Chamonix Mont-Blanc : contempler la grandeur du monde

Etre frappé par cette vision glacière, entre terre et ciel. Ici, au sommet de l’Aiguille du Midi, à 3842 mètres d’altitude.

RÉCIT DE VOYAGE – Mon séjour dans la vallée de Chamonix commence plus au sud, à Saint-Gervais-les-Bains. Je débarque là en fin de matinée, un samedi, après 4h30 de trajet en TGV. J’avais quitté Paris dans une brume bien épaisse: j’arrive sous le ciel bleu azur et le soleil brûlant de l’été. Sans plus attendre, direction le domaine du Mont-Arbois. Par chance, j’arrive juste à temps avant la fermeture de la mi-journée du téléphérique. En vingt minutes, me voilà à 1833 mètres d’altitude, un peu comme deux semaines plus tôt dans la vallée de Serre Chevalier. Ah! mon goût de l’altitude… D’un côté, de la verdure descendant vers Megève. De l’autre, des montagnes grises, démesurées, coiffées de neige éternelle, qui semblent à la fois proches et inaccessibles.

Pour mieux profiter du panorama, je marche jusqu’au Mont Joux (1958 m), à 45 minutes de là, et je me pose à côté de La Folie douce. Ce bâtiment en ruine servait probablement de lieu de fête hivernal pour les montagnards de retour du ski. D’ici, en déjeunant, j’admire l’Aiguille du Midi, au sommet duquel je me trouverai demain. On la reconnaît à son antenne pointue, qui lui donne un air de flèche pointée sévèrement vers les cieux.

Depuis le Mont Joux, à Saint-Gervais-les-Bains, un aperçu de ce qui m’attend les deux jours suivants.

Nous voilà en fin d’après-midi. Il est déjà temps pour moi de gagner mon lieu de villégiature à Chamonix. Je m’y rends dans un train pas comme les autres: le Mont-Blanc Express. Il s’agit d’un petit train rouge, géré par la SNCF, qui circule sur une voie unique à écartement réduit. Son petit gabarit lui permet de défier les reliefs et de se faufiler entre les flancs de montagne, les routes et les cours d’eau. Il roule à 50 km/h en moyenne, ce qui laisse le temps aux passagers d’admirer le paysage. Je descends à la gare des Pèlerins et laisse mon train poursuivre sa route vers Vallorcine, au fond de la vallée, à la frontière suisse. Je prends place dans mon auberge de jeunesse (voir “Où dormir?” ci-dessous) pour trois nuits et quatre jours. 

A 3842 mètres d’altitude, entre le ciel et la terre…

Ce dimanche, jour 2, commence véritablement mon séjour à Chamonix. Je suis réveillé vers 6h. Au lieu de chercher vainement à me rendormir, je m’extrais de mon lit, excité à l’idée de me retrouver “tout là-haut” dans une ou deux heures. Le petit-déjeuner vite avalé, je me rends au téléphérique de l’Aiguille du Midi en bus. On m’avait conseillé d’y aller tôt le matin pour éviter les files d’attente. J’arrive juste avant le pic d’affluence. J’entame ce que je savais être le clou du séjour. En trente minutes, je passe de 1000 à 3842 mètres d’altitude. Ou plutôt devrais-je dire: du faste de la ville au désert de la haute montagne.

L’émotion quand tu contemples un horizon qui semble infini.

Pendant l’ascension, mon cœur bat d’impatience. Il est à peine 8h30 quand je me retrouve à 3842 mètres d’altitude par 0°C. Il fait tellement frais qu’une nuée de flocons de neige s’abat sur moi pendant quelques secondes. Devant moi se présentent trois pays: la France, l’Italie et la Suisse. Les effets de mon réveil matinal disparaissent immédiatement. Comment ne pas être frappé par ce paysage d’un autre monde, désert mais majestueux, à la frontière de la terre et du ciel? Jamais de ma vie je n’ai été aussi haut. Jamais, non plus, je n’ai pu admirer l’horizon de cette manière, je dirais avec une telle supériorité. Reconnaissons-le, ce n’est pas comme se trouver au sommet de la butte Montmartre ou au troisième étage de la tour Eiffel. 

