Aider la presse la plus utile

Kiosque presseOn reconnaît enfin une différence entre la presse d’information générale et politique et la presse de loisirs et de divertissement. Suite à la remise du rapport « Presse et numérique, l’invention d’un nouvel écosystème » rédigé par le sociologue des médias Jean-Marie Charon, la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, annonce la refonte du système des aides à la presse. Elle propose, notamment, que cette deuxième famille de presse ne bénéficie plus des 130 millions d’aides indirectes (dont la TVA à 2,1 % et les tarifs postaux avantageux).

> « L’argent public n’a pas vocation à aider la presse de loisirs et de divertissement »

La preuve que tout ne tourne pas rond dans ce pays, c’est que les magazines people et les programmes télé se font, pour certains, grassement graisser la patte, bien davantage que des titres plus utiles au débat public. Ainsi, le principal quotidien économique, Les Echos, est moins une priorité aux yeux de l’Etat que Télé 7 Jours. A côté de cela, on se gratte la tête à comprendre pourquoi les généralistes non quotidiens (hebdomadaires, mensuels, trimestriels) ont toujours été exclus des aides directes…

Classement aides à la presse

Les 20 titres de presse les plus aidés. Voir « Aides à la presse : qui touche le plus ? » (Le Monde)

Le coup de gueule de Serge Halimi, s’indignant que Closer touche trois fois plus d’aides que le journal qu’il dirige, Le Monde diplomatique, est tout à fait légitime. Il est aberrant que l’un des seuls journaux à relater l’actualité internationale avec tact et originalité soit moins bien aidé qu’un fascicule de papier glacé tout occupé au buzz, au clash au scoop et au bling-bling. Ce même magazine qui, tout en bénéficiant de l’aide de l’Etat, s’amuse à épier la vie privée de son chef !

> Reconnecter la démocratie

Les attentats de début janvier nous ont converti à l’idée que la presse nourrit le débat démocratique. Les colonnes de journaux sont devenues, plus qu’à l’accoutumée, des agoras pour sociologues, religieux, philosophes, professeurs et tant d’autres. Jetez un coup d’œil aux quotidiens, magazines, hors-séries, sites d’informations et même aux essais : on y trouve une profusion incroyable d’idées, nourries dans la confrontation et la controverse. Tel article est relayé, commenté, débattu pour enfin, parfois, aboutir des contre-argumentaires. Pas étonnant que la presse se sont très bien vendue ! Elle doit préserver ce rôle d’éclaireur des consciences, même (et surtout) en dehors de tout événement dramatique.

La presse la plus utile est aussi celle qui se porte le moins bien. Le déclin des ventes des journaux et des magazines d’information, lent mais ininterrompu, donne le vertige. Combien de fois a-t-on craint la disparition de l’un d’eux ? S’ils résistent tant bien que mal, ceux qui en nourrissent les colonnes, les journalistes, sont désemparés : inutile de préciser qu’on licencie plus qu’on recrute. Heureusement, les bonnes perspectives induites par le numérique contrebalancent ce sombre constat : le Web favorise l’émergence de nouveaux médias et de pure players, et l’on peut se réjouir qu’ils bénéficieront des nouvelles aides à la presse. Il est primordial de participer à l’essor du futur de l’information.

Il n’est pas question de jeter son dévolu sur la presse que certains, de bon cœur, qualifient « de caniveau ». Elle s’achète, elle est lue et on l’apprécie : c’est tout à l’honneur de ses lecteurs. Et puis, je suis mal placé pour jouer les contempteurs du pluralisme. Mais soyons raisonnable. A l’heure où les consciences boudent les informations utiles, sérieuses et approfondies et se laissent de plus en plus séduire par des scoops bas de gamme, des contenus racoleurs et d’autres billevesées nauséabondes, il est plus que temps de séparer le bon grain de l’ivraie. Puisque les aides publiques ne sont pas illimitées, distribuons-les à bon escient de sorte à élever le débat.

Jean-Marc DE JAEGER

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