Dublin : respirer l’Eire entre mer et montagne

Les étudiants du Trinity College assurent eux-mêmes les visites de leur célèbre université.

La magie du temps et de l’espace fait qu’un vol parti à 6h de Paris, prévu pour durer 1h55, arrive à Dublin à 6h55. Le voyage ne cessera jamais de m’étonner, tout comme m’étonne le doublement en gaélique des indications en anglais. Revenu sur terre un brin jetlagué, je grimpe dans l’un de ces bus à impériale que je n’avais jusqu’à présent vu qu’à Londres. Je descends tout à fait au hasard devant le Trinity College, la plus ancienne université d’Irlande, où étudièrent des enfants du pays comme Oscar Wilde et Samuel Beckett. Il est 8h (9h dans ma tête) et je débarque là en plein rush hour, au milieu des étudiants et salariés pressés.  

Parce que j’aime laisser de la place à l’improvisation, j’ignore de quoi sera fait ma journée.  Je me décide, à la lecture d’un dépliant piqué à l’office du tourisme, de me rendre à la prison de Kilmainham (Kilmainham Gaol). Le tramway, familièrement appelé LUAS, m’emmène à quelques kilomètres à l’est du centre. Coup de bol, j’obtiens une place pour une visite guidée, mais je dois attendre 12h. Ce n’était pas gagné, car le site de prison indiquait “full” pour toute la journée.

A Kilmainham Gaol, la Bastille dublinoise

Margaret sera notre guide pour cette visite. Pendant une heure, devant une trentaine de curieux, elle remonte l’histoire jusqu’en 1796, année d’ouverture de la prison que j’oserais qualifier de “Bastille dublinoise”. Tandis que nous traversons couloirs lugubres et cellules décrépites, je me prends de passion pour l’histoire de cette prison qui rejoint celle de l’Irlande. Kilmainham Gaol occupe un rôle central dans l’insurrection de Pâques (1916) et l’Indépendance de l’Irlande qui va suivre (1919-1922), puisqu’il enferme les leaders de ces mouvements. Parmi les derniers détenus avant la fermeture de la prison en 1924 : Éamon de Valera, futur président de la République d’Irlande (1959-1973).

Rassasié par ce voyage dans le temps, je retourne dans le centre-ville non sans faire un détour par une autre institution nationale. Je veux parler de la brasserie St. James où fut produite en 1759 la première bière Guinness. Je fais le tour de cette usine mythique entourée de hauts murs de briques rouges. Le prix du ticket (20€) me dissuade d’y entrer. Tant pis, je repars bredouille vers le centre.

Nothing compares to Temple Bar

Alors que le jour décline déjà aux alentours de 16h, je m’arrête dans un quartier où la bière, Guinness ou autres, est érigée en totem. Il s’agit de Temple Bar, du nom de William Temple, l’ancien recteur du Trinity College. Je m’attarde devant et dans le pub The Temple Bar. Le vrai, l’unique, l’original. Et pas l’une de ces copies où j’ai pu m’arsouiller à Lille ou Paris. Je suis attiré par une chanson que je reconnais sans peine : Nothing compares 2 U. A l’intérieur, tout le monde chante par-dessus la voix de Sinéad O’Connor. Une Irlandaise, bien sûr. A cet instant, je me sens complètement Irlandais. C’est comme si, en quelques minutes, au milieu de ces pintes qui claquent, j’avais atteint l’âme irlandaise.

Voici l’original de toutes les répliques du monde ; The Temple Bar, dans le quartier du même nom.

Je goûte encore à cette âme irlandaise dans Grafton Street. Certes, la rue est un repère des accros au shopping ; heureusement, c’est aussi un lieu pour musiciens amateurs. Toutes les trois boutiques environ, vous trouvez un gars avec sa guitare ou un groupe au complet. Mais il est temps de quitter la ville. A 18h, je grimpe à bord du bus menant à Glendalough, une ville médiévale située à 60 kilomètres au sud de Dublin. A la moitié du parcours, le car quitte les routes fréquentées pour s’aventurer sur les chemins étroits du Wicklow Mountains National Park. Le véhicule fend l’obscurité à pleine vitesse malgré la sinuosité de la route. Avec une vingtaine d’autres passagers, je descends dans le calme et le silence complets. Ambiance mystique. Au bord d’une route à voie unique, nous marchons tous dans la même direction, notre smartphone faisant office de flambeau. Puis j’arrive dans mon auberge de jeunesse (voir ci-dessous « Où dormir ? »). C’est dans ce cadre champêtre que je m’endors et me remets de mon réveil matinal.

Lente ascension des sommets

Chargé à bloc par des tranches de bacon grillé et des oeufs au plat, je me mets en marche dès 9h. Quand je vous disais que l’auberge était merveilleusement bien située : il suffit de marcher quinze minutes pour se retrouver nez-à-nez avec le Upper Lake et les montagnes qui le cernent. Le peu de gens que je croise a la politesse de me lancer “Hello!” Je m’engage sur un chemin longeant le lac. J’ignore où il mène, mais qu’importe : parcourir le lieu du regard ne suffit pas pour l’apprécier. Au fil de ma marche, des allées de sapin cèdent la place à un paysage de roc. Pendant le plus dur de l’ascension, je longe une rivière venue de très loin.