… atteindre le nirvana devant la grandeur du monde

Ici, l’ascension physique s’accompagne d’une élévation spirituelle. Je me sens comme dans le tableau de Caspar David Friedrich, Le Voyageur au-dessus d’une mer de nuages. L’émotion me prend en contemplant la grandeur du monde et en sentant l’air froid caresser mon visage. Il faut se trouver en altitude, dans la fraîcheur désertique des hauts sommets, face à un horizon infini, pour sentir la vie, pour situer sa petite existence dans le monde. Pardonnez ce discours enthousiaste, mais je dois reconnaître que je viens d’atteindre le nirvana, là, présentement.

Le sommet du Mont Blanc (au milieu) caché derrière un voile nuageux.

Pour ne rien arranger, je tourne mon regard vers le Mont-Blanc (4810 m) et il m’apparaît comme un mystère: c’est le seul sommet caché dans la brume. Impossible d’apercevoir ce sommet mythique tant convoité par les aventuriers à travers les siècles. En bas, j’aperçois une cordée d’alpinistes affronter la peur du vide en escaladant les façades hostiles. Plus bas encore, des personnes marchent sur les glaciers, comme dans un désert sibérien. Certains semblent avoir campé là toute la nuit: en témoignent les tentes posées sur le parterre blanc, gelé et craquelé.

Sur l’autre versant de la vallée

Obnubilé par cette vision interstellaire, je quitte le monde des nuages et des glaces pour retrouver le monde terrestre. A la sortie du téléphérique, je jette un œil sur l’Aiguille du Midi, surpris d’avoir été « tout là-haut » il y a encore trente minutes. Dans le centre de Chamonix, je parcoure les ruelles animées en ce dimanche matin. Je sens une certaine effervescence en raison du début, le lendemain, du Ultra-trail du Mont-Blanc (UTMB), le sommet international du trail-running. Des pros du trail venus du monde entier vont entreprendre le tour du Mont-Blanc via l’un des cinq parcours dont le plus long représente 171 km. Je me souviens alors d’avoir échangé quelques mots, la veille pendant le dîner, avec trois Japonais venus spécialement à Chamonix pour y participer.

A peine redescendu, j’ai déjà envie de remonter. Je traverse Chamonix d’est en ouest pour visiter l’autre versant de la vallée. Direction le sommet du Brévent (2525 m). Ici, la glace ne recouvre pas les sommets. Le paysage est fait de roc. Je m’offre une marche de deux heures dans un décor de pierre et de gravats. Le lac du Brévent apporte une touche bleutée à ce tableau ocre. Le Brévent est un lieu privilégié pour admirer le Massif des Aiguilles rouges. Il offre aussi une vue incroyable sur le Mont-Blanc, juste en face, dont le sommet est toujours couronné par des nuages.

La fragilité du monde

Toutes ces émotions me donnent faim. Je redescends manger en ville puis grimpe dans un autre train pas comme les autres: le train du Montenvers. Sa gare se trouve à deux pas de la gare SNCF. Sauf que contrairement aux trains de la SNCF, celui-ci est à crémaillère. En vingt minutes, il m’emmène vers la Mer de glace (1913 m). De là, je dévale les 500 marches d’un escalier menant à la Grotte de glace, creusée dans le glacier. Pendant la descente, des panneaux m’intriguent. “Niveau de 1950”, “niveau de 1980”, “niveau de 1995”… Puis j’entre à l’intérieur de la grotte. Choc thermique ! Je passe de 25 à 0°C. La grotte est si petite qu’on en fait le tour en dix minutes. Mais elle vaut le détour. Il est toujours impressionnant de se retrouver à l’intérieur de je-ne-sais-combien de m3 de glace. Sans compter que c’est moins dangereux que dans le film Hibernatus.

