d’autres exemples, Urgences françaises de Jacques Attali ou Le Mal français d’Alain Peyrefitte. Autrement, je n’y aurais pas pensé. (J’ai liste « toutes mes lectures » sur > cette page).

Livres éruditionUne fois le bouquin loué ou acquis (à moi!), je ne me limite pas à le lire « passivement ». Vous conclurez que je le lis donc « activement ». Parce que l’on oublie vite le contenu d’un livre, j’ai toujours à côté de moi une « troisième page » où j’inscris les informations clés : dates, montants, noms, événements, concepts, etc. Qui sait, ces fiches de lecture serviront un jour pour mon travail : quand on me demandera de rédiger un dossier ou de partir en reportage, je pourrai accéder à ma petite réserve de savoirs.

par les documentaires

L’érudition passe aussi par les documentaires visuels, audios, ou les deux (audiovisuels). Ce que j’aime par-dessus, c’est m’injecter 52 minutes de savoirs en regardant France 5, Arte, etc. Je ne me lasse pas de ces petits films agréables, souvent décontractés et bougrement instructifs. Là encore, c’est le hasard qui m’y mène : en zappant. Un coup, je vais m’enthousiasmer en suivant l’histoire de l’invention de je-ne-sais-quoi ; une autre fois, je vais cogiter devant le reportage sur une affaire, un scandale ou un fait de société. Et même si le sujet ne me passionne pas « spécialement », je le regarde quand même, car il est toujours plaisant de savoir et de connaître. Si plaisant que j’abuse parfois de la VOD.

F CulturePour ce faire, il est aussi intéressant d’écouter la radio. En cela, France Culture est une mine extraordinaire de savoirs. On apprend des choses absolument magnifiques sur la philosophie, la littérature, les sciences ou l’international. C’est un bel endroit pour comprendre le monde, avec des journalistes et des invités qui parlent posément, en prenant leur temps, hors de l’urgence médiatique des confrères. Une bonne chose à faire, c’est d’écouter leurs podcasts ou, mieux, de les télécharger afin balader la connaissance avec soi : le site de France Culture est en cela une immense bibliothèque numérique, où l’on peut accéder à des archives pendant 1 000 jours. Je dis France Culture, mais je pourrais citer toutes celles qui proposent des émissions culturelles.

par les médias

Les médias sont aussi un excellent moyen d’apprendre : un journaliste dira rarement le contraire. Par « médias », il ne faut pas seulement considérer l’actualité brute, qui est de l’ordre du factuel : il faut aussi prendre en compte ce qui l’entoure, c’est-à-dire les débats, les analyses et les dossiers. Avoir vent d’un fait isolé n’apprend rien en soi, alors que la contextualisation, elle, permet de traverser l’Histoire, de découvrir des concepts et forger notre pensée. Qui a suivi un minimum la campagne des élections européennes a ainsi pu plonger dans la société de nos voisins, dans l’Histoire de l’Europe comme dans celle de ses institutions. Qui s’intéresse à la situation en Ukraine peut rafraîchir sa mémoire, car elle rappelle la Guerre froide, l’Histoire de la Russie, etc.

> Qu’on ne se moque pas des MOOC

MOOCEnfin, un excellent moyen d’apprendre par soi-même est de suivre des MOOC‘s. La révolution du numérique a permis l’émergence de cette nouvelle façon d’étudier ; d’étudier ce que l’on veut, où l’on veut, quand on veut, et gratuitement. C’est ainsi que depuis avril, je suis quatre ou cinq de ces cours en ligne : l’un sur la géopolitique, dispensé par l’École de Management de Grenoble ; l’autre sur le journalisme et les réseaux sociaux, proposé par Rue89, etc. Des thématiques, il y en a des tonnes et des tonnes, et pour tous les goûts. L’avantage est qu’on se voit remettre une certification à la fin du cours : les cumuler donnera toujours plus valeur à son CV.

Mais il y a tellement de choses à dire sur les MOOC’s qu’il faudrait leur consacrer un article entier, ce que je ne vais pas tarder de faire.

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Ma parole n’a rien de prophétique : il est donc hors de question que « j’impose » ces procédés d’érudition à l’Humanité entière. De même, prétendre être érudit comme Erasme ou les philosophes des Lumières relèverait de la mégalomanie.

Cependant, j’incite les gens qui font pareil à continuer et je pousse ceux qui ne le font pas à s’y mettre à leur rythme. Sortir des disciplines universitaires, souvent compartimentées, et promener sa curiosité ailleurs, est toujours une preuve d’ouverture d’esprit. Évidemment, les aspirants journalistes sont en première ligne : ne dit-on pas que le journaliste brille par sa culture générale ?

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