A certains endroits, le seul chemin praticable est matérialisé par deux planches de bois. Pas assez large pour permettre un croisement. Alors, à chaque fois qu’une personne arrive d’en face, vient inévitablement ce quatuor de mots : “hi”, “thank you”, “please” et “you’re welcome”. Derrière moi, deux jeunes filles discutent en anglais avec leur amie espagnole. Je les entends dire in french qu’il y a beaucoup de Français en Irlande. Comme pour valider leurs dires, je me manifeste : “Je suis d’accord avec vous !” Mes compatriotes ne sont pas ici que pour le tourisme, mais aussi pour les études : tandis que nous partageons notre marche, j’apprends qu’elles sont étudiantes à Galway, sur la “West Coast”. L’une est de Clermont-Ferrand. “Ah! Ca doit te rappeler le Mont-Dore et le massif du Sancy !”, lancé-je.

Ma descente est beaucoup plus rapide que l’ascension. Depuis mon belvédère, un escalier me fait revenir sur le plateau des vaches en une trentaine de minutes. Là, des randonneurs équipés comme pour la haute montagne font le chemin inverse à l’occasion de la Wicklow Full Moon Walk. A 16h30, je quitte sous la pluie (la seule de mon séjour) ce lieu de tout repos, direction la civilisation urbaine. Épuisé par une journée de marche, les genoux en feu, je gagne en début de soirée ma piaule pour la nuit. De là, je vois en effet que la lune est pleine.

Sur les falaises de Howth, l’infinité de la mer d’Irlande

A mon réveil, il fait un temps à se balader en bord de mer. J’emprunte un train pas comme les autres, le DART, équivalent de notre fameux RER, vers son terminus de Howth dans le nord-est de Dublin. D’un jour à l’autre, je passe d’un décor montagnard à un cadre maritime. A la sortie du train, je ne croise que des restaurants fish & chips construits dans des anciens hangars. Des nuées de mouettes (flocks of seagulls) tournent autour d’enseignes pisciformes.

Je me dis : “En marche !” (“Walk !”) Je m’élance sur le sentier du littoral (Cliff Walk). Comme la veille, je me retrouve à marcher sans répit sur un chemin surplombant. A la place d’un lac, c’est la mer d’Irlande, infinie, qui s’étend sous mes pieds avec un soleil généreux qui s’y mire. En regardant l’horizon, je songe à l’Irlande du Nord, à Belfast, à l’Angleterre et peut-être même à l’Ecosse. A vol d’oiseau, la couronne britannique n’est pas si loin, même si je suis sur une terre fière de l’avoir rejetée.

Je me vois mal quitter Dublin et l’Irlande sans goûter au traditionnel fish & chips. Impossible de les rater autour de la gare de Howth. Je pousse la porte de Leo Burdock, rassuré par son slogan “Dublin’s Traditional Fish & Chips Since 1913”. Puis j’entame lentement mon retour au pays. Encore une balade dans les rues de Dublin et le Trinity College, où les étudiants, en ce dimanche, revêtent leur rôle de guide touristique. Comme d’habitude, j’arrive en avance à l’aéroport, car les aéroports sont des portes d’entrée et de sortie sur le monde. Sur les écrans d’affichage, une destination attire mon attention : Isle of Man. J’ignore que ce confetti lié à Sa Majesté sera dans quelques heures au centre d’un scandale mondial.


Que faire ?

  • En prendre plein la vue à Wicklow Mountains National Park, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Dublin. Accès avec le St. Kevin’s Bus Service, 20€ l’aller-retour depuis Dublin. Attention, seulement deux aller-retour par jour. Privilégiez une arrivée le soir et un retour le lendemain après-midi plutôt que l’aller-retour sur la journée.
  • Marcher sur les falaises à Howth au bord de la mer d’Irlande
  • S’enfermer 1h30 dans la prison de Kilmainham pour replonger dans l’histoire révolutionnaire de l’Irlande 
  • Manger le traditionnel fish & chips à Leo Burdock, face à la gare de Howth
  • Visiter le Trinity College, la plus ancienne université d’Irlande, avec pour guide ses propres étudiants

Où dormir ?

  • A Wicklow Mountains National Park : à l’auberge de jeunesse de Glendalough. En quittant l’auberge, il suffit de marcher dix minutes pour se retrouver nez à nez avec le lac. Dès 22€ la nuitée en chambre partagée. Petit déjeuner : de 5€ à 9€ selon la formule.
  • A Dublin : au St Anns Bed and Breakfast. 33€ la nuit en chambre simple, petit déjeuner inclus. Impossible de trouver une chambre moins chère à Dublin, où le prix de l’hébergement (hors auberges) est élevé. Réservation conseillée sur le site HostelWorld.

Comment y aller ?

Vols directs avec Transavia (depuis Paris-Orly) et Aer Lingus (depuis Paris CDG), dès 30€ l’aller simple.

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