Gare, aéroport, champ, forêt… Ces lieux insolites où j’ai dormi en voyage

Avant que le soleil se couche, poser sa tente au bord d’un chemin de randonnée. Normal.

“S’asseoir par terre”… et dormir n’importe où.

Parce que le voyage est un brise-routine, il m’arrive de passer mes nuits hors d’un lit quand je me déplace. Soit que je me laisse transporter par un train ou un bus de nuit. Soit que j’établis mon campement de fortune dans le hall d’un aéroport, sur le quai d’une gare ou dans un champ désert. Passage en revue des lieux insolites où j’ai dormi (ou, du moins, essayé) :

  • L’aéroport de Genève

Nous voilà en août 2011. Ma traversée de la France “à la dure” m’amène dans la (très chère) Cité de Calvin. (Que fais-je en Suisse alors que le traverse la France ? C’est une question que je résoudrai tantôt.) J’y arrive en début d’après-midi, sans me poser la question de l’endroit où je vais dormir. Un simple menu au Mc.Do me coûte l’équivalent de 12€. Hors de question de me faire avoir de nouveau par les prix suisses en réservant un hôtel. Je suis confronté à une difficulté supplémentaire : je viens de subir un coup de déprime, face au lac Léman, car soudain tout le monde me manque. Alors, où aller ? Je réfléchis. Je me demande quel lieu, dans une ville d’une telle importance, reste ouvert H24 aux voyageurs de ma trempe. Conclusion : “L’aéroport, pardi !”

L’aéroport, un bel endroit pour passer la nuit incognito au milieu d’autres voyageurs.
Crédits photo : Flickr/Bernard Oh

J’y arrive vers 21h. Je zone dans le hall de l’aéroport en attendant un moment propice pour m’allonger et dormir (je suis épuisé, bordel). Comme c’est la première fois que je fais ça, je crains un brin de me faire chasser à cause que je n’ai pas de billet. Si on me demande ce que je fais là, j’inventerai : “Mon avion part tôt.” En réalité, le personnel s’en cale complètement. Peu avant minuit, ils se contentent de fermer les accès à l’aérogare, indifférents aux personnes qui y restent. Je vois que des dizaines d’autres voyageurs ont eu la même idée que moi. A la bonne heure ! Je déroule donc mon sac de couchage sur le carrelage gelé et luisant et m’endors enfin. Je me sens alors comme Tom Hanks dans le film Le Terminal.

Vers 4h, je suis réveillé par le bruit des passagers qui s’enregistrent sur un vol vers les Etats-Unis. On ne peut pas dire que la nuit a été longue, mais j’ai réussi à gratter quelques heures de sommeil. Au moment de quitter l’aéroport pour retourner dans le centre-ville, je suis frappé par la vision d’une tente familiale posée, sans gêne, en plein milieu du hall par un groupe de jeunes. J’aurais dû y penser…

  • La gare d’Evian-les-Bains

La fois où j’ai dormi dans les locaux de la SNCF à la gare d’Evian-les-Bains. Le fenêtre donne sur les quais.

Après l’aéroport, la gare. Un jour après Genève, j’arrive à Evian-les-Bains, ville balnéaire connue pour son eau minérale, toujours dans le cadre de ma traversée de la France. En début de soirée, j’entreprends de trouver un endroit discret où foutre ma tente. Après une recherche infructueuse, je me demande : “Et pourquoi pas la gare ?” Je débarque là à 22h, peu de temps avant la fermeture. Je m’allonge sur un banc, ni vu, ni connu. Au préalable, je signale à un employé que je vais camper là jusqu’au premier train du lendemain. Il me laisse faire. Quelques minutes plus tard, visiblement peiné par ma situation, il revient et m’invite à dormir dans le local du personnel. Très sympa : “Les douches sont par-là. Si vous voulez un café, n’hésitez pas à vous servir.” Il exige une seule chose : “Faites en sorte de sortir avant 4h, c’est l’heure à laquelle le chef arrive.” En effet, mieux vaut que personne n’ait d’embrouille.

Or donc, me voilà en pleine nuit dans un lieu improbable : une salle du personnel de la SNCF. J’aligne plusieurs sièges et m’allonge, enfin. Encore épuisé par ma nuit précédente à l’aéroport, je m’endors comme si j’étais dans un lit king size. Je dirais même que j’ai plutôt bien dormi malgré la précarité du dispositif. Je me réveille à 4h et sors de là aussitôt. Je tourne en rond en attendant le premier TER de la journée, départ 5h34, direction Lyon.

