Pourquoi je ne suis jamais “en vacances” quand je voyage

Pour ses « vacances », Mr. Bean traverse la France rien que pour aller sur la plage de Cannes.

Un moyen de me fâcher tout rouge, c’est de me demander comment se sont passées mes vacances. C’est très gentil de prendre de mes nouvelles, mais je vous en prie, ne me parlez pas de “vacances”. C’est un mot — pire, un concept — banni de mon vocabulaire. Il réveille en moi l’image d’un Jean-Claude Dusse au bord de la piscine du Club Med de Galaswinda. Au travail, je ne dis jamais que je “pose mes vacances” mais plutôt que je “pose des congés”. Pardonnez ma rigueur journalistique, mais le choix des mots est important.

En vacances, pour reprendre le titre d’une chanson, « on oublie tout ». « Être en vacances » et a fortiori « partir en vacances », c’est tout arrêter. C’est mettre en pause le corps et l’esprit et, souvent, les abandonner au repos, à l’inaction ou à la paresse. Toutes choses que l’on pourrait faire indifféremment chez soi et partout ailleurs dans le monde. Le repos n’a rien de blâmable, mais pourquoi se rendre sous les tropiques si c’est juste pour rester au lit ou au bord de la piscine ? Le voyage, lui, a quelque chose de noble et de spirituel. Sa finalité n’est pas le repos mais la quête de soi, du monde et du savoir.

Rythme de marathonien

Or donc, quand je voyage, je dois autant mobiliser ma matière grise que m’éprouver physiquement. C’est la condition pour m’approprier l’environnement que je visite. Il faut être attentif, sur le qui-vive permanent, afin de s’imprégner du lieu, de ses personnes et de son atmosphère unique. Je veux connaître l’histoire de ce monument, le passé de ce quartier, le quotidien de ceux qui vivent ou ont vécu ici ; bref, calmer ma curiosité qui exalte à chaque pas. Sans cet effort de concentration, j’aurais l’impression d’évoluer dans un décor de carton-pâte. Tous les lieux de ce monde me sembleraient pareils.

C’est pourquoi je m’impose un rythme de marathonien. La soif de découverte me donne la force de me réveiller tôt, de me coucher tard, de marcher énormément entre deux et parfois de sauter un repas. Je suis d’autant plus forcé de suivre ce rythme soutenu que, par souci d’économie, je limite la durée de mes séjours — trois ou quatre jours maximum en Europe. Autrement dit, je dois découvrir le plus en un minimum de temps. J’ai toujours procédé ainsi : des voyages “concentrés”… dans les deux sens du terme !

Comme un deuxième travail

Ainsi, je me fatigue bien plus quand je baroude que quand je suis au bureau, si bien que je ne fais plus la différence entre les deux. C’est comme si j’exerçais un deuxième travail sans m’en rendre compte. Le voyage n’est pas une activité “du dimanche” comme peut l’être le sport ou le bricolage. Ce n’est pas un “truc” que je fais de temps en temps pour me divertir ou combler le temps libre. C’est imprégné dans mon rythme de vie. Et depuis longtemps, car la douce maladie de la bougeotte, incurable, me suit depuis l’âge de 7 ans. J’ai commencé à voyager seul dès 1999 déjà par besoin d’élargir mon périmètre du « monde connu ».

> Lire aussi : Comment j’en suis venu à voyager seul dès l’âge de 7 ans

Quand je rentre d’un voyage, donc, je ne suis pas forcément reposé, mais plutôt revigoré. Le lundi matin, par exemple, de retour de quelque ville de province ou capitale européenne, je suis souvent en déficit de sommeil, mais je pète la forme. Le voyage procure une fatigue saine qui, au lieu de m’achever, donne un coup de fouet et agit comme une drogue. Quand je réintègre ma petite vie parisienne, j’éprouve encore le besoin de poursuivre mentalement mon séjour en m’informant un maximum sur l’histoire, la géographie, l’actualité, etc. du lieu que je viens de quitter. Comme si je semais des parties de mon esprit partout où je passe.

Partager et organiser

Chaque voyage demande une grande organisation et donc pas mal de travail. Dans la mesure où je construis mon séjour de A à Z, je dois comparer les vols et les hôtels et trouver les moins chers (mes fameux bons plans !), me renseigner sur les transports sur place, connaître un minimum d’informations pratiques sur la destination, etc. Tout cela demande du temps, de même que le blog que vous lisez. Loin d’être une tâche facultative que je m’impose, c’est la manifestation spontanée de ma passion. J’aime autant la partager que la pratiquer. En outre, je suis toujours en mode projet : je viens à peine de décoller que, dans l’avion, regardant par le hublot, je planifie déjà mes prochains voyages. C’est comme si je tenais ma propre agence de voyage.

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C’est probablement pour toutes ces raisons que peu de gens sont chauds pour m’accompagner et que je voyage seul 90% du temps. Ma manière de voyager en rebute plus d’un, en particulier les inconditionnels du confort. Se réveiller à 3h du matin pour choper son avion, marcher sans arrêt jusque tard le soir, sauter son déjeuner pour finalement ne pas dormir dans un 5 étoiles avec piscine et room service, aller à Ibiza sans se dépraver dans un nightclub, dormir dans un aéroport ou un bus de nuit, etc. ce n’est pas vraiment l’idée que l’on se fait des “vacances”. C’est de la torture, comment peut-on !

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