Comment j’arrive à voyager beaucoup avec peu d’argent

Nord, sud, est, ouest ! Voyager demande plus de ruse que d’argent. Crédits photo : Pixabay/CC0 Public Domain/TheAndrasBarta

Tout est affaire de stratégie.

« Mais comment fais-tu pour partir toutes les semaines sans te ruiner ?! » Cette question, on me la pose justement toutes les semaines. La manière dont je finance mes voyages apparaît pour beaucoup comme une obscure énigme. L’air de se dire que je cache un truc chelou. M’envoler en Europe pour 5€, traverser la France tous les week-ends en TGV, visiter trois pays en une semaine sans vider mon PEL… « Comment cela se peut ? Les explications ! »

Des fois (c’est devenu une blague rituelle), j’en viens à jouer au Juste prix. Mes proches cherchent à deviner combien j’ai payé mon dernier week-end à Venise ou ma prochaine escapade à Prague. « – 50€ ? – Moins… Encore moins… Non, tu n’y es pas ! » Pourtant, je n’ai inventé ni l’eau chaude, ni le fil à couper le beurre. J’insiste : je n’ai pas de supers pouvoirs. Mes recettes pour « partir partout, tout le temps et pour pas cher » sont reproductibles par tout le monde. En réalité, tout est un savant mélange de stratégie, de flexibilité et de bonne gestion de son argent. Conseils et expériences.

  • Anticiper !

Aimez voir loin.

C’est un garçon très (trop?) organisé qui vous parle. Au risque de rappeler une évidence, anticiper est la meilleure garantie pour obtenir les prix les plus bas. Encore faut-il aimer voir loin et s’organiser sur le long terme. Autant dire que je ne pars jamais sur un coup de tête. En réservant en dernière minute, on est assuré de payer le double, le triple, le quadruple ! Sans compter que le train, l’avion ou l’hôtel souhaité risque d’afficher complet. Et comme chacun sait, les dernières places sont toujours les plus chères… Anticiper permet, par exemple, de dégoter des vols Paris-New York à 300€ aller-retour (!!) sur le site de Norwegian.

Sans cette prévoyance, je n’aurais jamais pu payer 5€ (oui!) pour m’envoler vers Munich, Palerme ou Naples, ni même 10€ vers Budapest, Stockholm, Venise ou Riga, ni même des nuits d’hôtel à -30%, ni même… , etc. Sauf si vous partez à l’autre bout du monde, pas besoin non plus de s’y prendre six mois à l’avance. Me concernant, j’ai souvent trouvé des vols à 30€ deux mois avant le départ, notamment pour Madrid, Copenhague et Bilbao, via les compagnies Transavia et Easyjet. Pour ceux qui redoutent les contretemps, il peut être avantageux de souscrire à une assurance annulation ou de payer un peu plus pour obtenir un billet échangeable et remboursable.

  • S’armer de patience pour repérer les bonnes affaires

Réduire la facture au maximum nécessite beaucoup de temps. Je dois comparer les offres, en déceler les subtilités, trouver la meilleure date, combiner les bons plans entre eux… Autant dire que je tergiverse beaucoup entre ma première recherche et la réservation effective car j’espère toujours trouver une offre encore plus avantageuse. Cet excès de précaution s’avère parfois pénalisante : le prix peut se mettre à augmenter d’une minute à l’autre.

Parfois, les bons plans viennent directement à vous. A condition de s’inscrire aux newsletters et aux pages Facebook des compagnies aériennes, des chaînes hôtelières et des sites de bons plans (que je consulte pourtant rarement) comme Voyages Pirates ou Voyages Détective. C’est de cette manière que j’ai pu voyager pour 5€ avec Volotea. Allez-y donc franco. Vous serez informés par mail ou par notification de deux événements cruciaux que tout voyageur malin doit connaître : les ouvertures de ventes et les ventes flash. Pendant les ventes flash, les billets pour l’Europe sont vendus pendant quelques jours 5, 10 ou 30€. Ou alors une promotion de -30% s’applique aux nuits d’hôtel. Bref, l’équivalent des soldes dans le domaine du voyage. (Là encore, vous voyez que mes méthodes n’ont rien de secret.)

