De la traque à l’assaut, de la panique au soulagement

Crédits : AFP Photo / François Lo Presti

Crédits : AFP Photo / François Lo Presti

« Ça recommence ! » Il est à peine 8 heures ce jeudi quand j’apprends, une nouvelle fois par la radio, qu’« une fusillade vient de se produire au sud de Paris ». On hésite sur le lieu – Châtillon, Malakoff, Montrouge ? –, moins sur l’horreur de l’acte commis : une policière a été abattue et un agent d’entretien blessé. Même si les autorités n’établissent pas de « lien » avec les événements de la veille, on ne peut que se sentir démuni face au tragique de répétition.

Pendant plusieurs heures, le maintien de la version officielle fixe en nous une sorte de soulagement. On préfère circonscrire le cauchemar de la veille à cette seule journée, et se dire que le « 11-Septembre français » n’a eu lieu que le 7 janvier 2015. Mais quelques heures plus tard, voilà que ces deux événements sont mis en rapport. Et voilà que le suspense remet l’émotion populaire sans dessus dessous. L’infernal compteur de la terreur n’était pas arrêté – et on ignorait tout de son terme…

Peur sur la France

Le temps est donc à la traque. Les Français, et plus encore les Parisiens, revivent le même scénario qu’en novembre 2013, lorsqu’un « tireur fou » nommé Abdelhakim Dekhar semait la terreur dans la capitale après avoir fait irruption à BFM TV et « Libération ». Minute par minute, ils suivent la cavale des tueurs de Charlie Hebdo dans les étendues champêtres de l’Aisne et de la Seine-et-Marne. Quant au tueur de Montrouge – avait-il un complice ? est-il le « troisième homme » ?, etc. – il inquiète plus encore par son intraçabilité. Pour se faire peur, pour se rassurer mais avant tout pour savoir, le public ne décroche pas de Twitter et des chaînes d’info en continu.

Bien que la journée du jeudi 8 n’ait pas été aussi meurtrière que celle de la veille, les Français vivent encore dans la crainte. Car ces terroristes sont toujours en capacité de nuire et il n’est pas impossible qu’un nouvel acteur s’ajoute au jeu criminel.

Alors, les Français mettent tous leurs espoirs dans le travail rigoureux des forces de l’ordre et des unités d’élite, garants de notre liberté et de notre sécurité. En attendant le dénouement – dont on ignore tout, encore une fois… –, on se réunit spontanément partout en France, unis contre la barbarie. A midi, le pays entier est à l’arrêt : dans les écoles, les entreprises et même dans les transports, on observe une minute de silence. Sur le parvis de Notre-Dame, des larmes coulent en même temps que tombe la pluie et sonne le glas. Puis le soir, comme la veille, les places des villes se remplissent de « Charlie ». Les Français sont ensemble.

Stupeur et tremblements

Le lendemain, alors que l’on croit en avoir fini et tandis que tous les regards sont tournés vers Dammartin-en-Goële, voilà qu’une prise d’otages se produit à la porte de Vincennes. Et parce qu’elle a lieu dans l’épicerie Hyper Cacher, la dimension islamophobe paraît évidente. Fatalement, le cours des événements donne raison au dicton : « Jamais deux sans trois ».

Il est un peu moins de 14 heures quand j’apprends cela, non plus par la radio mais par une application « Live ». Une nouvelle fois, comme 48 heures plus tôt, je m’empresse de réunir mes affaires et je me dépêche d’aller à Nation. En descendant de la station de métro s’étend devant moi l’avenue du Trône, déserte. Au loin, j’aperçois le théâtre des opérations et des files interminables de véhicules de police.

Sans carte de presse, je ne peux m’aventurer dans le périmètre de sécurité. Je me poste donc au milieu des curieux inquiets et j’en profite pour capter et engager des conversations. Entre autres : un riverain, client régulier de l’Hyper Cacher, confie connaître ses gérants ainsi que ceux de la boulangerie voisine ; un lycéen de confession musulmane condamne l’attentat de Charlie Hebdo bien qu’il avoue être « choqué » par les représentations de Mahomet ; enfin, une mère attend, entre inquiétude et soulagement, la sortie de sa fille du lycée Hélène Boucher, situé dans la zone de confinement.

Dans l’attente d’informations sur la prise d’otages, je croule sous quantité d’alertes contradictoires. Un policier (?) en civil – « je ne peux pas vous dire [qui je suis] – avec lequel je discute apprend par son talkie-walkie que « le quartier du Trocadéro est évacué », notamment car un « homme armé » a été aperçu. Sur Twitter, je lis des témoignages allant dans ce sens. Heureusement, le démenti tombe une quinzaine de minutes plus tard : « Fausse alerte ». A peine le temps de souffler de soulagement qu’un homme nous annonce que des coups de feu ont été entendus rue Saint-Maur : « C’est un ami sur place qui me le dit ». L’un ou l’autre plaisante ou hallucine, car les services de police n’évoquent rien de tel. Psychose ?! La simple rumeur et la moindre incertitude suffisent à installer un sentiment de chaos généralisé. Voilà qui n’aide pas le travail de la police : un représentant syndical avouera plus tard que les forces de l’ordre se sont déployées au gré de ces alertes.

Double dénouement

17h12, plusieurs détonations se font entendre au loin et déchirent le ciel crépusculaire. Nous sommes tous à nous demander à quoi cela correspond : un coup du preneur d’otages ou une action des unités d’élite ? Twitter me confirme que l’assaut vient d’être donné. Par la même occasion, j’apprends qu’il a également été décidé quelques minutes plus tôt à Dammartin. Impossible de contenir son émotion : un sentiment de victoire nous envahit tout entier et nous fait dire : « C’est fini ».

Images de BFMTV

Images de BFMTV

Dès lors, une fois les otages libérés, les forces de l’ordre présentes sur le cours de Vincennes n’hésitent pas à sortir de leur réserve habituelle pour manifester, quoique discrètement, leur contentement. L’un des policiers, en quittant le périmètre de sécurité en moto, va même jusqu’à klaxonner en levant le V de la victoire. C’est qu’ils ont accompli leur devoir, et les Français leur sont reconnaissants. Par tous les moyens, ils ne tardent pas à louanger leur courage et leur dévouement. Sans oublier leur sacrifice : sur les 17 victimes des attentats, trois policiers ont péri, « victimes du devoir ».

Autre édito à suivre…

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