Histoire de la modernité, Jacques Attali, Robert Laffont, 2013

10_ « Pendant des millénaires, les sociétés préhistoriques se sont voulues répétitives, de peur que tout changement soit porteur de mort. Les hommes espéraient, sans en être assurés, le retour du soleil chaque matin, de la pluie chaque automne, des premières pousses chaque printemps. Rien ne les inquiétait plus que le changement. La modernité, c’était donc, pour eux, le retour du même. Etait moderne ce qui était stable. »

16-18- Différentes opinions sur la modernité

 

Chapitre 1 : Naissance du désir de neuf : la modernité de l’Etre

26_ « Ce dialogue entre la pensée juive et la pensée grecque construit peu à peu un système de valeurs, une utopie sociale, glorifiant l’individu, l’accumulation de connaissances, l’amélioration du monde matériel, la liberté d’être et de penser. Avec toujours, en arrière-plan, la forme suprême de la liberté : le projet fou d’échapper à la contrainte de la mort. Etre moderne, c’est déjà, et ce sera encore et toujours, en dernière analyse, conquérir l’immortalité. »

 

Chapitre 2 : La modernité de la Foi

45_ Averroès : « … explique que le rationnel et le relevé disent tous deux une même vérité, chacun à leur manière. On ne peut comprendrel’astronomie, dit-il, sans la géométrie, qui permet par exemple de concevoir des idées contre-intuitives, comme le fait que le Soleil est cent soixante fois plus gros que la Terre. Il parle du plaisir de penser, de la passion d’apprendre, y compris sous le joug des dictatures. »

54_ Au XIVe siècle : « Le mot « moderne apparaît alors en français ; il signifie encore le présent tel que défini par l’Eglise, par opposition à « ancien » qui caractérise l’Antiquité. »

 

Chapitre 3 : Au-delà des Anciens et des Modernes : la Raison

56_ « Histoire moderne » dès : 1434 (naissance de l’art du portrait) OU 1453 (prise de Constantinople, et donc fin du règne romain)

59_ « Thomas More propose un projet de société inspirée par la découverte des mœurs de certaines sociétés américaines : une société sans envie ni profit. »

62_ Flandres et Italie : femmes et hommes vivent leur amour, passion, malgré l’opposition de l’Eglise et des familles

64_ Cerventès et Shakespeare préparent l’avenir : « ils pensent leur œuvre indépendamment de l’Eglise et du monde grec, sans pour autant en oublier les enseignements. »

66_ « En apparence, la bataille entre Anciens et Modernes est purement académique, et porte sur la question de savoir si on a le droit de se référer aux auteurs anciens, que l’Eglise continue de censurer, sans qu’elle n’ait plus vraiment les moyens de faire peur. »

70_ Un signe de la querelle Anciens et Modernes : promotion de la langue française contre le latin

76_ Le Léviathan de Hobbes : « Ainsi la peur de la violence conduit-elle à établir la paix par le renoncement libre de chacun à ses droits, au profit d’un pouvoir absolu. L’Etat requiert alors une compétence universelle ; et le progrès dans l’art de gouverner justifie l’extension de son domaine d’intervention. »

 

Chapitre 4 : Esquisse d’une modernité de la Raison : la démocratie (Le XVIIIe siècle)

85_ Querelle des Bouffons : oppose Jean-Philippe Rameau et Lully (préféré par la Cour)

94_ Gauche du Président (Palais-Bourdon) = partisans de la modernité de la Raison ; à droite, « les hommes dont les idées sont moins élevées, les opinions moins prononcées, leur donnent un caractère de faiblesse » (dit Adrien Duquesnoy)

96_ « Puis, avec le Directoire, une période plus paisible commence. La modernité de la Raison reste désignée comme « la gauche ». Celle de la Foi comme « la droite ». Bientôt, cela sera vrai dans le monde entier. »

 

Chapitre 5 : Le triomphe de la modernité de la Raison : la démocratie de marché (Le XIXe siècle)

101_ « La modernité est désormais le changement qui instaure le marché et la démocratie en tant que règles institutionnelles et la raison comme finalité. »

104 _ Mot modernité apparaît pour la première en 1822 chez Balzac (pseudo : Horace de Saint-Aubain), dans Le Centenaire ou les deux Beringheld

110_ « Il s’agit pour Marx, plus précisément, de construire la liberté réelle de tous les individus par la transofmration de la société, et non de construire la société future par la liberté des individus. »

114_ « En 1855, Baudelaire écrit De l’héroïsme de la vie moderne puis De l’idée moderne du progrès appliquée aux Beaux-Arts […]. Pour Baudelaire, la modernité est une volonté d’aimer son siècle et de le célébrer : « Il faut être absolument moderne » et adhérer à la beauté « bizarre » de son époque au lieu de la critique au nom des sacro-saintes règles classiques. »

