San Sebastián et Bilbao : le long de la Côte basque espagnole

Au sommet du Mont Igueldo, à San Sebastián, embrasser l’infinité de la côte basque et les vallées verdoyantes du parc naturel Aiako Herria.

Pendant que mes concitoyens attendent le résultat des urnes, je file à l’anglaise. Pourquoi précisément le soir du premier tour? Simple hasard du calendrier. J’ai même une pointe de regret à me soustraire de l’ambiance si particulière des soirs d’élection. Tant pis. Après tout, j’ai besoin de repos, de soleil et de découverte. En route vers le Pays basque (Euskal herria) espagnol !

Peu avant 22h, mon Intercités de nuit quitte la gare d’Austerlitz. J’imagine, derrière les fenêtres éclairées qui défilent, des débats passionnés devant la télé, des Français se questionnant sur leur avenir et celui du pays. Bien assis sur mon siège inclinable (que j’ai préféré aux couchettes rien que pour voir la nuit défiler), j’écoute les débats déchaînés à la radio. Puis vient inévitablement le sommeil. Je laisse la locomotive m’emmener dans la nuit noire.

Border la baie de la Concha

Vers 9h, je pose le pied à Hendaye (Pyrénées-Atlantique), dernière ville française avant l’Espagne. Mon train rentre au garage, épuisé par le millier de kilomètres englouti. Pour moi, la journée ne fait que commencer. Sans attendre, je grimpe dans un autre train pas comme les autres : l’Euskotren, surnommé “El Topo” (La Taupe) à cause qu’il traverse de nombreux tunnels sous les montagnes. Il s’agit d’un réseau ferroviaire régional indépendant de la Renfe, l’opérateur national. En quelques secondes, je passe d’un pays à l’autre sans m’en rendre compte. En sortant de la gare de San Sebastian (Donostia en basque), je ne peux m’empêcher (réflexe de journaliste) de consulter la presse du jour au kiosque : “Macron apunta el Eliseo ante Le Pen, derrotada en Euskal Herria”, titre Gara. Le dépaysement n’est pas total.

Mais trêve de politique. Me voilà Espagnol pour quelques jours. Mes pas me guident par hasard vers le front de mer et me font passer devant les façades typiques du Pays basque. Puis devant moi se présente la baie de la Concha, une grande demie-lune remplie par un océan bleu claquant. Il s’agit de la meilleure plage d’Europe (6e mondiale) selon le classement Travellers’ Choice 2017 établi par les utilisateurs de Tripadvisor. A chaque extrémité, une montagne se dresse comme un rempart à l’entrée d’un port. Posé là, entre deux, la Isla de Santa Clara, un îlot vert isolé où j’aperçois quelques signes de vie.

A l’horizon s’étend la Côte basque

Une bonne sieste dans ma maison d’hôtes (voir « Où dormir ? » ci-dessous) me remet de ma courte nuit dans le train. C’est plus que jamais le moment de me mettre « en marche » jusqu’au funiculaire du mont Igueldo, un lieu conseillé par mon hôtesse. Atteindre l’extrémité ouest de la baie, d’où part ce funiculaire, nécessite 45 minutes de marche. Mais on ne voit pas le temps passer: le trajet au bord de la baie est agréable, bien que dérangé de l’autre côté par la circulation. La gare du funiculaire, vue de l’extérieur, semble à l’abandon avec son air décrépit. Mais entrez-y ! Un train en bois vous emmène en cinq minutes au sommet. Un siècle plus tôt, nos ancêtres empruntaient ce même chemin pour se rendre au parc d’attractions. Il existe toujours. Une montagne russe passe au bord (si ce n’est au-dessus) d’un promontoire, de quoi donner des frayeurs aux passagers. En ce lundi d’avril, les manèges sont à l’arrêt, ce qui me permet de me délecter plus posément de la vue sur la Côte basque.

Devant moi se déploie la synthèse du Pays basque. D’un côté, le bleu de l’océan Atlantique vers lequel se précipitent des falaises gris-vert. De l’autre côté, s’étendant à l’infini dans l’arrière-pays, les vallées du Parc national Aiako Herria, dont les trois sommets culminants rappellent le Premier Empire: Irumugarrieta (806 m), Txurrumurru (821 m) et Erroilbide (837 m), aussi appelés Trois Couronnes, les Batailles et la tête de Napoléon. Redescendu du Mont Igueldo, j’erre dans l’ambiance estivale de San Sebastián. Fatigue oblige, je ne m’attarde guère, mais tiens à assister au coucher du soleil sur la baie de la Concha.

Vamos a Bilbao

Mardi, jour 2. Lors du check-out, mon hôtesse me prévient : “Faites attention, il pleut! C’est ça, le Pays basque.” En effet, un léger crachin m’attend à la sortie. Rien de bien méchant. Et puis il faut bien que je m’y habitue, car ce temps va me poursuivre pendant deux jours. Vers 10h, je grimpe de nouveau dans l’Euskotren, direction Bilbao. Je m’étonne du prix du trajet: 6,90€ pour un trajet de plus de deux heures. Et quel trajet! Sur une voie unique, mon train serpente entre les montagnes vertes du Pays basque. Parfois, il longe le littoral de si près qu’on aperçoit la mer. Une petite bulle de détente, ce train. A la moitié du trajet, il s’aventure plus profondément à l’intérieur des terres jusqu’à se faufiler dans la métropole de Bilbao.