  • Exigence minimale, flexibilité maximale

Soyez flexibles !

Un autre ingrédient de ma soupe aux bons plans, c’est la souplesse. Ne soyez pas rigides ! N’allez pas au même endroit en même temps que tout le monde. Acceptez de ne pas partir à certaines dates ou périodes. Ne cherchez pas à vivre comme des rois dans de superbes hôtels. Adaptez vos destinations davantage selon les prix que selon vos désirs. Partez très tôt, rentrez très tard, dormez dans des trains de nuit, fatiguez-vous, mais ne soyez pas exigeant et ne restez pas fixé sur une envie. Faites des concessions ! Je rappelle des évidences… Mais c’est à cause que je ne trouve pas d’acolyte suffisamment souple, capable de sortir de sa zone de confort, que je me résous à partir seul 90% du temps. Pour espérer voyager souvent à moindres frais, oubliez les solutions de facilité.

Prenons les hôtels. Cela m’est égal de dormir dans une piaule sans charme avec sanitaires communs. Peu m’importe que la chambre n’ait pas la télé, que l’hôtel n’ait pas de piscine ou qu’il soit excentré. Peu me chaut que je me retrouve dans une chambre partagée avec d’autres vagabonds. Le principal n’est-il pas d’avoir un lit entre quatre murs où se reposer jusqu’au lendemain matin ?

Dans les villes chères comme Londres ou Copenhague, je privilégie les auberges de jeunesse. Dans les villes plus abordables, comme Prague ou Bilbao, je privilégie une chambre simple dans un hôtel simplet. Dans les deux cas, ma nuit me revient rarement à plus de 30€, petit déjeuner compris. Je n’ai jamais été déçu. Je suis même tombé sur de petites perles. Curieusement, je n’ai jamais senti le besoin de passer par Airbnb. Pour trouver l’hébergement qui vous convient le mieux (en termes de prix, localisation, service, etc.), je conseille de réserver via les applications Booking ou Hotels.com.

  • TGVmax : voyages illimités, budget maîtrisé

Avis à celles et ceux qui aiment sillonner la France. Vous le savez, je n’ai pas attendu l’invention miraculeuse de la carte TGVmax pour bouger malin. Depuis que j’y ai souscrit en février, je voyage beaucoup plus (en fréquence et en rapidité)… tout en dépensant beaucoup moins ! Cet abonnement fixe mon budget déplacement à 79€ par mois. Pas un centime de plus, sauf évidemment si j’emprunte l’avion. J’entends dire que « c’est cher »… Faisons une moyenne : en effectuant trois aller-retour par mois, soit six trajets, chaque trajet revient à 13,17€, peu importe la distance parcourue. L’abonnement peut même être amorti au bout d’un seul trajet.

Le principe est le même qu’avec toutes les abonnements “illimité” (cinéma, salle de sport, piscine, streming, etc.). Jamais de mauvaises surprises à la fin du mois. Le prix des billets a beau fluctuer, la somme payée demeure la même quelle que soit sa consommation. Un excellent moyen de garder son budget à l’équilibre, non ?

Une autre astuce pour dépenser encore moins grâce à TGVmax, c’est de faire l’aller-retour sur la journée. C’est tout à fait possible pour les destinations situées à moins de trois heures, comme Marseille, Bordeaux et la Bretagne. La magie de la vitesse fait que vous pouvez partir tôt le matin et rentrer tard le soir sans avoir besoin de payer une nuitée sur place. Voilà ! Vous avez traversé deux fois la France dans la journée sans rien dépenser.

