La folie aveugle de la finance

Kyle Budwell (Jack O'Nonnell) prend en otage Lee Gates (George Clooney) sur le plateau de "Money Monster" Crédits : Sony Pictures Releasing GmbH

Kyle Budwell (Jack O’Nonnell) prend en otage Lee Gates (George Clooney) sur le plateau de l’émission « Money Monster »
Crédits : Sony Pictures Releasing GmbH

On n’a jamais autant parlé de finance que depuis la crise, financière bien sûr, et il en est même qui l’érigent en « véritable adversaire ». Cette finance qui fascine et qui effraie, à la fois corruptrice des mœurs et mal nécessaire à la marche du monde. Dans Money Monster, toutes ces facettes mettent à l’épreuve les nerfs des spectateurs. Des nerfs à vif dès le générique, où l’anxiété monte en flèche au fur et à mesure que les courbes déclinent.

Le jeune Kyle Budwell, joué par un Jack O’Connell très convaincant, fait irruption sur le plateau de Money Monster, émission satirique pour boursicoteurs, et prend en otage son présentateur, Lee Gates, le Yann Barthès de la finance. En régie, la discrète Julia Roberts gère la situation avec sang-froid. Kyle est venu comprendre pourquoi. Pourquoi une opération considérée comme l’affaire du siècle a tourné à la banqueroute. Pourquoi et comment un « couac » sur un algorithme a fait s’évaporer 800 millions de dollars dans la nature. Il exige que lumière soit faite. Sans s’y attendre et en l’espace de quelques heures, ce coup de force fera de son auteur le porte-parole de tous les dupés de la Bourse.

La tension est d’autant plus intense que le spectateur, secoué entre maints rebondissements, ne sait plus à qui donner tort, à qui donner raison. On s’étripe à jouer les avocats et les juges de chacun. Il n’y a pas de monde manichéen qui tienne : on dira que les gentils ont leur part d’ombre, et les méchants leur dose de bonté. De même, le réalisme des situations ajoute en tension, si bien que le film de Jodie Foster s’apparente, toutes proportions gardées, à un documentaire machiavélique de Michael Moore. Après tout, le smicard désespéré prêt à se venger existe autant que le millionnaire peu scrupuleux familier des paradis fiscaux. Et puis, des cas d’actualité sont là pour nous montrer, plus que de raison, les travers d’une finance incontrôlable.

Au-delà de la critique évidente du monde de la finance, le film dénonce autre folie : celle des médias, de leur obsession du direct, de leur pouvoir sur les masses. Qu’une vedette du petit écran livre ses pronostics et tous les spectateurs se mettent à y croire… et certains à se faire flouer. Ces deux folies contemporaines ne sont pas si éloignés l’un de l’autre, tout compte fait.


Money Monster, film de Jodie Foster avec George Clooney, Julia Roberts et Jack O’Connell. En salles depuis le 16 décembre.

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