Pourquoi je voyage seul et en quoi c’est une chance

L’été 2011 marqua un tournant avec ma traversée de la France en solo, initialement prévue à deux. Marche, train et car pendant deux semaines du Nord vers Vintimille en Italie.

De l’importance d’être libre – avec soi-même.

Beaucoup de gens s’étonnent que je voyage seul. Comme si le voyage ne devait être réservé qu’aux groupes d’amis, aux couples et aux familles. Pourtant, rien n’est plus évident pour moi que “marche[r] seul, sans témoin, sans personne”, pour reprendre la chanson de Jean-Jacques Goldman. Depuis le temps que je vadrouille de la sorte, j’affirme haut et fort que c’est une véritable chance, dont peu de gens, hélas, se saisissent.

Si j’avais attendu d’être systématiquement accompagné, j’aurais très peu voyagé. Je n’aurais jamais pu réprimer mes ardeurs vagabondes. J’aurais passé mes plus belles années de jeunesse à faire du surplace (j’ai commencé il y a 10 ans, à l’âge de 15 ans!), à attendre que quelqu’un se bouge le cul. Ce n’est pourtant pas faute de proposer. Lorsque j’annonce que je vais visiter prochainement telle ville ou pays, on s’écrie avec convoitise : “Ah!”, l’air d’éprouver un intérêt pour mon projet. Puis, dès que j’annonce la couleur, c’est-à-dire quand je détaille la manière dont je vais voyager, l’engouement se raidit : “Oh…” Ceux qui me connaissent savent que j’ai une manière bien à moi de voyager. Difficile, n’est-ce pas, de tirer les autres de leur zone de confort !

L’erreur est de renoncer à partir simplement parce que personne n’est “chaud” pour vous accompagner. Allons ! Vous n’avez pas besoin d’assistance pour poser un pas devant l’autre. Vous êtes assez grands pour flâner dans une ville inconnue, assez grands pour pousser les portes d’un musée ou embarquer dans un avion. Être accompagné ne rendra pas un paysage plus beau et n’améliorera en rien le goût de vos mets. Beaucoup se privent de leur désir de découvrir le monde juste pour ne pas être seul, parce « c’est chelou » de partir seul. C’est oublier les avantages que cela procure et dont voici, selon moi, les trois principaux :

  • Les rencontres impromptues

Une idée reçue voudrait que l’on s’ennuie quand on voyage seul. Croyez bien que si c’était vrai, j’aurais cessé depuis longtemps ! La chanson dit : “Se rencontrer, séduire / Quand la nuit fait des siennes.” Ces paroles se vérifient sur le terrain. Je discute avec des gens dans quasiment chacun de mes voyages. Ce sont souvent des rencontres furtives, éphémères, dont seule une petite partie se pérennise. Une demande de service ou de renseignement, une plaisanterie, un concours de circonstances ou une sincère envie d’altérité… Qu’importe, une connexion s’établit, loin de son environnement quotidien. En cela, le film Lost in translation est un hymne aux hasards des voyages : chaque seconde dans le monde, des âmes égarées se rencontrent comme Bill Murray et Scarlett Johansson.

Ultra moderne solitude. Charlotte (Scarlett Johansson) et Bob Harris (Bill Murray) font connaissance dans un restaurant de Tokyo.

Vous me direz, être accompagné n’empêche pas ce genre de rencontres. Certes, mais ces rencontres se provoquent plus facilement quand on est seul. En groupe, on a envie de rester ensemble et de ne pas sortir de son petit périmètre. Et plus encore quand on voyage en couple – cette soumission volontaire ! Le voyageur seul, lui, apparaît d’emblée comme “accessible”. Comme Joe Dassin, il a “le cœur ouvert à l’inconnu” et a “envie de dire bonjour à n’importe qui”. Posé dans un bar, sur un banc ou une auberge de jeunesse, la conversation s’ouvre naturellement. Je peux vous assurer que mes plus belles rencontres, amicales et autres (!), ont eu lieu sur la route, le lieu de tous les possibles (“La route, c’est la vie”, écrit Jack Kerouac).

  • La liberté totale de mouvement

Les voyages entre amis sont l’occasion de resserrer les liens. On envoie valser nos préoccupations pour profiter de leur compagnie dans l’instant présent, à faire la teuf et à se saouler la gueule. Mais il faut cesser de sublimer les voyages entre potes. Pardonnez la référence, mais il n’y a qu’à regarder Les Bronzés pour s’en convaincre… Un désaccord est vite arrivé. Untel veut visiter un endroit qui ne t’emballe pas, tel autre veut impérativement dormir là alors que ça ne te branche pas. L’effet de groupe oblige à accepter ce que l’on ne souhaite pas personnellement.