  • L’autocar, le transport le plus économique

Depuis que TGVmax est entré dans ma vie, j’ai déserté les « cars Macron ». Mais il est impossible d’évoquer les bons plans voyage en omettant ce mode de transport, représenté par Ouibus, Flixbus et Isilines, dont j’étais un habitué entre l’été 2015 et fin 2016. Comme je l’ai expliqué dans un long exposé, j’ai parcouru plus de 23.000 kilomètres (plus de la moitié du diamètre de la Terre!) avec seulement 197€. C’est comme si vous alliez en Nouvelle-Calédonie depuis Paris. Mieux, preuves à l’appui, je n’ai jamais payé un billet de car plus de 10€, quelle que soit la destination en France et en Europe. (Berlin à ce prix-là, c’est tentant, non?) Comment ? En appliquant les stratégies mentionnées plus haut : anticipation, ventes flash, bons de réduction, voire la combinaison des trois.

Encore une fois, vous voyez que c’est possible. Je n’ai rien inventé. Mais gare ! Les trajets à 1€ dont j’ai profité moult fois étaient des offres de lancement. Le marché, libéralisé par Emmanuel Macron (<3) à l’été 2015, arrive à maturité : de fait, les prix sacrifiés se raréfient. L’autocar reste malgré tout le mode de déplacement le plus économique. A vous d’accepter de voyager lentement.

  • Dépenser son argent à bon escient

Terminons en parlant de vos sous. Pour beaucoup, l’argent est un obstacle au départ. Après m’avoir lu, vous aurez compris qu’on peut toujours s’arranger pour partir. Lorsque j’ai commencé à voyager dès l’âge de 15 ans, j’ai dû compenser mon manque cruel d’argent par une bonne dose de ruse. Anticipation, patience, flexibilité, ai-je dit. Mais ces principes ne suffisent pas. A ce triptyque s’ajoute la bonne gestion de son budget.

Ne flambez pas dans des futilités.

C’est un principe utile à tous les aspects de l’existence. Sinon, comment paraître crédible quand vous demandez un prêt pour votre maison ?! Partez du principe que les petits ruisseaux font les grandes rivières. Mettez bout à bout les dépenses non indispensables et imaginez tout ce que cela représente. 100€ non utilisés ici, c’est 100€ à dépenser dans un week-end européen. Le but n’est pas de s’imposer une cure d’austérité, encore moins de résister à certains tentations, mais d’introduire en soi la culture de l’économie. Permettez cette analogie : pour consommer moins d’essence, vous pratiquez l’éco-conduite. Eh bien là, c’est pareil. Cherchez à vivre un maximum d’expérience avec un minimum de moyens.

En somme, trouvez un juste milieu. Définissez vos priorités. Comme je n’imagine pas une vie sans évasion, sans brise-routine, il est naturel que je fasse passer le voyage avant le reste. Si le voyage est plus qu’un loisir, c’est-à-dire une passion, consacrez-y un budget chaque mois, tout comme il existe un budget pour le logement, les courses, les factures, etc.

Sans vouloir paraître machiavélique, j’ajoute que je n’ai aucun mal à mettre de côté chaque mois une bonne part de mes revenus, bien qu’ils ne crèvent pas le plafond (un salaire de jeune journaliste, quoi). Projection dans l’avenir, encore une fois. Jamais de découvert, jamais de fin de mois difficiles, jamais d’avertissement de ma banque… Pourtant, « bon vivant » que je suis et adepte de la pensée épicurienne, je ne me prive pas des plaisirs de l’existence et de la jeunesse et saute sur les occasions de sortir dès qu’elles se présentent. Quand je n’étais qu’un stagiaire sous-payé, j’arrivais déjà à partir presque aussi souvent qu’aujourd’hui. « Ton secret, c’est juste que tu gères bien ton argent », me soufflait-on l’autre jour. Comme quoi, hein, tout est possible ! Quand je vous disais que je n’avais pas la science infuse…


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