Comment on m’a volé mon portable pendant la finale de l’Euro (et pourquoi ça m’a énervé)

"Cette nuit-là, j'ai couru contre la montre comme John McClaine dans 'Die Hard 3, Une journée en enfer'"

« Cette nuit-là, j’ai couru contre la montre comme John McClaine dans ‘Die Hard 3, Une journée en enfer' »

Cette nuit-là a ressemblé à un remake de mon film préféré, After Hours. Dans cette œuvre méconnue de Martin Scorsese, un jeune homme banal à l’existence rangée, qui ne demande rien sauf à rentrer chez lui, vit une nuit infernale, rythmée par des quiproquos, des rencontres déjantées et des situations rocambolesques.

C’est un peu ce que j’ai vécu cette nuit-là, triste épilogue d’un Euro de football où je voyais la France triomphante. En voulant m’emparer de mon smartphone dans mon sac en toile, dans le métro qui me ramenait de la fan zone, voilà… que je ne le trouve plus ! Je me palpe des pieds à la tête pour voir s’il se situe quelque part sur ma masse corporelle. Rien ! Je me rappelle alors avoir senti des mains, mais attention, pas là où vous pensez, mais au niveau de mon sac en toile. Comble de toute chose, je ne trouve plus mon pass Navigo et ma carte de cinéma rangés dans la poche de mon polo. D’un coup d’un seul, je me sens comme tout nu au milieu de la foule occupée par des pensées footballistiques. Je perds soudainement le lien qui me relie au monde et aux autres et, en plus, j’ai l’impression d’être en rade en rase campagne. Dieu soit loué, mon portefeuille est intact au fond de mon sac : cela aurait été catastrophique.

Voyage au bout de la nuit

Pris de panique à l’idée qu’un connard accède à toutes mes données et nuise à ma réputation, je demande à l’un des nombreux flics du quartier de la fan zone où se trouve le commissariat le plus proche. Je m’y rends d’un pas pressé, près des Invalides, comme si

. Comme la plupart des gens intégrés, je n’ai pas l’habitude de poser le pied dans un commissariat, sauf quand il s’agit de geindre en tant que victime. Quelle ambiance ! En entrant, je vois deux mecs en sang allongés sur des bancs, encore éméchés. Les flics, malgré leur autorité, se montrent sympathiques, même s’ils m’ont reproché d’être entré sans passer la sécurité. On me permet de téléphoner à mon opérateur pour faire immédiatement opposition à ma ligne. Ils me disent qu’ils ne pourront pas prendre ma plainte dans l’immédiat, « finale de l’Euro oblige ». Et on tape un peu la discute, dans ce sombre lieu décrépit où rugissent les radios des forces de l’ordre.

A la sortie du commissariat, je n’étais pas au bout de mes peines. J’entamais à peine mon voyage au bout de la nuit. Il m’a fallu marcher plusieurs kilomètres, y compris sur les Champs-Elysées en fête, vers un cybercafé ouvert H24. (Pour rappel, votre auteur a fait le choix de ne pas avoir internet chez lui ce qui, dans ce cas précis, aurait allégé son tourment.) J’ai acheté une connexion d’une heure afin de procéder à des vérifications d’urgence. Est-ce que les voleurs se sont amusés à publier des conneries sur mon mur Facebook. Est-ce qu’ils ont foutu le brin dans mes mails ? Voilà comment je me suis retrouvé à changer mes mots de passe à 3h de la nuit. J’étais dans une cave près de Châtelet, fatigué et en pétard, pendant que la ville, en surface, était en effervescence.

C’est totalement rocambolesque. Même à cette heure avancée de la nuit, de nombreuses personnes fréquentent ce lieu pour lire leurs mails, travailler ou jouer à des jeux de guerre. Devant moi, un anglais peine à rester éveiller. Il n’a sûrement pas pu rentabiliser sa connexion : il a dormi la moitié du temps ! Au risque de fracasser sa tête contre le clavier ou de s’évanouir quand il se tenait debout. Je n’aurais jamais cru, tout au fil de ma journée, me retrouver là, dans ce lieu décadent de la nuit parisienne, alors que j’aurais pu être en paix dans mon plumard.

En faire les frais, littéralement

Tout en faisant ce ménage parmi mes clés d’accès, j’ai tenté de localiser mon smartphone grâce un système mis en place par Android. La dernière connexion établie remonte à 22h58, soit près d’une heure avant sa disparition. J’en ai conclu deux choses : soit le voleur a éteint mon portable pour éviter qu’il soit pisté ; soit il est tombé au sol, dans l’indifférence générale, quelque part dans le réseau souterrain. J’en profite aussi pour verrouiller mon smartphone à distance. Il est possible d’afficher un message à l’attention de celui ou celle qui retrouvera mon téléphone. J’ai donc écrit : « Ce téléphone a été perdu ! Me contacter à [mon mail]. »

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A cette heure avancée de la nuit, j’étais dans une cave près de Châtelet, pendant que la ville, en surface, était en pleine effervescence. A droite : Griffin Dunne dans « After Hours » Crédit : Warner Bros

Comme Paul Hackett, l’anti-héros d’After Hours, j’ai retrouvé une existence normale après avoir vécu une nuit anormale. Il n’était pas loin de 5 heures lorsque j’ai enfin retrouvé ma bulle de confort. Quelle sorte de colère l’on peut ressortir dans pareille situation ! On se dit : « Si ça ne s’était pas produit, je n’en serais pas là et je serais en train de dormir tranquille. » J’étais tellement dépité que j’ai d’abord choisi de ne pas dormir. Mais le sommeil étant un bon allié en toute circonstance, et pas seulement en matière de conseils, je me suis quand même allongé de tout mon long pour me réveiller une heure et demie plus tard. Fait exceptionnel, j’ai utilisé le réveil de mon ordinateur portable et j’ai dû ressortir une vieille radio à piles pour écouter les infos : c’est fou ce que la perte d’un téléphone peut occasionner…

Au réveil, je commence, ou plutôt poursuis ma journée avec l’idée qu’elle sera pourrie. Pour preuve, j’ai commencé ma matinée avec forces dépenses. Car non contents d’avoir subtilisé mon smartphone, les voleurs s’en sont donc pris également à mon pass Navigo et à ma carte de cinéma. Figurez-vous que les entreprises font leur beurre sur les mésaventures de leurs clients. Le renouvellement de mon Pass Navigo m’a coûté – écoutez bien – 23 euros ! Et celle de ma carte de cinéma m’a coûté 20 euros. Dans un cas comme dans l’autre, c’est un mois d’abonnement qui part en fumée, tout ça pour un vulgaire plastique rectangulaire. Voilà qui augure une bonne journée, non ?

10 jours pour porter plainte

Mais oublions ces considérations financières et revenons à l’ordre et la justice. L’une des dernières démarches qu’il me reste à entreprendre, c’est de déposer une plainte officielle auprès des autorités. Jusqu’alors, je n’avais enregistré qu’une pré-plainte sur un site dédié. On m’informe, dans le récapitulatif, que je serais recontacté pour me voir proposer « un rendez-vous dans les meilleurs délais ». Oui, mais comme on m’a volé mon portable… J’appelle donc directement. Après plusieurs tentatives infructueuses (un coup elle mange, un coup elle est au téléphone…), j’arrive enfin à parler avec « la personne qui s’occupe des rendez-vous ». Et là, on me propose – écoutez bien – un rendez-vous le 21 juillet. Dix jours après les faits ! Heureusement, et Dieu m’en garde, que je n’ai pas été tabassé : j’aurais le temps de crever et le criminel celui de disparaître. C’est là qu’on voit la décrépitude du service et de l’autorité publics : on ne peut plus entrer comme ça dans un commissariat pour relater les faits, il faut obligatoirement fixer un créneau comme on prend rendez-vous chez le médecin.

« La morale de c’te pauvre histoire », comme dirait Renaud, c’est que la connerie humaine m’oblige à renforcer ma méfiance quotidienne. Une telle expérience, qui énerve et attriste sur le moment, est une invitation à redoubler de vigilance. Une fois que j’aurai élu un successeur à feu Sony Xperia, que je vais avoir la bonne idée d’assurer, je ne penserai plus guère à ce funeste épisode, sauf avec une pointe d’autodérision. Il est nécessaire de subir, de temps à autre, des « journées de merde », qui vous font détester votre propre existence et celle des autres. Car ces mauvais moments présagent souvent des jours meilleurs. Avec le recul, je penserai comme Jacques Dutronc : « J’y pense et puis j’oublie, c’est la vie, c’est la vie ! »

1 comment for “Comment on m’a volé mon portable pendant la finale de l’Euro (et pourquoi ça m’a énervé)

  1. Claudia
    30 septembre 2016 at 9 h 59 min

    Bonjour,

    J’ai vécu à peu près la même soirée, on m’a volé mon téléphone portable à l’arrachée sur les Champs Élysées dans mon véhicule pendant que je fêtais la victoire de mon pays natal ! C’est un téléphone qui m’avait été offert en début d’année.
    Sympa la soirée, dans tous les sens du terme, je m’en souviendrai longtemps.

    Si quelqu’un a trouvé un téléphone avec des photos de la victoire du Portugal sur les Champs Élysées (une pensée pour le camion avec les danseurs qui m’ont bien fait rire et que j’avais filmé 🙂 ), je vous laisse le téléphone mais les photos qu’ils contenaient me manquent… Il s’agit d’un Xiaomi Redmi Note, couleur or/doré.
    Je n’ai pas porté plainte, je ne suis pas convaincue des représailles ensuite.

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