A la mi-journée, j’y arrive sous une pluie qui va tomber abondamment tout le temps où je vais y rester. Mon hôtesse avait raison : “C’est le Pays basque”. Pour commencer, je me rends à l’incontournable musée Guggenheim. Un brin excentré, il se trouve à une quinzaine de minutes de marche du centre historique. Ce musée est à Bilbao ce que le centre Pompidou est à Paris. Un lieu dédié à l’art contemporain dont l’architecture est elle-même une oeuvre. Cette année, il fête ses vingt ans. Je me rends compte que des œuvres contemporaines sont disséminées partout dans la ville. Parmi elles, le Pont de la Salve, qui passe pratiquement au-dessus du musée.

Du centre-ville au bord de la mer

Le troisième et dernier jour de mon escapade espagnole, je commence par emprunter le funiculaire menant au sommet du Mont Artxandra. Vue plongeante sur la ville rouge argile et les monts alentours. Dans sa configuration, Bilbao est comme Barcelone : un grand étalement urbain cerné par les montagnes.Si le plus pouvait être plus sec qu’en Catalogne, sans doute aurais-je mieux apprécié le panorama.

Après avoir bâclé mes deux repas de la veille, je me décide à manger franchement. Direction de Gastrobar Gozatu, sur la plaza Nueva. Pour une dizaine d’euros seulement, j’ai droit à un assortiment de pintxos, le surnom basque des tapas. Cela prend la forme d’une tranche de pain où sont posées toutes sortes de garnitures comme du thon, des tomates, des olives et souvent tout cela à la fois. Un énorme pic traverse ces aliments jusque dans la profondeur du pain, pour ne pas que cette montagne délicieuse ne s’effondre.

Bien rassasié, je m’engouffre dans le métro de Bilbao. Imaginé par l’architecte Norman Foster, à qui l’on doit en France le viaduc de Millau, il a des allures futuristes. J’ai l’impression d’embarquer dans une gare de vaisseaux spatiaux. Descendu à Portugalete, non loin du port, je m’apprête à emprunter un pont pas comme les autres : le Pont de Biscaye (Puente de Viscaya). Pour rejoindre l’autre rive, nul besoin de marcher : c’est le pont qui m’emmène ! Suspendu à d’épais câbles, insensible au vent, le plus long pont transbordeur au monde, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, glisse au-dessus du fleuve Nervion.

Le Pont de Biscaye, construit entre 1888 et 1893, est classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

Arrivé sur l’autre rive dans la commune de Las Arenas, je reprends pour le métro pour me rendre à Plentzia, sur le littoral Atlantique, loin du centre-ville de Bilbao. A la sortie du métro, il faut tout de même marcher une vingtaine de minutes dans la baie de Plentzia. Plages désertes, vent et eau déchaînés. Le lieu est sauvage et sans doute bien plus attrayant par une météo estivale. Des chemins de randonnée sillonnant les falaises partent d’ici. Mais l’heure tourne et il me faut rentrer au pays. Tandis que ma navette m’amène à l’aéroport, la pluie cesse et fait place à un soleil radieux. Sans rancune.


Où dormir ?

  • A San Sebastian, à la Pension San Martín. J’ai été superbement accueilli. La gérante parle bien le français et indique les bonnes adresses où manger et les lieux intéressants à visiter. L’établissement, très propre et moderne, se trouve au premier étage d’un immeuble d’habitation sur l’artère principale de la ville. Compter une trentaine d’euros pour une nuit en chambre simple avec salle de bains privée.
  • A Bilbao, à Zubia Urban Rooms. Niveau emplacement, on peut difficilement faire mieux : on est à deux pas de la gare. Là aussi, compter une trentaine d’euros la nuit en chambre simple, salle de bains partagée.

Que faire ?

  • El Monte Igueldo pour admirer la côte basque, le bleu de l’Atlantique et la baie de la Concha. Accès par funiculaire : 3,15€ le billet aller-retour.
  • Prendre l’Euskotren entre San Sebastián et Bilbao : un trajet de 2h30 pour seulement 6,90€ au pied des montagnes du Pays basque.
  • Le musée Guggenheim, pour les amateurs d’art contemporains et les inconditionnels du centre Pompidou. 10€ l’entrée.
  • Le pont de Biscaye pour relier deux rives “à bord” d’un pont transbordeur centenaire. 40 centimes la traversée d’une minute.
  • Lors des beaux jours, la baie de Plentzia, à 25 km de Bilbao, pour le côté nature et la côte sauvage. Possibilité de randonner sur le littoral.

Comment y aller ?

  • En train : TGV jusqu’à Hendaye puis Euskotren jusqu’à San Sebastian (30 min) et Bilbao (2h30). Attention, le train de nuit que j’ai emprunté n’existe plus !
  • En bus : Les compagnies françaises Ouibus et Flixbus, ainsi que la compagnie espagnole Alsa, desservent San Sebastian et Bilbao.
  • En avion : depuis Paris, vols directs vers Bilbao avec easyJet.

> Plus d’informations sur le site de l’office du tourisme de San Sebastián et Bilbao

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