Du journalisme après Bourdieu, Daniel Schneidermann, Fayard, 1999

Prologue

  • 8_ Sur la télévision de Bourdieu : à l’origine de cette réflexion
  • « Ennemis à combattre chez le monstre médiatique » = Urgence, Simplification, Suivisme, Présupposés non explicites, Pensée unique, Audimat, Sensationnalisme, Connivence, Cynisme, Autocensure
  • 11_ « Mais l’exercice nous est rude. La raison en est simple. A la base de toute vocation de journaliste, se trouve un certain renoncement à l’affirmation de soi. Etre journaliste, c’est-à-dire observateur, c’est d’accord accepter de s’effacer, une vie entière, devant les acteurs de l’actualité. Le journaliste accepte de ne pas gouverner les hommes, de ne pas déclarer la guerre, de ne pas signer les décrets, de ne pas nommer les présidents-directeurs généraux. Il se contente d’observer de près, de si près qu’il pourrait les toucher, ceux qui accomplissent ces grandes choses. Il renonce aussi à être écrivain, c’est-à-dire à se considérer comme un sujet intéressant, et à écrire sans la secourable béquille de la réalité. Il accepte de passer une vie entière à ne pas créer d’œuvres durables, à mépriser la postérité, à écrire pour être lu dans le métro ou être regardé au-dessus d’une table de déjeuner. »

Viansson-Ponté et le balancement

  • 17_ Viansson, avril 1968, écrit en Une du Monde : « La France s’ennuie »

Nouméa et l’urgence

  • 24_ « Plus d’une fois j’ai écrit sur des pays, des régions, des peuplades dont j’ignorais jusqu’à l’existence une semaine auparavant. J’ai glissé dans des articles de pédantes références à des faits d’armes, des écrivains, des événements historiques découverts dans l’avion, en piochant dans le dossier rassemblé à la hâte par l’assistante du service. En d’autres termes, j’ai été superficiel, et stupidement fier de l’être. »
  • 27_ « Tout journaliste, à la vérité, est un usurpateur. A lui de prendre conscience de son incompétence, et d’en tirer cet avantage : la liberté. Toujours moins cultivé que les universitaires sur les sujets qu’il traite, au moins le journaliste doit-il s’efforcer d’être plus libre intellectuellement. Quand Pierre Bourdieu, aujourd’hui, explique que la liberté du journaliste n’existe pas, que tout journaliste est l’esclave de ses a priori, de la ligne de son journal, des intérêts de son patron, et que la seule attitude vertueuse consiste à prendre acte de l’existence de ses chaînes pour se résigner à une pratique encagée, je ne trouve immédiatement à lui opposer que l’image de ce gamin de vingt-six ans qui galope en Calédonie et à qui son journal a laissé la bride au cou. »
  • 29_ « De même, un journal se sentirait déshonoré de ne pas publier dès le mercredi de sa sortie la critique d’un film important. Cela suppose que le critique ait vu le film auparavant, lors d’une projection de presse, en compagnie d’autres critiques. Ne serait-il pas nécessaire, parfois, quitte à différer de quelques jours la publication, d’aller voir le film en salle, parmi ses vrais spectateurs, afin de s’abstraire de l’ambiance de promotion effrénée qui accompagne les films ?

Mieux vaut une information tardive qu’une information incomplète. Etant entendu que la presse écrite ne serait jamais aussi rapide que les chaînes radio ou télé, d’information continue, mieux vaut pour elle faire clairement son deuil de la primeur, et offrir à ses lecteurs les angles, les approfondissements, les éclairages, les analyses nécessaires à la compréhension de l’information. La presse écrite n’en prend pas le chemin. Les dernières années l’ont plutôt vue se soumettre au tempo des médias électroniques que l’inverse. L’affaire Monica Lewinsky, aux Etats-Unis, a poussé cette tendance à son paroxysme, qui vit les journaux s’épuiser de longs mois à suivre le rythme des révélations d’Internet. »

