Vivre avec la peur, mais vivre

Paris Nov 16 _Mourners are going in front of le Bataclan, to put some drawings, light some candles and take pictures. A site of recent attacks. 89 persons got killed here. Paris, Nov 16, 2015, .. At least 132 people were killed and some 350 injured in the terror attacks on 13 November, which targeted a concert venue, a sports stadium, and several restaurants and bars in Paris. Authorities believe that three coordinated teams of terrorists armed with rifles and explosive vests carried out the attacks, which the Islamic State (IS) extremist group has claimed responsibility for. /Credit:GEAI LAURENCE/SIPA/1511171236

Lundi 16 au soir, place de la République. Credits: GEAI LAURENCE/SIPA

Jusqu’à récemment, la France avait peur tous les soirs à 20 heures. A présent, c’est tout le temps et il va falloir s’y habituer. Malgré toutes nos velléités d’aller de l’avant et nos pensées les plus positives, on n’a d’autre choix que de composer notre quotidien avec la peur, du moins une certaine forme de méfiance. La barbarie a frappé jusque dans nos habitudes les plus ancrées, c’est-à-dire là où on ne l’attendait pas : à la terrasse d’un restaurant et dans une salle de concert, un vendredi soir d’automne après une semaine de boulot.

C’est que la vie tient à très peu de chose. Que des sirènes hurlent plusieurs minutes durant, et l’on craint qu’un drame s’est produit non loin de chez soi. Qu’un imbécile balance un pétard dans la foule urbaine, et l’on ressent un péril imminent. L’exemple s’est vu dimanche soir. Alors que les attaques de l’avant-veille nous plongeaient dans le deuil, un mouvement de panique a eu lieu près de la place de la République. Sans comprendre ce qui se passait, les gens couraient, sautaient dans le canal Saint-Martin ou allaient se mettre à l’abri dans des commerces. Les Parisiens vont devoir faire avec.

Désormais, on se surprendra à imaginer des scénarii atroces en se disant que « ça » ne se produira pas et que « ça » ne nous arrivera pas, à nous. Malgré tout, la voix de la prudence nous dictera de prendre un chemin plutôt qu’un autre, d’aller au boulot à pied ou en voiture plutôt que de prendre le métro. On préfèrera aller dans les cinémas de moindre taille ou alors abréger nos sorties festives. Eh oui, on devra s’habituer aux insomnies causées par une trop grande réflexion sur le monde et la vie ; tout, quoi. Car il est certain que dans cette situation foireuse et désolante, les idéalistes sont les plus chagrins.

> La fureur de vivre

Bien sûr, il faut continuer à vivre, peut-être même avec plus de frénésie. Hors de question de se cloîtrer chez soi, ce serait donner raison à tous ces « immenses connards ». Les mouvements de résistance qui ont émergé, comme #tousenterrasse, #notafraid et autres initiatives citoyennes, agissent non seulement comme une thérapie collective, mais aussi comme un acte de résistance. S’y joindre, c’est refuser de se sentir en sursis.

« L’humour et l’amour sont nos trésors. » Le rire et la solidarité restent les meilleurs paravents contre la connerie et le péril où s’enferre le monde occidental. L’union, c’est la meilleure vengeance, le « fuck » le plus puissant qui soit. Dans cette résistance qui fait monter en nous les forces plus saines, il faut continuer, pour reprendre Alain Resnais, à « aimer, boire et chanter ».

Jean-Marc De Jaeger

3 comments for “Vivre avec la peur, mais vivre

  1. 15 juin 2016 at 12 h 25 min

    « c’est cela qu’il faut combattre . Etant donne que, malheureusement, toutes les polices, tous les services de renseignement du monde ne peuvent atteindre le risque zero, il faut plutot s’habituer a vivre avec la peur. C’est peut-etre glacant mais c’est le signe de la maturite d’une societe. »

  2. 18 juillet 2016 at 18 h 04 min

    « c’est cela qu’il faut combattre . Etant donne que, malheureusement, toutes les polices, tous les services de renseignement du monde ne peuvent atteindre le risque zero, il faut plutot s’habituer a vivre avec la peur. C’est peut-etre glacant mais c’est le signe de la maturite d’une societe. »

  3. 12 août 2016 at 13 h 22 min

    « c’est cela qu’il faut combattre . Etant donne que, malheureusement, toutes les polices, tous les services de renseignement du monde ne peuvent atteindre le risque zero, il faut plutot s’habituer a vivre avec la peur. C’est peut-etre glacant mais c’est le signe de la maturite d’une societe. »

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