118_ Zola écrit dans L’Argent : « Etre libéral, c’est précisément le contraire d’être moderniste et c’est par un incroyable abus de langage que l’on apparente ordinairement ces deux mots. […] Le modernisme est la vertu des gens du monde. La liberté est la vertu du pauvre. »

 

Chapitre 6 : Socialisme, nihilisme, science-fiction et postmodernité (De la fin XIXe siècle à 1960)

125_ Pour Nietzsche, l’Occident désire le néant (« nihilisme »), donc éliminer Dieu de l’horizon du monde, ce qui équivaut à déprécier toutes les valeurs.

127_ Pour fin journalistes : « la canaille écrivassière fruit de la liberté d’expression obtenue par la démocratie »

128_ « Pour lui, seuls les juifs échappent à ces évolutions, parce que leur foi leur permet de résister aux changements trop rapides. »

138_ « Postmodernité et science-fiction échangent sans se connaître pour décrire un avenir dérisoire ou fascinant, en tout cas dominé par la force de la science et le vide de la morale. »

 

Chapitre 7 : Le contemporain (Des années 1960 à aujourd’hui)

146_ « De fait, quand seul le présent compte, l’avenir devient imprédictible, dépendant de trop de facteurs. Dans ces conditions, nul n’a plus à se préoccuper de ce que peut être un avenir si aléatoire. Nul ne s’intéresse plus qu’à jouir de l’instant ; personne n’est désormais tenu d’être loyal, ni de maintenir durablement une opinion, une conception, un projet, une relation. Seul compte l’instant ; dans l’amour, le travail, les relations avec autrui. Les décisions politiques, les actes d’achat et de production sont fondés sur l’unique préoccupation de l’immédiat. On veut tout, tout de suite. On achète par caprice, on veut une livraison immédiate, sur mesure. Les consommateurs sont incités à désirer du neuf, à jeter des objets qui fonctionnent encore, à se séparer de vêtements toujours portables. Pour les satisfaire, dans l’industrie et les services, existe encore l’exigence lancinante d’une amélioration de la productivité, dernier ersatz d’un projet d’avenir. »

 

Chapitre 8 : Comment pensera-t-on l’avenir du monde en 2030 ?

166_ « … j’identifie sept avenirs possibles de la modernité […]. Je les nomme « hypermodernité », « amodernité », « rétromodernité », « etnomodernité », « écomodernité », « théomodernité », « altermodernité ».

  • Hypermodernité : victoire planétaire de la raison et de la démocratie de marché. Marché mondial // démocratie locale.

« On utilisera d’abord les nouvelles technologies de l’information pour révolutionner les principales activités et services adressés aux plus jeunes, et en particulier l’éducation : il sera hypermoderne de lire en numérique, de se distraire en numérique, de passer ses diplômes on line. Il sera aussi hypermoderne de s’autosurveiller pour prévenir toute maladie. »

(PROLEGOMENES)

« Le vieillissement sera peu à peu ralenti ; on parlera même de « rétro-vieillissement ». Vivre jeune pendant mille ans ne sera plus un projet invraisemblable. Cela bouleversera les conditions de vie, les conceptions de la retraite. Se posera tout autrement la question de la simultanéité des générations, comme elle se posait quand on réfléchissait, au Moyen Age, aux conséquences de la résurrection des morts. »

  • Amodernité : consiste à nier la nécessité même de penser à l’avenir. Individualisme. Conséquences notamment sur l’environnement
  • Rétromodernité : vivre selon des conditions du passé. Nostalgie. En Occident, on tentera de revenir dans les années 60, époque idéale. Conséquence : peu productive, nuisible à l’économie
  • Ethnomodernité : « crispation contre la mondialisation, le nomadisme et le métissage qu’impliquent l’hypermodernité ». Valeurs identitaires, fermeture des frontières. Retour à l’achat de produits locaux.
  • Théomodernité : retour à la Foi, en particulier christianisme.
  • Ecomodernité : refus hypermodernité, là aussi, mais sans retour au religieux. Plutôt : monde écologiquement durable, « même au détriment des libertés individuelles et de la démocratie ». Préservation de la nature à tout prix. Vivre de façon frugale.
  • Altermodernité, ou la modernité de l’altruisme : grande hauteur de vue, réflexion approfondie sur les enjeux du moment. Altruisme à l’égard des générations futures.

« L’art, plus qu’aucune autre activité, aidera à nous convaincre de l’urgence. C’est sa grandeur et ce sera sa responsabilité, parce qu’il est à l’avant-garde de toutes les audaces. »

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