Coeur de MOOCeur

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Crédits : projets-ent.com

Comme Julien Clerc, « j’n’aimais pas beaucoup l’école ». Ou plutôt ce qui allait suivre : les études supérieures. Trop théoriques, trop balisées, trop compartimentées en telle ou telle discipline. Toutes choses pauvres en concrétude, riches en élucubrations et inadaptées aux esprits trépidants, recherchant à la fois le savoir et l’épanouissement. Ah… !

Heureusement, la révolution numérique a inventé le MOOC (massive open online course, littéralement : cours en ligne ouvert et massif) : ce fut comme une apparition. Au milieu du fouillis que constitue le web, « lieu » sans queue ni tête où masse de contenus coexistent sans harmonie, le MOOC est là, sérieux, ordonné, intelligent. Pour toutes ces raisons, j’ai un cœur de MOOCoeur et je vais leur dire je t’aime.

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Erudition. Les MOOC conviennent à merveille aux curieux maladifs. Leur soif d’apprendre est assouvie par la diversité et la qualité des cours proposés. Droit, économie, numérique, politique, … Ils ont l’avantage d’être généralistes et de proposer, pour un sujet donné, une vue d’ensemble et les connaissances de base. Libre ensuite d’approfondir ses découvertes en consultant, par exemple, la bibliographie proposée. Pratique quand on érige le Savoir en un élément aussi vital que le dioxygène (O²).

J’ai envie d’ajouter que les MOOC sont très intéressants pour les journalistes (!), évidemment car ils sont plus curieux que le commun des mortels. Le journaliste, qui réussit cette prouesse d’être à la fois généraliste et spécialiste, y trouve son bonheur. Il peut passer de néophyte à débutant en matière d’économie du droit, d’institutions judiciaires, de droit du travail, d’entrepreneuriat, d’innovation, de marketing, etc., etc. Toutes choses utiles quand il sera amené, par hasard, à traiter l’un de ces sujets dans l’un de ses papiers.

C’est simple, en me promenant sur la bien nommée plateforme FUN (France Université Numérique), mise en place en octobre 2013 par le gouvernement, j’ai tout simplement l’impression d’être une abeille dans un vaste champ de tournesols. Il ne me reste alors plus qu’à butiner, et ça c’est vraiment FUN !

 

Pratique. Le savoir à toute heure, en tout lieu. Les MOOC répondent à ce besoin contemporain d’avoir accès à tout 24h/24, 7j/7, et gratuitement ! Plus besoin de se rendre dans un lieu précis à un horaire donné. Plus besoin de se taper une ou deux heures de transports juste pour autant d’heures de cours. Désormais, c’est le savoir qui vient à votre bureau.

Autant dire que cette flexibilité des horaires arrange les (vrais) étudiants et les salariés. Puisque tout est prévu, les plateformes nous permettent de télécharger les vidéos de cours : utile pour ceux qui ne disposent pas d’internet à domicile ou pour ceux qui souhaitent suivre ces cours au-delà des dates fixées. Pratique, surtout, pour les gens ouverts d’esprit qui s’accomodent peu de l’apprentissage d’une seule discipline : au lieu d’opter pour la « formule » – dont rien nous dit que tous les éléments le contenteront… –, ils choisissent les formations « à la carte » et goûtent ainsi à la succulente culture générale.

 

Proximité. Que celles et ceux qui estiment que ces cours sont déshumanisés se rassurent. L’existence d’un forum, l’implication des organisateurs sur les réseaux sociaux et la tenue de rendez-vous Hangout contribuent à former une communauté. Certains établissements organisent même des (vraies) rencontres entre élèves et enseignants… histoire de joindre le viruel au réel.

Evidemment, les MOOC, pas plus que les manuels, ne remplacent un enseignant de chair et d’os. Il manquera toujours cette complicité qui régit souvent le rapport entre l’enseignant et l’étudiant. C’est probablement la faiblesse de cette communauté virtuelle qui explique la faiblesse d’assiduité aux cours : des enquêtes américaines indiquent que seuls 5 % des inscrits vont jusqu’au bout de la formation. Beaucoup abandonnent dès la première ou deuxième semaine. Chose moins courante IRL (in real life).

 

Attestations. Les MOOC ne délivrent pas de diplômes mais de simples attestations qui n’ont d’autre valeur que symbolique. Il est certainement bon de les faire figurer sur notre CV, mais il faut avoir à l’idée qu’ils n’ont aucune autorité pédagogique ou académique. C’est là l’un des grands malheurs de ma vie : je pourrais me vanter d’être « sur-diplômé »….

Voilà d’ailleurs un sujet que j’aborde systématiquement lors de mes entretiens. Non sur le ton du reproche, mais sur celui de l’amusement, on me fait remarquer que je suis ou que j’ai suivi énormément de MOOC. En parcourant que la liste que j’ai établie, on hallucine et on reste les yeux béants – probalement autant qu’en regardant la liste de mes lectures. Je redoute parfois d’être taxé de tartufferie… On doit se demander comment je trouve mon temps pour suivre tous ces cours… Tout ceci accrédite la thèse, probablement proche de la véirté, que je suis un fou du savoir, un psychopathe de l’érudition, un enragé de la connaissance, etc.

 

Avenir. Comment ne pas voir dans les MOOC l’avenir de l’éducation ? Certes, il est impensable que les universités et les écoles disparaissent carrément. Mais mon penchant pour la compromission me suggère que les MOOC viendront en complément de l’offre pédagogique traditionnelle. Preuve que le numérique initie un mouvement de fond depuis quelques années, nombre d’établissements – pas forcéments tous scolaires, les entreprises s’y mettent aussi, même Pôle Emploi – se sont mis à proposer des « cours à distance » à leurs étudiants. Mais ces cours ne sont certainement aussi sophistiqués que les MOOC, les uns ne proposant que des contenus écrits, les autres des documents filmés, interactifs et s’adressant à un public « massif ».

On peut simplement regretter que les MOOC ne permettent pas l’obtention de certifications reconnues. Certaines plateformes en délivrent néanmoins : moyennant finance, il est permis de passer un examen dans l’établissement organisateur du cours même si, le plus souvent, ledit examen est surveillé en ligne, par webcam ou par contrôle de l’ordinateur.

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Jean-Marc DE JAEGER

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