Serre Chevalier Vallée: marcher entre la neige et le soleil

Dans la vallée de Serre Chevalier, marcher sous le soleil face aux neiges éternelles.

RÉCIT DE VOYAGE – Lovée entre le parc national des Écrins et l’Italie, située dans l’une des régions les plus ensoleillées de France, la vallée de Serre Chevalier plaira aux marcheurs en quête d’élévation, de calme et de détente.

Au terme d’un voyage interminable en train de nuit, je pose enfin le pied à Briançon (Hautes-Alpes). Aussitôt sorti de la gare et de cet Intercités de malheur, qui aurait pu arriver à 8h30 s’il n’y avait pas eu une grève des aiguilleurs conjuguée à un manque déplorable d’organisation, je presse le pas en direction du téléphérique du Prorel. “Vous montez avec nous?”, me propose tout de go une femme accompagnée de son frère. J’accepte et nous discutons pendant notre ascension. “Ça va vous changer de l’air de Paris!” Ma voisine connaît bien la vallée de Serre-Chevalier : elle y vient chaque hiver pour le ski. Tandis que nous regardons Briançon s’éloigner de nous, nous en venons inévitablement au réchauffement climatique : “La neige arrive plus tard, disparaît plus tôt et se fait plus rare à basse altitude.”

Après 20 minutes d’ascension, je passe du plancher des vaches à 2460 mètres d’altitude, au pied du sommet du Prorel (2566 m). M’y voilà enfin, dans l’air frais, le silence des hauteurs, l’altitude reposante, la verdure montagneuse. Nous sommes dimanche, le soleil brille et il fait chaud. Comme deux semaines plus tôt au Massif du Sancy, je me laisse surprendre par l’impression d’infinité que suggère l’horizon. Mais encore agacé par le retard du train (il est 14h, j’aurais pu arriver au même endroit à 10h, bordel), je ne perds pas de temps et me mets en marche, le ventre vide, vers le sommet de Serre-Chevalier (2483 m), à quelques kilomètres de là. Je renonce à marcher jusqu’à Monêtier-les-Bains, chose que j’aurais pu faire s’il n’y avait pas eu cette connerie de retard.

« Égaré dans la vallée infernale »

Je suis confronté à une difficulté peu commode, celle de ne pas trouver le chemin qui mène à Serre Chevalier. Les rares panneaux d’indication sont imprécis et donnent parfois des directions contradictoires. Sans compter que des fils de clôture barrent les sentiers, ce qui me rend confus: peut-on outrepasser, oui ou non? Quand ce ne sont pas des fils de clôture, c’est un troupeau de vaches qui me bloque le chemin. Je me vois mal me faufiler au milieu de ces bêtes, craignant de me faire encorner (de beef). Cela me déplaît car mon sens de l’orientation ne me fait jamais défaut. Comme dit la chanson, on peut dire que je suis « égaré dans la vallée infernale ». Dans le doute, j’emprunte un itinéraire loin d’être rectiligne: je redescends la vallée puis la remonte jusqu’au sommet de Serre Chevalier. Cela me demande plus de temps mais me permet de perdre plus de calories et de m’éprouver encore mieux.

En empruntant le « Chemin des Bergers », jouir d’un panorama sur la vallée de Serre Chevalier.

Arrivé au sommet de Serre Chevalier, je me remets de mes émotions en contemplant, au loin, les glaciers du Massif des Écrins. Leur neige éternelle leur donne un air majestueux et imprenable. Leur blancheur éclate encore plus dans le ciel bleu azur. La Barre des Écrins se distingue de la ligne d’horizon avec son blanc qui culmine à 4102 mètres d’altitude. Près de moi, des dizaines de VTTistes sortis du téléphérique se laissent descendre sur des sentiers escarpés et poussiéreux. Je redescends sur terre à mon tour mais de manière plus soft, dans l’un des derniers téléphériques de la journée.

De retour sur le plancher des vaches, je ne perds pas une seconde avant de gagner la chambre qui m’attend à l’Olympic Hotel (voir “Où loger?” ci-dessous). Un bain chaud me fait oublier les efforts de la journée et dissout toute ma fatigue. Une bonne nuit de sommeil me fait briller comme un soulier neuf.

Le spectacle oublié de la nature

Le lendemain, plein de verve, j’effectue le chemin inverse. Par une météo aussi radieuse que la veille, je remonte vers le sommet de Serre Chevalier. Puis je me mets en marche vers Briançon. Je trouve (enfin!) le bien nommé “Chemin des Bergers” que j’aurais pu emprunter la veille si un troupeau de vaches ne me l’avait pas barré. L’itinéraire présente peu de dénivelés. A certains endroits, le chemin est couvert de grosses pierres, ce qui nécessite quelques acrobaties.