La banlieue et la simplification

  • 33_ « L’urgence a souvent pour corollaire la simplification. Les journalistes sont par essence « simplificateurs ». Ce reproche est adressé à Pierre Bourdieu à la corporation à partir d’un exemple percutant : le traitement médiatique des banlieues. « Le principe de sélection, écrit-il, c’est la recherche du sensationnel, du spectaculaire. La télévision […] met en scène, en images, un événement et elle en exagère l’importance, la gravité, et le caractère dramatique, tragique. Pour les banlieues, ce qui intéressera, ce sont les émeutes […]. Et les mots peuvent faire des ravages : islam, islamique, islamiste – le foulard est-il islamique ou islamiste ? Et s’il s’agissait simplement d’un fichu, sans plus ? »
  • 34_ « Tout écrit journalistique est une trahison de la réalité »
  • 35_ « Blancs contre Noirs… le binaire »
  • 38_ « Voici donc le monde du journalisme vu par Bourdieu : pur en-dessous de la trentaine, corrompu au-dessus ? »
  • 41_ « Les journalistes ne font que reproduire le cynisme des hommes politiques, dont ils suivent la carrière de congrès en congrès. »
  • 41_ « Etre journaliste, c’est ne croire rien ni personne, savoir que tous mentent, qu’il faut tout vérifier en permanence, et en même temps être prêt à se laisser surprendre par un éclair inattendu de candeur et de sincérité, par la surprenante trouée que l’on n’attendait pas. »
  • 49_ Actes de la recherche en sciences sociales, revue de Bourdieu. Y écrit que Patrick Champagne et Dominique Marchetti veulent démontrer que le scandale de la contamination des hémophiles avait été reconstruit a posteriori par les médias sensationnalistes + presse a favorisé les aspects les plus scandaleux

Diana et l’audimat

  • Lendemain de la mort de Lady Diana : « Des jeunes filles sanglotantes. Elles se proclamaient coupables. Elles reniflaient que « si elles avaient su », elles n’auraient pas acheté Voici, et n’auraient pas contribué à faire prospérer l’industrie des paparazzi. »

Les grèves de 1995 et le débat

Un best-seller et les « bons clients »

  • 82_ Fin 1998, Les Inrockuptibles offre à Bourdieu d’être rédacteur en chef d’un numéro spécial => décide d’ « ouvrir à quelques uns de ceux qui sont exclus du cercle médiatique un espace de liberté »
  • 86_ « Cela dit, le reproche de « toujours donner la parole aux mêmes » n’est évidemment pas infondé. Les médias privilégient-ils certains penseurs, certains travaux, certains livres, et évidemment toujours les mêmes ? Autrement dit, déforment-ils le champ intellectuel en réglementant, selon leurs seuls critères, l’accès à l’ « espace public » au bénéfice d’un petit nombre de « producteurs culturels », toujours les mêmes ? Privilégient-ils les « intellectuels médiatiques, les « bons clients » de plateau, ceux dont les animateurs savent qu’ils parleront d’abondance et tiendront des propos assez « passe-parout » pour ne poser problème à personne ? »
  • 88_ « Ce sont les thèmes des émissions, plutôt que les invités, qui « font la différence » »

L’Encornet, la Trottinette et la rumeur

  • 91_ André Rougeot et Jean-Michel Verne, journalistes, publient en 1997 L’affaire Yanne Piat : des assassins au cœur du pouvoir (Flammarion)
    • Yann Piat = députée du Var
    • Source = général de la Direction du renseignement militaire
    • Deux accusés nommés par surnoms : L’Encornet et Trottinette, respectivement François Léotard et Jean-Claude Gaudin

Pas vu, pas pris et la connivence

  • 110_ Cinéaste Pierre Carles se voit commander un petit film sur « la télévision, le pouvoir et la morale »
    • fait le tour des principaux journalistes du PAF
    • Canal + lui refuse le film. Carles enregistre donc, à l’insu de ses interlocuteurs, des appels téléphoniques où l’on discute de ce refus
    • se pose en cinéaste censuré
    • Pas vu, pas pris sort au final en automne 1998 dans une salle du quartier latin
  • 113_ « Le tutoiement serait terriblement excluant pour les téléspectateurs. Que l’on imagine un débat, une interview dans lesquels les protagonistes se tutoieraient : après deux minutes, les téléspectateurs se demanderaient légitimement s’ils ne sont pas de trop. »

Mazarine et les censures

  • 125_ « Capital » … n’a jamais consacré d’enquête au scandale de l’eau : la Lyonnaise des eaux est actionnaire de M6 »

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