« The Lobster » : l’amour au temps des homards

Dans une société où le couple est soit imposé, soit banni, l'amour sincère doit vivre dans la clandestinité. Crédits : ©Haut et Court

Dans une société où le couple est soit imposé, soit banni, l’amour sincère doit se vivre loin des regards.
Crédits : ©Haut et Court

« Curieusement étrange, étrangement bizarre, bizarrement curieux. » Cette réplique de Michel Audiard pourrait résumer le sentiment qui nous prend dès les premières scènes. Une femme sort de sa voiture sur une route de campagne et tire sur un animal qui paît là innocemment. Puis on assiste à l’arrivée de David (incarné par un Colin Farrell ventripotent) dans un bel hôtel au fin fond de la cambrousse irlandaise – qui n’est pas sans rappeler le Grand Budapest Hotel de Wes Anderson. La raison de sa présence ? Sa femme l’a laissé sur le carreau. Et dans cette société, c’est un crime de rester seul.

Là où John McLaine a seulement 58 minutes pour vivre, David dispose de 45 jours pour retrouver l’amour. Sinon, il meurt, ou plutôt se transforme en animal – ce qui revient au même. Lui a choisi le homard, parce qu’il peut vivre jusqu’à cent ans. Dans ce huit clos d’une inquiétante étrangeté, le couple est la norme, le couple est roi, le couple reçoit toutes les attentions. Et tout est fait, des excitations sexuelles à la pénalisation du célibat, pour convertir les brebis égarées à une existence à deux.

> Totalitarisme amoureux

Le « Solitaire » apparait comme un être dissonant, dangereux. Alors, l’élimination s’organise, les milices collaborent. Libre à chacun d’y voir une critique des sociétés modernes qui érigent la vie conjugale au rang de norme et accablent les célibataires assumés. Pourtant, « dans le panier le crabe, ils jouent pas les homards, ils ne cherchent pas à tout prix à faire des bulles dans la mare »

A l’heure où l’amour est devenu un commerce comme un autre, certains échappent à ce diktat. Dans le même temps, ceux-là ne sont pas moins radicaux, en interdisant tout ce qui s’apparente au flirt. Au-delà de la critique du totalitarisme amoureux et des extrémismes aveugles, le film propose une métaphore de toutes les intolérances : tout ce qui n’est pas la norme est à éradiquer.

La bande-annonce et le début du film nous promettent rires en cascades et absurdité totale. Une fois passée la première heure, la monotonie s’installe. Le changement de registre, du surréalisme à la romance, opère mal. La rupture entre les deux mondes divise le film en deux parties qu’on peine à relier. On se perd en même temps que les personnages dans les forêts où œuvrent la résistance et la clandestinité. Heureusement, ce conte cruel finit par une apothéose qui nous laisse totalement coi.

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  1. 9 juin 2016 at 0 h 04 min

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