Les voyages entre potes, c’est plutôt cool… jusqu’à ce que ça parte en vrille.


Lorsque l’on voyage seul, tous ces désagréments disparaissent. On jouit d’une liberté totale de mouvement. On choisit quand on va dormir et quand on va se réveiller. On est libre d’aller à tel ou tel endroit sans consulter les desiderata de chacun. Le voyageur solo est libre de tourner à gauche ou de bifurquer à droite, en somme, de suivre son instinct. Il improvise son parcours comme bon lui semble : il est comme un capitaine sans équipage.

J’ajoute que le voyageur solitaire s’épargne aussi le manque d’organisation des autres. Combien de fois m’a-t-on planté pour cause d’impréparation, de flemme ou de renoncement soudain. Combien de fois s’est-on pris la tête pour trouver une disponibilité commune. Voilà notamment pourquoi je me résolu à voyager seul 90% du temps. Les 10% restants, c’est à deux. Oui, parfaitement. Mais il faut savoir choisir cet unique acolyte avec attention : il doit être sur les mêmes longueurs d’ondes et partager ma manière bien à moi de voyager.

  • Prendre du temps avec soi-même

Il me semble naturel d’éprouver de temps à autre le besoin d’être seul. Je ne me sens pleinement moi-même que lorsque je déambule, anonyme, dans quelque ville de France ou d’Europe, loin, bien loin des rues que je foule tous les jours. Encore une fois, rappelez-vous la chanson : “Je marche dans la ville, tout seul et anonyme / Ô la ville et ses pièges, ce sont mes privilèges.”

Il suffit d’admirer ce tableau, « Le Voyageur au-dessus de la mer de nuages » de Caspar David Friedrich, pour se convaincre de l’intérêt de voyager seul.

Attention, je ne parle pas de s’isoler sur une île déserte, tel Robinson Crusoé, à méditer vainement sur le sens de l’existence. Je parle simplement de sortir de son cadre routinier l’espace de quelques jours. De se soustraire de son environnement (métro-boulot-dodo) pour s’injecter dans une foule inconnue, baigner dans la marée humaine. Comme on dit, de sortir de sa zone de confort.

Sans y consacrer tout un chapitre, je dirais qu’un grand nombre d’individus se dispensent d’un exercice sain et bénéfique : l’introspection. Nous manquons de moments avec nous-même, à l’abri du regard des autres (relisez Sartre!). A force de tout faire ensemble, on désapprend à penser et agir par soi-même. Vive l’indépendance ! Voyager seul oblige à être autonome, débrouillard, donc organisé. Toutes choses utiles pour réussir. Les couples devraient s’y essayer. Si j’étais un thérapeute de couples, je prescrirais des voyages séparés, car les couples qui fonctionnent le mieux sont ceux qui préservent leur liberté respective. 

Enfin, sans être aussi extrême, j’approuve plus que jamais Jack Kerouac, encore lui, lorsqu’il évoque dans Le Vagabond solitaire son séjour isolé en montagne : “Aucun homme ne devrait achever son existence sans avoir connu une fois cette solitude saine, même si elle est ennuyeuse, dans un endroit désertique; on ne dépend plus que de soi et on apprend ainsi à connaître sa force véritable et cachée.”


Sur le même sujet :

    • Ecouter son instinct, sortir de sa zone de confort… 20 conseils pour voyager seul (Momondo)
    • « Pourquoi je préfère voyager seul » : sur Instinct-voyageur.fr, Jérémy cite également trois avantages (les rencontres, la liberté, la communion)
    • Selon moi, la vidéo YouTube la plus complète sur le thème du voyage en solo. Un témoignage d’autant plus intéressant du point de vue d’une femme :

1 comment for “Pourquoi je voyage seul et en quoi c’est une chance

  1. Sarra B
    18 juin 2017 at 11 h 38 min

    On pourrait remettre en cause ce point de vue… Le fait de voyager entre amis ou en coupe est une expérience formidable pour resserrer les liens. C’est sûr qu’il y a des accords et des concessions à faire et qu’on ne peut pas obliger les autres à suivre notre façon de faire les choses. C’est tellement agréable de prévoir un voyage à plusieurs, d’attendre ce moment où on découvre la personne dans son quotidien, de vivre ces quelques jours précieux avec elle… On partage la découverte avec quelqu’un d’autre et on se crée des souvenirs communs pour toute la vie ! Alors qu’avec le voyage en solo, je ressens toujours la frustration de ne pas parler avec l’autre de toutes ces petites pensées face à ce nouveau cadre.

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