  • Dans la nature (un champ, une forêt…)

Eté 2011, trouver des endroits tranquilles où poser sa tente. Ici, dans la Moselle.

Quelques jours avant Genève et Evian, je dors dans des endroits on ne peut plus proches de la nature. C’est bien simple, lors de la première semaine de mon road trip, mon toit tient dans ma tente Quechua 2 secondes, qui me donne l’air une Tortue Ninja quand je la porte. Je marche alors en Lorraine, en Alsace et dans les Vosges. A l’écart d’un sentier de randonnée, je la balance dans un champ dès que s’amorce le coucher du soleil. Pendant quatre ou cinq jours, je dors ainsi par terre, au milieu de rien, enroulé dans mon sac de couchage. Seuls quelques millimètres de plastique me séparent de la terre, de l’herbe et de tout ce qui s’y trouve. Parfois, j’entends la pluie frapper la toile de ma tente.

Ma nuit au sommet du Ballon d’Alsace (Vosges). Je me réveille dans la brume au bruit des cloches.

Un jour, je m’endors au sommet du Ballon d’Alsace (1247 mètres d’altitude), dans les Vosges, et me réveille dans la brume. Paysage lunaire. J’entends le tintement des cloches qui entourent le cou des vaches. C’est probablement l’un des réveils les plus mystiques de mon existence. Mine de rien, à chaque fois, j’ai plutôt bien dormi dans ma tente, probablement aidé par les 30 à 40 kilomètres parcourus depuis l’aube.

Quand ce n’est pas un champ, c’est une forêt. Au terme d’un après-midi à Belfort, je prends un bus urbain vers la périphérie de la ville. Je descends à un arrêt proche d’une forêt, que j’ai repérée au préalable sur le plan du réseau. Impossible de me rappeler le nom exact de la forêt. Quoi qu’il en soit, je dors là, entre les arbres, à quelques minutes d’une zone pavillonnaire. Je remballe au petit matin, histoire de choper le premier bus, à 6h, direction la gare. Une fois là, je prends un train vers une autre destination, Besançon… et je poursuis mon sommeil forestier.

Fin février, je suis rentré d’Italie en prenant l’Intercités de nuit à Nice.

  • Des trains ou des bus de nuit

Ce sont des lieux moins inattendus que les précédents. Mais tout de même, on n’a pas pour habitude d’y passer la nuit. Pour me rendre vers une destination lointaine (souvent dans un pays voisin), économiser une nuit d’hôtel et gagner du temps (les trois à la fois), il m’arrive d’effectuer un trajet de nuit en car ou en train, option couchette ou siège inclinable, qu’importe. Je me sens alors comme dans l’Orient-Express, le crime en moins. Quel plaisir de foncer dans la nuit noire, de traverser nuitamment tout le pays et d’arriver à destination au petit matin. Un plaisir d’autant plus grand que, grâce à ma carte magique TGVmax, je peux emprunter les trains de nuit… gratuitement et en illimité !

  • Des nuits debout, car “c’est beau une ville la nuit”

L’un des délires que je m’accordais parfois, mais plus trop désormais (je vieillis, je fatigue plus vite), c’est de ne pas dormir du tout. Autrement dit, d’errer la nuit dans les rues d’une grande ville. Je l’ai fait maintes fois à Paris quand je n’y habitais pas encore. Je l’ai fait à Londres pour m’imprégner de la night fever britannique. Je l’ai fait par une froide nuit à Stockholm avant de choper mon vol à 6h du mat’. Le principe est simple : pour tenir jusqu’à l’aube, marcher ou pédaler sans but, emprunter à l’aveugle des bus de nuit, entrer dans un lieu et en ressortir. On découvre alors la ville sous un autre jour (ou nuit, enfin vous me comprenez). Richard Bohringer a raison : c’est beau une ville la nuit.

Février 2013, alors que je n’habitais pas encore Paris, marcher dans le silence d’une nuit d’hiver enneigée.


Je tiens à rassurer mes lecteurs. La plupart du temps, je dors “normalement”, c’est-à-dire entre les quatre murs et un toit, pour reprendre une chanson de Bénabar. Les exemples cités proviennent de voyages qui ont eu lieu il y a plusieurs années. Pour des questions d’économies plus que par inconscience, je ne pouvais guère me permettre de payer sans limite des nuits d’auberge ou d’hôtel. Mais désormais, fini la fatigue inutile, place à une once de raison.


Sur le même sujet :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *