À Ibiza, dans l’insouciance d’un été espagnol

Loin des lieux de fête, Ibiza offre le repos et le dépaysement absolu à qui le veut.

RÉCIT DE VOYAGE – “Cool, tu vas faire la fiesta!” Eh non. Dans l’imaginaire collectif, aller à Ibiza c’est écumer les nightclubs, rentrer au petit matin et se la couler douce. Forcément. C’est oublier le reste: ses paysages, ses criques, son soleil, son histoire, ses habitants, ses routes. Ce pour quoi j’ai eu envie d’y passer trois jours de mon été – et aussi parce que j’ai trouvé, comme d’habitude, des billets d’avion à prix imbattables.

Ce vol à prix imbattable, donc, atterrit à 0h20. Il n’y a plus de bus pour le centre-ville… chose que j’avais prévue. Je m’en suis en quelque sorte réjoui. Mes fidèles lecteurs auront compris que je ne refuse jamais une occasion de passer une nuit à l’aéroport. Cette fois, je le fais à l’arrivée et non avant le départ. Je m’installe sur une rangée de quatre sièges et laisse passer les heures en lisant On the Road de Jack Kerouac ou en tentant de dormir. Je reconnais que l’idée d’aller en boîte pour occuper ma nuit m’a traversé l’esprit. Mais à 50€ l’entrée… Et la discothèque que David Guetta a créée au sein de l’aéroport en 2012 n’existe malheureusement plus.

Un réveil sur les hauteurs d’Ibiza

6h20, je monte dans le premier bus vers le centre d’Ibiza (Eivissa en catalan). En chemin, j’aperçois beaucoup de fêtards sortis de boîte, notamment de la Ushuaia Tower, non loin de l’aéroport. J’arrive au port une vingtaine de minutes plus tard, en même temps que le soleil se lève. De là, mon regard est intrigué par le château d’Ibiza, l’Almudaina, qui surplombe la ville. Classé au patrimoine mondial de l’Unesco, il s’agit de l’ancien siège administratif et militaire du gouverneur (wali) musulman, au XVIe siècle.

En route, vers 7h du matin, vers les forteresses de la ville haute d’Ibiza.

Il est à peine 7h et je marche vers son sommet en traversant des ruelles aux façades blanches. Le soleil tape déjà très fort. En récompense de cet effort accentué par la fatigue, je jouis d’une vue plongeante sur la ville et le port d’Ibiza, la côte, la Méditerranée et le soleil levant. Le ciel est parfaitement dégagé. Personne aux alentours hormis quelques coureurs et, déjà, des baigneurs matinaux. Belle manière de démarrer cette première journée.

Le ciel, le soleil et la mer

Dans l’attente de disposer de ma chambre d’hôtel à 14h, ma matinée s’annonce longue. Une fois descendu des hauteurs du château, je déambule dans les rues du centre-ville. Il faut le reconnaître, il n’y a pas énormément de choses à visiter. Le centre est quadrillé par de larges avenues parallèles et perpendiculaires entourées d’immeubles d’habitation. Les rares musées ne sont pas encore ouverts. Je m’attarde donc à Harinus, une excellente boulangerie sur l’avenue Isidor Macabich, où je m’offre un petit-déjeuner requinquant. Puis je grimpe dans le bus 38 en direction de Cala Tarida, à l’ouest de l’île.

A Cala Tarida, je découvre enfin l’Ibiza des cartes postales.

Je vois enfin l’Ibiza des cartes postales. Celle des petites plages brûlées par le soleil, léchées par une eau transparente et remplies de bons vivants avant midi. J’ai déjà envie de me poser, là, dans le sable, mais faute de serviette je me balade sur les falaises qui bordent la plage. Certains ont la bonne idée de s’installer sur une plage à l’écart accessible uniquement en bateau. Quoi qu’il en soit, je crève déjà de chaud. Je trouve enfin de la fraîcheur dans le bus (climatisé) qui m’emmène à Sant Antoni, qui sera mon lieu de résidence pour trois jours. Aussitôt après avoir procédé au check-in (voir “Où loger?” ci-dessous), je m’effondre sur mon lit et m’offre une sieste bien méritée. (C’est quand même plus confortable que les bancs de l’aéroport.)

Mythique coucher de soleil

“¡Vamos a la playa!” A mon réveil, de nouveau frais et dispo, j’avale un menu du jour dans le restaurant de mon hôtel et, maintenant que j’ai une serviette, je vais me poser sur la plage et faire ce que je ne fais jamais en temps normal : appuyer sur “OFF” et me reposer. Dans mon champ de vision, un ciel bleu, chaud, d’été. Un ballet incessant de Canadair et d’hélicoptères bombardiers d’eau fend ce monochrome. Un incendie a lieu sur une colline boisée autour de Sant Antoni. Ça commence bien, me dis-je. Fort heureusement, le brasier est pratiquement éteint en début de soirée.

À une dizaine de minutes de mon hôtel se trouve l’un des meilleurs endroits pour admirer le coucher du soleil. Sur Google Maps, ce lieu est élégamment désigné “San Antonio Sunset Strip”. Il s’agit d’une promenade bordée de cafés. C’est ici que se trouve le légendaire Café del Mar. On y diffuse de la musique électronique aux antipodes de celle que crachent les enceintes des boîtes de nuit d’Ibiza. Le café possède même son propre label de musique. Elle est soft, relaxante, envoûtante. Ajoutez à ce cadre un cocktail à 20€ et vous êtes au ciel ! Heureusement, la terrasse est accessible à ceux qui ne consomment pas.

Près du Café del Mar, à Sant Antoni, le coucher du soleil est attendu comme un grand événement.

