Venise, un mystère dans la brume

Dans un fin brouillard, Venise apparaît comme une énigme. Ici, vue sur l’île San Giorgio Maggiore.

RÉCIT DE VOYAGE – Quand on me demande de décrire Venise, un seul mot me vient : surréaliste. De toutes les villes que j’ai visitées, je n’en ai vu ni plus belle ni plus mystique que la cité des Doges. Comme toutes les destinations qui font rêver, on pourrait s’attendre à tomber dans un décor de carte postale, bardé de clichés et de pièges à touristes. Il n’en est rien.

L’enchantement commence avant d’y poser le pied : sur le pont qui relie Mestre, sur le continent, à l’archipel vénitien. Ma navette aéroport fonce dans la brume sur une route entourée par les eaux. Je me laisse transporter vers un mystère. A la descente du bus, les canaux, les façades colorées et la prestance italienne se présentent devant moi. Je franchis la passerelle qui sépare la gare routière à la gare ferroviaire de Santa-Lucia, ou plutôt la zone portuaire à la ville historique. Me voilà dans Venise.

Jeux de rôles

En ce jeudi de fin février, c’est toujours le carnaval. Je croise déjà des personnes déguisées. Certains ne portent que des masques, d’autres sont revêtus de la tête aux pieds. C’est au milieu de tout ce beau monde que commence mon escapade de deux jours. Je remonte la Rio Terà Lista di Spagna, la rue qu’emprunte tout arrivant. En-dessous des ponts que j’enjambe, des touristes, surtout des couples, se laissent glisser sur les canaux par un gondolier. Au bout d’une heure de marche dans les ruelles festives, où sent bon la dolce vita, j’arrive à la place Saint-Marc.

Ce qui me frappe, ce n’est pas l’abondance de pigeons qui fait la réputation de cette place. Ce sont les déguisements. Beaucoup jouent le jeu. À la terrasse des cafés, des groupes déguisés discutent autour d’une table et boivent leur cappuccino comme si de rien n’était. Sur les quais, devant la lagune, on se croirait sur le tapis rouge de Cannes, le luxe en moins. Untel se prend pour un grand navigateur, imaginons Marco Polo, originaire de Venise. Tel autre joue le rôle d’un seigneur de la Renaissance. Ici, une femme éplorée se réconcilie devant les objectifs. Là, deux amants se font la cour. Comment ne pas penser à Shakespeare quand il dit: “La vie est un vaste théâtre où chacun joue son rôle et puis s’en va” ? À Venise, on abandonne son identité pour se glisser dans un rôle.

Jeux de rôle sur la Riva degli Schiavoni, face au Palazzo Ducale.

Sur la lagune en vaporetto

Reprenons notre route. Après avoir gravité autour de la place, franchi maints ponts, foulé maintes rues et croisé bon nombre de carnavaliers farfelus, je me résous à me déplacer en bateau. Je comprends vite que ne pas aller sur les îles alentours, c’est me priver de la beauté de la ville. J’opte alors pour un billet de vaporetto valable 24 heures. 20 euros, tout de même. Puis je me dirige au hasard vers l’île du Lido. Je tiens à signaler que cette île n’a rien d’exceptionnel hormis qu’elle donne directement sur la mer Adriatique et qu’elle est l’une des seules à posséder une plage. Ce jour-là, elle est déserte et brumeuse. Par beau temps, je parierais qu’on aperçoit les côtes de la Slovénie et de la Croatie.

Je retourne ensuite sur l’île principale, mais via un itinéraire moins direct. Je longe en vaporetto l’est de Venise, alors que le jour tombe dans la brume. Et là, ce qui était enchantement devient envoûtement. À l’arrière du bateau, en plein air, je me laisse glisser dans la nuit et admire les remparts éclairés. Au loin, sur l’eau noire, des points de lumière clignotent et se déplacent, comme des météores. Mon bateau, un brin agité par les vagues, fait des sauts de puce : il s’approche de la rive, dépose et accueille des passagers puis repart, et ainsi de suite.

Le Grand canal de Venise, sorte de Champs-Elysées… sur l’eau !

Je prends alors conscience que Venise n’est décidément pas une ville comme les autres. A Paris, on va au boulot en métro, on passe d’un quartier à l’autre en bus ou à vélo en sillonnant des boulevards. Ici, les Vénitiens font la même chose en bateau. Les routes ne sont pas des tapis de béton mais des couloirs aquatiques, délimités par des pieux en bois. Toute la ville et ses habitants vivent au fil de l’eau. Les taxis, la police, les éboueurs, les livreurs, les peintres en bâtiment… Les Vénitiens peuvent se passer du permis auto, guère du permis bateau.