Avant de quitter la Mer de glace, j’écoute l’exposé d’un glaciologue qui, micro à la main, retrace l’histoire du plus grand glacier de France. “Le glacier pourrait entièrement disparaître dans une dizaine d’années”, conclut-il. Alarmé, je lui demande si c’est à cause du réchauffement climatique. Il confirme. Et me montre à quel niveau se situait la surface au milieu du XIXe siècle: si j’étais venu il y a deux siècles, le glacier se serait situé à mes pieds. L’hôtel du Montenvers a justement été construit pour la clientèle venue admirer cette « mer » pas comme les autres. “Le niveau de 1800 pourrait être retrouvé dans 35.000 ans”, ajoute-t-il, et ce lors d’un épisode de glaciation. 

Voyager pour être confronté au monde

À ce moment, je comprends ce qu’apporte le voyage en plus du plaisir de la découverte. Le voyage procure une conscience du monde. Le “réchauffement climatique” ne reste qu’une vague notion tant qu’on n’en voit pas les effets. Ce n’est pas dans une rue de Paris que l’on ressent les effets du réchauffement climatique. Voyager fait découvrir l’insoupçonnable et l’insoupçonné. Voyager confronte à la marche du monde. Tout sonné par la belle mais trop fragile découverte, je redescends sur le plateau des vaches et profite d’une sieste avant le dîner pour récupérer de mon réveil matinal.

A l’auberge, je sympathise avec un sexagénaire qui profite de sa retraite pour voyager. J’apprends que ce sosie de Michael Caine, le genre de grand père idéal, a un autre point commun : il habite à Paris. En discutant autour d’une bière, je suis frappé par ses connaissances illimitées, visiblement accumulées par une vie de voyage. J’ai l’impression que ce bonhomme a tout fait, qu’il a parcouru les moindres recoins de ce monde et qu’il a lu toutes les œuvres de l’humanité. Il n’y a qu’en voyage que ce genre de rencontre s’établit. Et il n’y a qu’en voyageant que l’on accède au Savoir.

Paysages himalayens 

Mon troisième jour commence sur le domaine des Houches. A la gare de Bellevue, je grimpe (encore!) dans un train pas comme les autres : le tramway du Mont-Blanc. Dans l’esprit de ses concepteurs, ce train à crémaillère devait carrément arriver au sommet du Mont-Blanc. Mais la voie s’arrête 2000 mètres plus bas, au Nid d’Aigle (2372 m). J’arrive dans un paysage himalayen. Je marche au milieu de gravats tandis que les sommets enneigés, en arrière-plan, adressent un défi aux randonneurs. Pas pour rien que le Nid d’Aigle sert de point de départ aux aventuriers qui veulent conquérir le Mont-Blanc. N’ayant pas cette prétention, je me poste devant le glacier du Bionnassay tandis qu’une famille de boucs paît à côté de moi. Une explosion retentit au sommet d’une aiguille: c’est une avalanche, que j’entends sans voir.

Redescendu sur le plancher des vaches, j’hésite entre retourner, comme la veille, au sommet de l’Aiguille du Midi, ou alors tenter un autre sommet. J’opte finalement pour la deuxième solution. Je remonte la vallée jusqu’à Argentière, à quelques kilomètres de la frontière suisse. Puis je pars à l’assaut de l’Aiguille des Grands Montêts (3295 m), le dernier sommet de mon séjour. Je suis quasiment aussi haut qu’à l’Aiguille du Midi, mais il y a beaucoup moins de monde. L’endroit est bien plus confidentiel alors que le panorama est tout aussi époustouflant. Le paysage est désolé, silencieux, à l’abandon, mais une majesté en émane. D’ici, je domine le glacier d’Argentière. Il ressemble à une coulée de glace qui se serait figée pour toujours. En tournant de 180°C, le paysage est plus solaire. Pas de sommets glacés en vue, mais les aiguilles ocres de la bien-nommée Réserve des Aiguilles Rouges.

Dans les eaux pures de la montagne

Au dernier jour de mon séjour alpin, je retourne là où je suis arrivé. Le programme de ma matinée est simple : me détendre. Purifier le corps et l’esprit avant de revenir à mes affaires parisiennes… Rien de mieux qu’un passage par les thermes de Saint-Gervais. “Bonne détente”, me souhaite-t-on en m’offrant une serviette. Puis me voilà hors du temps. Comme aux Grands Bains du Monêtier, deux semaines plus tôt, je m’offre une parenthèse dans le faste du monde. Rien de mieux que l’eau pour oublier son attachement à la terre.

