Comment je me suis réconcilié avec la SNCF

La carte TGVmax réalise le rêve des jeunes voyageurs. Crédit photo : Instagram/laetilupa

Plusieurs années durant, j’étais avec la SNCF tel un couple qui ne s’aime plus. Comme dans la plupart des désunions, l’argent avait une grande part de responsabilité. Disons-le tout de go : j’en avais assez de me faire avoir. Payer 60 balles un aller-retour Paris-Lille malgré la réduction de ma carte Jeune, je trouvais cela quelque peu abusé. Aller à Marseille pour 100€ au minimum, idem. A chaque fois que je réservais un billet, j’avais tout bonnement l’impression de procéder à un investissement immobilier.

Or donc, il ne pouvait en être autrement, la rupture était consommée. Celle-ci fut d’autant plus douloureuse pour moi que c’est la SNCF qui m’a inculqué la passion du voyage. C’est grâce à elle que j’ai réalisé mes premiers voyages en solo, il y a précisément dix ans. C’est grâce à elle que j’ai « vu du pays ». Les gares me paraissaient un lieu fascinant, poétique, où je me plaisais à perdre mes pas. Une invitation à repousser mes horizons.

Infidélité avec les cars Macron

Or donc, n’en pouvant plus de me faire dépouiller par la SNCF, je suis allé voir ailleurs. J’ai délaissé le train pour un autre moyen de transport, libéralisé à l’été 2015 par Macron le Libéral : les autocars. Ces fameux « cars Macron » ont révolutionné ma manière de voyager et probablement, aussi, celle des Français. Plus lents, moins confortables, certes, mais considérablement moins chers. Comme on dit : le temps, c’est de l’argent.

Il m’était enfin permis de voyager à des tarifs honnêtes. Rentrer un week-end à Lille me coûtait en général 15€ l’aller-retour : c’est quatre fois moins cher qu’en train. Comme je l’ai expliqué dans un long exposé, grâce aux cars Macron, je n’ai jamais payé plus de 10€ pour me rendre où que ce soit, aussi bien en France qu’à l’étranger. Plus d’une fois, j’ai trouvé des billets à 1€ pour aller à l’autre bout du pays. Rendez-vous compte, j’ai parcouru l’équivalent de la moitié du diamètre de la Terre (environ 20.000 km) avec 185€. Avec cette somme, je ne préfère pas imaginer ce que j’aurais parcouru en train…

La carte magique TGVmax, une invitation à explorer la France en illimité.

Et le train devint illimité

Tout cela a changé le 28 janvier dernier lorsque la SNCF a lancé TGVmax. J’ai d’abord regardé cette nouveauté avec méfiance, laquelle justifie mon temps de réflexion avant de souscrire. Puis, j’ai cédé. Il m’était enfin permis de réaliser un fantasme qui habite tout voyageur, celui de pouvoir parcourir l’ensemble d’un pays de manière illimitée, flexible et économe. Le tout pour le prix du pass Navigo. Envie d’une journée de balade sur la côte Atlantique ? D’un week-end sur la Côte d’Azur ? D’un bain d’air frais dans les Alpes ? Bim, je dégaine ma carte TGVmax et fonce tranquille vers ma destination… pour 0€ TTC !

Mon intention de départ était, effet de curiosité oblige, de me désabonner au bout de trois mois. Mais face à ma satisfaction, je suis bien tenté de poursuivre l’expérience plus longtemps. Car oui, après tant d’années passées à la détester, la SNCF a réussi à me réconcilier avec elle-même. Et elle a probablement reconquis le cœur d’autres jeunes baroudeurs qui s’étaient habitués au covoiturage ou à l’autocar. Des jeunes à la bougeotte qui se sentaient trahis par le service public.

Pour un départ un lundi, un possesseur de TGVmax paie 0€… contre 121€ pour le commun des mortels.

Une carte magique… qui doit le rester

Ma carte TGVmax, je la surnomme la « carte magique », et ce n’est pas pour rien. Désormais, à chaque fois que je voyage, je me pose cette question : combien ont payé mes voisins ? Je prends un plaisir sournois à comparer ce que je (ne) paie (pas) par rapport au commun des mortels. L’autre jour, j’ai réservé un aller simple Paris-Hendaye : avec ma carte magique, ce trajet m’a coûté 0€. Un voyageur sans carte de réduction paiera ce même trajet entre 80 et 120€. Rendez-vous compte, il paie en un seul trajet ce que je paie en un mois ou un mois et demi. Autrement dit, ma carte magique peut être rentabilisée dès le premier trajet.

Bien sûr, comme toutes les choses de ce bas-monde, cette réconciliation repose sur un équilibre instable. Le concept est juste amazing, mais l’offre illimitée comporte des limites : nombre restreint de réservations simultanées, impossibilité d’emprunter les TER et certains Intercités, difficulté de trouver une place en heure de pointe, etc. Sur Twitter, bien difficile de trouver des avis élogieux sur #TGVmax… Si au fil de temps, ma carte magique perd de sa magie ; si je m’énerve trop devant mon écran à cause que je ne trouve plus de places à 0€, alors cette réconciliation sera passée… à grande vitesse.

A ce rythme-là, je vais parcourir la distance Terre-Soleil.

1 comment for “Comment je me suis réconcilié avec la SNCF

  1. AV
    1 avril 2017 at 22 h 45 min

    « Pour un départ un lundi, un possesseur de TGVmax paie 0€… contre 121€ pour le commun des mortels. »
    Non, il s’agit du tarif TGV Pro. C’est une gamme destinée aux professionnels, qui comporte plus de flexibilité et des services supplémentaires. Le commun des mortels utilise la gamme Loisir (non affichée ici car remplacée par TGVmax), qui est généralement bien moins cher 😉

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