Le paradis des marcheurs

De retour sur la terre ferme, j’erre de nouveau dans les ruelles. Le point qui me frappe à présent, c’est le silence. Le jour, mais plus encore la nuit, les ruelles sont incroyablement calmes. Ici, pas de voiture, pas de klaxons, pas de moteurs rugissants et pétaradants. Seuls les pas et les conversations résonnent. Venise est une ville de piétons, un paradis pour les marcheurs. C’est pourquoi malgré la fatigue (je me suis réveillé à 5h!), je me plais à m’attarder dans les rues vénitiennes. Sous la lumière timide des lampadaires, des couples se promènent main dans la main. Des amis déguisés pressent le pas pour ne pas arriver en retard à leur bal masqué. Certains font même faire leurs courses du soir habillés en corsaire ou je-ne-sais-quoi. Les jeux de rôles, toujours.

Sur le toit de l’hôtel, commencer sa journée avec la vue sur les toits et la lagune.

      

Ma nuit bien méritée me remet d’aplomb. Ma deuxième et dernière journée à Venise commence par un petit-déjeuner sur le toit de mon hôtel (voir « Où loger? » ci-dessous). D’ici, on voit une mer de toits en tuiles rouges et, au loin, la lagune, toujours dans la brume. Belle vision pour démarrer la journée.

A Murano, chez les artisans verriers

Je commence par me rendre sur l’île de Murano, au nord-est de l’archipel. Après une quarantaine de minutes en vaporetto, j’arrive dans un lieu plein de charme. En cours de route, il fait une halte sur une île atypique, où il n’y a rien d’autre… qu’un cimetière (Cimitero di San Michele). Murano est plus authentique que la grande île dans la mesure où elle est moins fréquentée, moins touristique et plus calme. D’où son surnom de « petite Venise ». C’est là qu’il faut aller pour rencontrer les vrais Vénitiens. Et aussi trouver une spécialité du coin : le verre de Murano, qui a fait la richesse de la République de Venise dès le XIIIe siècle. Les boutiques spécialisées ne manquent pas. En vitrine, des verres de toutes les formes, de toutes les couleurs, incrustés de matériaux rares et qui ont l’apparence du cristal. Bravo aux souffleurs de verre!

L’île de Murano, probablement la plus authentique des îles de Venise.

La beauté en péril

Le temps passe et me rapproche de mon départ. En guise de souvenir, je m’offre un masque pour quelques euros. Je le fais avec une once de culpabilité, celle de préférer une copie fabriquée en Chine à l’original, créé par la main d’un artisan vénitien. Que voulez-vous, les prix ne sont pas les mêmes !

Je me demande combien de vrais Vénitiens j’ai rencontrés. La ville est magnifique mais probablement dénaturée par l’abondance de touristes, qui sont 30 millions à s’y rendre chaque année. Les reportages se multiplient au sujet du tourisme de masse à Venise. Sans doute faut-il s’y rendre en hiver et en dehors du carnaval, bref, à une période où ils reprennent possession de leur ville. Je songe aussi aux menaces qui pèsent sur Venise. On entend dire que la ville n’existera plus à la fin du siècle à cause de la montée des eaux. Déraisonné ou non, ce scénario rappelle que la fragilité de ce joyau venu du fin fond des siècles.

Au final, je n’ai pas vu un rayon de soleil à Venise. Et c’est tant mieux. Venise s’admire à travers le filtre de la brume. Celle-ci ajoute du mystère au mystère. Pour le visiteur qui s’y promène, l’énigme n’en est que plus grande. Il a envie de découvrir ce qui se cache dans l’horizon imperceptible. En début d’après-midi, je quitte donc Venise par le pont qui m’avait enchanté la veille. Puis je roule dans l’hiver italien en direction de Gênes.


Où loger?

La Casa per ferie La Pietà. La nuit en chambre partagée coûte 35€, petit-déjeuner compris, ce qui est abordable en période de carnaval. L’hôtel est très bien situé, à 5 minutes de la place Saint-Marc et à quelques mètres des quais. N’ayant pas d’enseigne visible, il est néanmoins un peu difficile à trouver. Un passage par le toit s’impose : superbe panorama sur la ville.

Comment y aller ?

  • En train de nuit : la compagnie Thello fait rouler quotidiennement un train de nuit entre Paris et Venise. A partir de 35€ le trajet (et la nuitée!) en compartiment couchettes.
  • En autocar : Flixbus dispose d’une ligne d’autocar entre les deux villes. Compter 17 heures de trajet. A partir de 39€.
  • En avion : deux aéroports, l’un à Trévise, l’autre à Venise (Marco Polo), au bord de la lagune. Le vaporetto relie ce dernier vers le centre de Venise. Le bateau, ça change de la navette bus !

Que faire ?

  • Le Palais des Doges, face à la lagune, siège du pouvoir de la République de Venise
  • Murano, l’île des artisans verriers… mais pas seulement
  • Le pont du Rialto, le plus ancien de Venise, reliant les rives du Grand canal
  • La place et la basilique Saint-Marc, au centre névralgique de Venise
  • Le carnaval, pour croiser tout type de personnages. En 2018, il se tiendra du samedi 27 janvier au mardi 13 février

> Plus d’infos sur le site de l’office de tourisme de Venise

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