L’avenir appartient à ceux qui gueulent

INSIDE OUT – Pictured: Anger. ©2015 Disney•Pixar. All Rights Reserved.

Dans la vie, il faut savoir gueuler un bon coup. Crédits : Disney•Pixar

Certains sont d’avis que l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Sans vouloir contredire un très grand président, je pense plutôt que l’avenir appartient à ceux qui gueulent.

Contre les administrations lentes, la paperasserie débordante et la bureaucratie kafkaïenne, gueulez, bon sang ! Car il arrive souvent au cours de l’existence de devoir être aux prises avec un système qui, censé nous simplifier la vie, n’apporte au final qu’un lot d’emmerdes et une perte inutile de temps. Combien de fois nous retrouvons-nous au comptoir d’un guichet administratif pour nous entendre dire que notre dossier est incomplet, qu’il faut revenir, que son traitement a eu du retard ou qu’un document s’est perdu en chemin ? Il suffit de se poster en observateur dans n’importe quelle salle d’attente pour constater l’enthousiasme débordant qui accompagne les démarches administratives.

A la CAF, à l’Assurance maladie, aux impôts, à la fourrière, dans sa banque, dans n’importe quel service de recouvrement ou d’après-vente, il vaut mieux abandonner sa petite nature et faire valoir ses droits quand on les sent bafoués. Il faut, pour le dire autrement, savoir taper du poing sur la table. Après tout, le client est roi. Le but, évidemment, n’est pas de se croire au-dessus de tous les règlements ; mais il est aussi de ne pas être en-dessous.

Des fois, il suffit de pousser une bonne gueulante pour voir tous ses problèmes résolus. Pas plus tard qu’il y a quelques semaines, j’envoyai un brûlot monumental à ma mutuelle qui, deux mois après mon adhésion, ne m’avait donné aucune nouvelle : pas un mail, pas un appel téléphonique, pas un courrier et, surtout, pas de carte de mutuelle. RIEN ! Tant et si bien que la situation se résumait à un titre de film de Woody Allen : Prends l’oseille, et tire-toi. C’est ce qu’ils firent : ils se sont barrés avec ma cotisation, puis basta.

Le pouvoir de l’emmerdeur

Face à ce service calamiteux – du jamais vu –, j’ai donc dégainé ma plume la plus acerbe à l’adresse du médiateur de ladite mutuelle. Et paf, le jour-même où ils ont reçu mon recommandé, ils m’ont téléphoné pour m’informer que mon « dossier allait être traité ». Effectivement : comme par miracle, je reçus quelques jours plus tard mon sésame, ma précieuse carte de mutuelle. Bon, je dus quand même les relancer un mois plus tard pour toucher mon dû, mais le train était lancé.

C’est à cet instant précis que je perçus le pouvoir de l’emmerdeur. Sans mon jusqu’au-boutisme, mon dossier aurait péri sous un vieux tas de dossiers en souffrance. Jamais la mutuelle n’aurait eu vent de mon existence, moi, le client l’adhérent. Par conséquent, jamais je n’aurais été remboursé de mes soins passés, ni de mes soins à venir.

Comme l’Emmerdeur de l’émission « On n’est plus des pigeons », il faut savoir se montrer et crier au scandale : c’est comme cela que l’on règle les injustices et que l’on invite le système à se remettre en question. Il faut exposer aux yeux des administrations les dégâts qu’occasionnent leur rigidité et leur lenteur. Vous rappelez-vous du film Zootopie ? Eh bien dedans, l’administration est incarnée… par un paresseux ! Résultat, le Lapin et le Renard, qui doivent retrouver urgemment un criminel et, entre nous, qui ont d’autres chats à fouetter, ne ressortent du bureau qu’en pleine nuit. Tout ça pour une petite sollicitation ! Voyez un peu où cela peut mener.

Zootopie paresseux

Dans « Zootopie », l’administration est incarnée par un paresseux. Crédits : The Walt Disney Company

Chantage

Il faut savoir distiller un peu de chantage dans ses remontrances. Et subtilement, s’il vous plaît, le but n’étant pas de paraître comme le désespéré prêt à tout. Voyons voir la conclusion de ma lettre, que j’ai écrite avec un amusement machiavélique : « En tant que journaliste dans un grand média, qui plus est dans une rubrique dédiée aux étudiants (!), je ne manquerai pas d’informer nos lecteurs de vos pratiques qui frôlent l’escroquerie. Je ne suis pas le plus à plaindre, mais les étudiants doivent en être conscient avant de confier leur santé à cette mutuelle. » Et paf ! Si après ça tu veux saloper l’image de ta mutuelle, c’est ton problème : moi je fais mon boulot d’informer.

Voyez-vous, ce n’est pas en restant dans son coin en gardant sa petite nature que l’on arrive à quoi que ce soit. Surtout en France. Vous le savez bien, ici, on a la culture de la révolte. Les Français sont de grands râleurs, des éternels insatisfaits et, comme le chanterait Alain Souchon, ne sont « jamais contents ». En témoignent les grèves qui, bien qu’on ne les approuve pas toutes, sont là pour montrer « qu’il y en a qui contestent, qui revendiquent et qui protestent » pour ne pas se faire baiser… comme des Bleus ! Tout cela a sans doute beaucoup joué dans son Histoire : nous sommes un peuple fort en gueule !

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