J’entame ma marche depuis Serre Chevalier jusqu’à Briançon via le Chemin des Bergers.

En route, je croise un troupeau d’autres animaux: des moutons, dont les bêlements créent, avec leurs clochettes, la reposante musique des Alpes. Trois chiens de berger, des Border collie, tournent à pleine vitesse autour du troupeau. Au passage, l’un d’eux me renifle et conclut que je suis là en ami. Le berger apparaît, bâton à la main, chemise à carreaux. Il emmène ses animaux paître sur un autre flanc de montagne, un peu plus bas. A travers cette scène, je me sens au plus près de la terre. C’est fou comme la vie parisienne fait oublier le spectacle de la nature. 

L’appétit venant en marchant, je m’arrête au Châlet du Serre Blanc pour déjeuner. La terrasse offre une vue plongeante sur la vallée baignée de soleil. Alors que j’attaque l’entrée, j’aperçois quasiment au-dessus de ma tête une nuée de parapentistes parcourir les airs comme des oiseaux, ou comme des aigles, le symbole de Serre Chevalier. Et je me dis que je devrais essayer tantôt. Parfaitement, je devrais effectuer mon baptême de parapente, me jeter dans le vide et faire exploser mon compteur d’adrénaline. L’été prochain, sans doute. Or donc, disais-je, tout est là pour faire du repas un instant de plaisir pour bon vivant. Cela change des terrasses qui donnent sur les boulevards de Paname.

Dans les eaux chaudes de la montagne

Après avoir fait le plein de force, je prends un dernier bol d’air sur les hauteurs puis redescends dans la ville de Briançon. Les fortifications, signées Vauban et classées au patrimoine mondial de l’Unesco, se présentent au loin comme une Cité interdite. Hélas, je manque de temps pour m’y promener. (Si mon train n’était pas arrivé avec autant de retard, hein!…) Je passe donc rapidement par le parc de la Schape et la “ville basse” puis grimpe dans un bus vers les Grands Bains de Monêtier-les-Bains.

A l’autre bout de la vallée de Serre Chevalier, se détendre aux Grands Bains du Monêtier. Des bassins d’eau chaude avec vue sur les montagnes.

Après trente minutes de trajet et une dizaine de déshabillage, je me laisse envahir par l’eau chaude naturelle des montagnes. Bien plus qu’une piscine, c’est un lieu de relaxation où l’eau est au centre de tout. Une trilogie romaine avec un frigidarium à 17°C, un tépidarium à 32°C et un caldarium à 42°C. Un hammam et une “grotte musicale” où il est possible d’écouter des sons relaxants allongé dans l’eau. Un bassin intérieur et extérieur avec vue sur la montagne. Je découvre chaque bassin amusé comme un enfant. Et me dis que pour une fois, je ne baigne pas dans l’eau chlorée des piscines.

Après deux heures passées dans cette eau vivifiante, je suis effectivement requinqué, prêt à une nouvelle journée de marche. L’eau de la montagne a quelque chose de vivifiant et reposant qui vous met bien, qui vous refait. Mais il est déjà l’heure de rentrer. Je retourne à la gare de Briançon. Mon train de nuit part à 20h29. Cette fois-ci, il est ponctuel. Quelques arrêts plus loin, à Embrun, il est immobilisé 50 minutes pour permettre une opération de police à l’intérieur des voitures. Pendant mon sommeil, dans la nuit noire, le conducteur pousse le train à une telle vitesse qu’il arrive finalement à l’heure à Paris. Dommage, j’aurais bien voulu que l’aventure dure 50 minutes de plus.


Comment y aller ?

Un train de nuit relie quotidiennement Paris à Briançon dans les deux sens. Durée du trajet: 12 heures. Profitez-en, c’est l’une des deux lignes de train de nuit qui subsiste encore! Cette ligne est interrompue du 4 septembre au 20 octobre en raison de travaux. Ceux qui préfèrent voyager de jour peuvent emprunter le TGV jusqu’à Valence (2h10) puis prendre le TER jusqu’à Briançon (4h30).

Où dormir ?

A l’Olympic Hotel, dans le village de Chantemerle, rattaché à la commune de Saint-Chaffrey. Pour 49€, on a droit à une chambre grande comme quatre chambres de bonne parisiennes. Petit-déjeuner inclus, vue sur les montagnes, salle de bains avec baignoire, commerces et téléphérique à proximité… Que du bonheur! Je précise qu’il s’agit d’un “hôtel-école” : le personnel, en formation, est britannique et parle donc moins bien en français.

Que faire ?

> Plus d’informations sur le site de l’office du tourisme de Serre Chevalier Vallée

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