Tous viennent jusqu’ici pour contempler le soleil couchant, comme s’il s’agissait d’un rendez-vous, d’un grand événement. Certains se regroupent sur la plage de rochers. D’autres s’impatientent sur les digues – ou sur les terrasses des cafés, donc. Tous les regards fixent l’horizon rose orangé, vers lequel s’étend l’infinité de la mer.  Le matin, je regardais le soleil se lever à l’est de l’île. Là, j’assiste à son coucher à l’ouest. Le spectacle est si apaisant, la vision est si frappante, que je frise le karma.

L’insouciance espagnole

Au matin de mon deuxième jour, je me rends à Cala Salada, à une quinzaine de minutes en bus de Sant Antoni. L’eau est si transparente qu’on la croirait fraîchement venue des montagnes. Mais il me suffit d’y plonger quelques minutes pour remarquer que c’est bien de l’eau de mer, hyper salée. La crique est bien cachée et difficile d’accès, même en voiture. Je dois avouer que pour une fois, je suis un brin déçu. Je m’attendais à une crique confidentielle, calme et déserte. Au lieu de cela, je m’installe sur une plage déjà pleine à craquer à 11h. M’étant promis de me reposer, je reste là une grande partie de la journée sous un ciel un brin couvert.

Bien que difficile d’accès, Cala Salada est très fréquenté tout en restant un endroit calme.

Voilà depuis 24 heures que je suis arrivé et je goûte à une forme d’insouciance. Moi qui suis toujours orienté vers un but, qui oublie de me ménager et qui suis englué dans mes habitudes parisiennes, je m’offre enfin du répit. Pour de vrai. Les Italiens diraient : le farniente. Seuls comptent le repos, le soleil et la mer. Ce repos est comme une libération. La liberté de me balader de ville en ville, de plage en plage, une serviette à l’épaule, en discutant en espagnol, sans me soucier des horaires, à l’abri de toute préoccupation, privé de toutes contraintes. Pour une fois, pas de visite au pas de course. Pour une fois, je fais rimer voyage avec vacances. “Vacances, j’oublie tout”, dit la chanson, ou plutôt dirais-je : “Vacaciones, me olvido todo.” Mes jours pourraient se résumer ainsi :

Living like a hobo
Like a Spanish lobo
Ibiza is still on my mind
Different places every day
Every time a different way

Le soir, je prévois de me rendre à Cala Comte, à une vingtaine de minutes en bus de Sant Antoni. C’est, paraît-il, un autre superbe endroit pour assister au crépuscule. Mais le déluge qui s’abat depuis la fin d’après-midi me dissuade de m’y rendre. Je n’aurais rien vu, et puis j’aurais été trempé. Tant pis. Néanmoins, alors que le ciel se dégage, je retourne comme la veille près du Café del Mar. La pluie a visiblement dissuadé beaucoup de gens de s’y rendre. Le coucher de soleil est presque parfait : il ne disparaît dans l’horizon, mais derrière une épaisse couche nuageuse.

Cala Nova, l’Ibiza sauvage

Cala Nova, un cadre reposant et stimulant à la fois

Au troisième jour, je me réveille sous une pluie plus fine que la veille. Elle disparaît le temps que je me rende à Sant Eulalia, à l’est de l’île. Une heure plus tard, je grimpe dans un autre bus, cette fois-ci en direction de Es Canar, à quinze de minutes de là. Sans m’y arrêter, je passe devant le Hippi Market, un marché psychédélique où l’on vend des objets fabriqués à la main et de la bonne cuisine espagnole. Cela me rappelle qu’Ibiza fut une terre d’accueil du mouvement hippie dans les années 60, une sorte de « San Francisco européen ». L’île garde de cette période son esprit de fête et de légèreté.

Mes pas m’emmènent de Es Canar à Cala Nova, une plage sauvage préservée du tourisme de masse. Pas de complexe hôtelier, seulement un camping à seulement quelques mètres du rivage. La mer agitée en fait un endroit idéal pour surfer. Un bel endroit pour tomar el sol, aussi, maintenant que le soleil est revenu. Je ne le découvre que quelques heures avant de repartir. Je regrette de n’être pas venu ici plus tôt. Car il y a à cet endroit ce que j’étais venu chercher : un cadre reposant et stimulant à la fois, avec sa nature sauvage, ses gens libérés et son calme. Tout ce qui fait d’Ibiza una isla bonita.


Où dormir ?

Hostal Dinamarca, à Sant Antoni. 51€ la nuit en chambre double, ce que j’ai trouvé de moins cher à Ibiza en été. L’hôtel est idéalement situé à quelques minutes de la plage et de la gare routière. Il dispose d’un restaurant où l’on mange très bien pour pas cher (1,50€ la pinte de bière, 12€ pour 5 tapas).

Que faire ?

  • Le coucher de soleil au Café del Mar, à Sant Antoni : cocktail + musique lounge = ambiance relaxante assurée
  • Cala Nova, au nord-est de l’île, pour sa plage sauvage et sa mer agitée
  • La “ville haute” d’Ibiza, pour découvrir son patrimoine historique et profiter d’un panorama sur la ville, le port et la mer
  • L’île de Formentera, à seulement 6 kilomètres d’Ibiza, pour sa nature et son calme
  • Le Hippi Market, à Es Canar, pour ne pas oublier qu’Ibiza fut une terre d’accueil du mouvement hippie dans les années 60

Comment y aller ?

Au départ de Paris, Vueling, Transavia et Easyjet proposent des vols directs vers Ibiza. A partir de 35€ l’aller, même en plein été !

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> Plus d’informations sur le site de l’office du tourisme d’Ibiza

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