A cette heure-ci, les thermes sont encore peu fréquentés, ce qui rend le parcours encore plus agréable. Bain vapeur, jacuzzi, sauna finlandais… Tout est fait pour lâcher prise, pour oublier le temps qui court. Pour renaître. Des tisanes, des fruits et de l’eau sirotée sont mis à disposition gratuitement. A la sortie des thermes, je me sens requinqué et apaisé. Mais il est temps de rentrer. Je grimpe dans le TER vers Annecy. De là, je me laisse transporter à pleine vitesse vers Paris par un après-midi de fin d’été. A la fenêtre, les hauts sommets laissent place aux plaines. Comme la montagne va me manquer.


Que faire ?

  • L’Aiguille du Midi (3842 m), pour admirer le Mont-Blanc (4810 m) de plus près et contempler un horizon interstellaire. Accès en une trentaine de minutes grâce au téléphérique. Inclus dans le Mont Blanc Multipass ; sinon : 60€ l’aller-retour
  • Les thermes de Saint-Gervais-les-Bains pour ressourcer le corps et l’esprit. Il est conseillé de réserver avant de s’y rendre. 32€ les trois heures en matinée, serviette, tisanes et fruits inclus
  • La Mer de glace (1913 m) et la Grotte de glace, pour se rappeler combien la beauté du monde est fragile. Le train du Montenvers vous y emmène depuis le centre de Chamonix. Inclus dans le Mont Blanc Multipass ; sinon, 31,50€ l’aller-retour
  • Le Nid d’aigle (2372 m), point de départ mythique de l’ascension du Mont Blanc. Accès grâce au tramway du Mont-Blanc depuis Saint-Gervais-les-Bains ou Bellevue (Les Houches)
  • Les Grands-Montets (3295 m), pour admirer le glacier de l’Argentière dans le silence et la fraîcheur de la haute montagne
  • La Réserve des Aiguilles Rouges, pour randonner dans des paysages de pierre et de roc

Conseils

Si vous souhaitez découvrir un maximum de lieux en dépensant le moins possible, je vous conseille d’acheter le Mont Blanc Multipass. Il donne accès aux remontées mécaniques de la vallée de Chamonix ainsi qu’à certains lieux d’intérêt. Exemple : 63€ pour 1 jour, 88€ pour 3 jours. Certains hôtels le proposent à leurs clients à un tarif préférentiel.

Rappel : prévoyez des vêtements chauds si vous allez au sommet de l’Aiguille du Midi ou de l’Aiguille des Grands-Montets. Là-haut, la température tourne autour de 0°C ! 

Où dormir ?

A l’auberge de jeunesse HI Chamonix Mont-Blanc. Elle est située dans le quartier des Pèlerins, à 3 km du centre de Chamonix, et est desservie par une ligne de bus. L’auberge propose une formule séjour très avantageuse qui m’est revenue, pour ma part, à 126€ : trois nuits, petit-déjeuner et dîner, Mont Blanc Multipass 2 jours et transports gratuits dans la vallée de Chamonix. Sachant que le Mont Blanc Multipass 2 jours coûte en lui-même 77€… le calcul est vite fait.

Bien sûr, dans la mesure où les chambres sont partagées, on y dort moins bien qu’à l’hôtel ou chez soi. Mais le dîner en commun et l’après-dîner au bar sont l’occasion de faire des rencontres marquantes!

Comment y aller ?

Depuis Paris, TGV direct jusque Annecy (3h40) puis TER jusque Chamonix (1h25). Autre itinéraire: TGV direct jusque Saint-Gervais-les-Bains – Le Fayet (4h30) puis TER / Mont-Blanc Express jusque Chamonix (45 min).

> Plus d’informations sur le site de l’office du tourisme de Chamonix Mont-Blanc

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