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Place de la Nation, en fin de la Marche Républicaine, la société renaît sur "Le Triomphe de la République" de Jules Dalou.

Place de la Nation, en fin de la Marche Républicaine, la société renaît sur « Le Triomphe de la République » de Jules Dalou. Crédits : Martin Argyroglo

Les Français sont un peuple sacrément romantique. Voyez-le affirmer haut et fort les valeurs de la France : la liberté d’expression, la liberté de croyance ; en un mot : la Liberté ! Dès lors que des terroristes sans foi (modérée) ni loi (laïque) les ont outragées, brisées et martyrisées, ce peuple éclairé les a libérées de l’horreur sauvage. Ce, sans même attendre toute convocation officielle : dans une sorte de sursaut collectif, les « Charlie » ont convergé d’eux-mêmes vers les places de leur ville ou de leur village.

Ces mobilisations, impressionnantes par leur spontanéité et leur pouvoir rassembleur, n’auront été que des préludes à un événement plus amplement historique. Si les dates du 7, 8 et 9 janvier 2015 rappelleront désormais des attentats inqualifiables, celle du 11-Janvier restera mémorable pour sa « Marche Républicaine ». Jamais dans l’histoire de la France l’agora n’avait reçu autant de citoyens. Toutes considérations démographiques mises à part, elle a (ré)uni davantage de Français que le 25 août 1944… jour où ils ont fêté le triomphe de la Liberté sur l’occupation nazie.

Ce dimanche-là, Paris était la capitale du monde, et la France, le flambeau de la Liberté universelle. Le temps d’un après-midi dominical, tous les regards étaient tournés vers la place de la République, comme l’ont pu l’être auparavant les places Maïdan (dite « de l’Indépendance »), Tahrir ou Tian’anmen. Nombre de dirigeants internationaux, par leur présence symbolique, ont réaffirmé le droit à la Liberté de leur peuple. Ils ont pris la France pour modèle, comme si elle était la Marianne du tableau de Delacroix. Et dans ce moment historique, François Hollande a su se glisser mieux que jamais dans son costume présidentiel ; « prophète », malgré lui, de l’idéal républicain, et rassembleur de Français qui s’ignoraient.

Place de la République, dimanche 11 janvier. Point de départ de la Marche Républicaine vers la place de la Nation. Crédits : AFP / Bertrand Guay

Place de la République, dimanche 11 janvier. Point de départ de la Marche Républicaine vers la place de la Nation.
Crédits : AFP / Bertrand Guay

Ce dimanche-là, nous étions 2 millions dans les rues de Paris, autant dans les rues de province. « Nous sommes Charlie ! », qu’on scandait. Un slogan qui a réussi à faire crouler quelques murs de notre société, mais aussi mis en lumières quelques unes de ses fractures. C’est d’ailleurs la force des affirmations collectives : faire tomber les murs. En 1989, le « Nous sommes le peuple ! » des Allemands de l’Est a fait chuter celui de Berlin en même temps que le régime soviétique.

Ce dimanche-là, oui, le temps était à la communion. Les âges, métiers, origines, confessions, opinions politiques – et j’en passe – défilaient côte à côte avec toutes leurs différences – qui sont autant de chances. Ce jour-là, nous étions tout simplement des citoyens français, et fiers de l’être. La bonne humeur parcourait les foules en dépit des raisons qui les ont formées. Dans un élan du cœur, on se surprenait à agiter le drapeau tricolore et à entonner la Marseillaise, éveillant par la même occasion l’ardeur des concitoyens. Les forces de l’ordre, d’ordinaire si honnies pour leur « violence » supposée, ont été acclamées en héros, courageux et dévoués. Point de chauvinisme répulsif dans tous cela, mais au contraire, le désir de voir perdurer ce qui est bon en l’homme, et pour lui-même.

Il n’y a pas de doute, la Marche Républicaine et les drames qui l’ont justifiée ont bouleversé le cours de notre histoire. On dit même que ces événements nous ont légué un « esprit du 11-Janvier ». Devoir nous est donné de le défendre, de l’entretenir, de le diffuser. Pour une France plus libre, plus égale, plus fraternelle.

Jean-Marc DE JAEGER

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