Pourquoi j’aime tellement dormir dans les aéroports

ter-dorsVOYAGE – Pas plus tard que cette semaine, j’ai passé une nuit dans l’aéroport de Barcelone El Prat. Et cela m’a rappelé à quel point dormir dans un aérogare est une expérience amusante. Je me suis souvenu de la première fois que cela m’était arrivé : à Genève, été 2011, lorsque j’entreprenais de traverser la France à pied. (Vous me demanderez ce que je foutais en Suisse : c’est une autre histoire que je conterai tantôt.)

Je n’avais pas de sous à investir dans un hôtel, et encore moins dans un pays où tout coûte deux fois plus cher qu’en France. Je me posai donc cette question : qu’est-ce qui, dans une ville, reste ouvert gratuitement toute la nuit à tous les voyageurs de ma trempe ? L’aéroport, bien sûr !

Un dortoir pour vagabonds du ciel

Vous aurez donc compris que la première fois que j’ai dormi dans un aéroport, ce n’était pas pour attendre un quelconque avion… mais juste pour profiter du « confort » et de la sécurité du lieu. J’étais là par pur opportunisme. J’eus la crainte, à un moment, que l’on me demandât mon billet d’avion pour justifier ma présence ici. Après tout, il n’était pas marqué sur mon front si je prenais l’avion ou non. Fort heureusement, je fus rassuré de voir que le personnel s’en foutait. Je déployai alors mon sac de couchage, m’allongeai sur le carrelage luisant et me remis de mes émotions du jour.

J’avais réussi à gratter quelques heures de sommeil avant d’être réveillé vers 4h par le début de l’enregistrement d’un vol pour les États-Unis. J’ai terminé mon sommeil un peu plus loin, sur un banc en fer sinistre, entre deux autres personnes luttaient aussi contre la fatigue. Juste avant de quitter l’aéroport, vers 7h, pour rejoindre le centre-ville, j’eus du mal à contenir mon rire à la vue d’une tente de camping XXL, fièrement déployée dans le hall de l’aéroport sans que personne ne dise rien. Assurément, cette expérience fut une réussite et je me suis alors dit qu’à l’avenir, j’irai de nouveau dormir dans des aéroports. Ce fut le cas l’année suivante à Budapest et cette semaine à Barcelone : sauf que ces fois-là, je n’étais pas là en profiteur, mais bien en tant que voyageur du ciel.

Tous logés à la même enseigne

Qu’à cela ne tienne, se retrouver en pleine nuit dans un aéroport n’a rien d’excitant à première vue. C’est pas comme si tu passais une nuit au musée, quoi. Mais tout de même, c’est une expérience à essayer au moins une fois lorsque l’on a un vol à prendre très tôt le matin. Des voyageurs de toutes nationalités et de toutes conditions sociales se retrouvent tous là, dans la même « galère », à attendre leur vol dans un aérogare désert, tandis que la ville dort au loin.

Et des gens, il y en a de toutes les sortes. Il y a les personnes organisées qui, visiblement habituées par ce genre d’expérience, déballent tout leur matériel (coussin, sac de couchage…) comme s’ils établissaient un bivouac. Il y en a d’autres, se trouvant là bien malgré eux, qui improvisent un lit de fortune en alignant trois chaises d’un café-restaurant et un coussin avec une boule de vêtements.

Et puis il y a les observateurs, qui, n’ayant pas la volonté de dormir, font les cent pas dans le hall du terminal comme on arpente les rues d’une ville. Je me range dans cette catégorie. L’observateur se plaît à passer en revue la foule endormie et à profiter de l’ambiance si particulière de ce huit clos où se réunit un échantillon du monde entier. Certains dorment ou tentent de le faire, quand d’autres profitent du répit pour lire, faire des pompes ou converser avec un ami grâce au Wifi gratuit et illimité.

Mille et une manières de sommeiller dans un aéroport.

Mille et une manières de sommeiller dans un aéroport. © Capture d’écran Google Images

Des rencontres dans la nuit blanche

Une chose extraordinaire, qui a amusé mon esprit, c’est que les voyageurs se réunissent autour des prises électriques comme s’il s’agissait de totems. Si vous arrivez trop tard, toutes les places seront… prises ! Et vous chercherez longtemps, dans tous les coins et recoins, la sainte fée électricité. Arrivé vers 1h45 à l’aéroport de Barcelone grâce à un bus de nuit (une autre de mes passions), j’ai cherché longtemps une foutue prise pour recharger mon smartphone, épuisé par une longue journée de sollicitations : je me suis cru tel un pirate en quête d’un trésor caché.

Or donc, comme Tom Hanks dans le film Le Terminal, on peut faire moult rencontres dans un aéroport. Le lieu et le moment s’y prêtent. Car ainsi va le voyage, qui fait se croiser de manière éphémère une infinité de destinées. On peut ouvrir une discussion en allant se raser ou se brosser les dents aux toilettes, ou en demandant un petit service, ou simplement en allant se servir un café requinquant à la machine. En quelques heures de temps, on peut se prendre de sympathie pour un compatriote ou pour toutes sortes de gens issus des cinq continents : jeunes, vieux, familles, voyageurs d’affaires, etc. Toutes choses impossibles en plein jour, lorsque les voyageurs n’ont pas de temps à perdre.

L’ennui porte conseil

Se trouver dans un aéroport en pleine nuit, c’est aussi l’occasion de voir l’envers du décor. Ce lieu de transit, où l’on atterrit et d’où l’on décolle, devient la nuit un lieu d’intérêt et de promenade. Tout fatigué que l’on est, on captive facilement notre attention sur des choses insignifiantes, comme le ballet des véhicules de nettoyage, qui humectent le sol en contournant les voyageurs endormis. Je peux vous assurer que, quand il n’y a vraiment rien à faire et que vous êtes trop fatigué pour tenir un livre, ce genre de détail vous ébahit. Vous devenez comme le jeune homme du film American Beauty qui se passionne pour la valse d’un sachet en plastique emporté par le vent.

Oui, oui, sans aucun doute, passer la nuit dans un aéroport est franchement inspirant. Pour mes prochains voyages, je choisirai exprès des vols très matinaux, rien que pour m’imprégner de cette atmosphère spéciale et bigarrée, même si cela me coûte des heures de sommeil. Dans ces moments-là, juste avant de se retrouver au-dessus des nuages, on se sent pousser des ailes, n’est-ce pas. « Seul dans un aéroport la nuit, il se filme en train de chanter du Céline Dion », titrait Francetvinfo en 2014. En voilà un qui a su mettre son temps à contribution. Un Canadien de 43 ans, en transit à l’aéroport de Las Vegas, a eu l’idée d’improviser un clip de la chanson All by myself. Comme il n’y avait personne, il en a profité pour faire ses travellings grâce aux escalators. Voilà qui va me donner des idées…

1 comment for “Pourquoi j’aime tellement dormir dans les aéroports

  1. Sarra B
    19 juin 2017 at 11 h 40 min

    J’attends ton clip tourné dans un aéroport avec beaucoup d’intérêt :p

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *