La fin de la télévision, Jean-Louis Missika, Seuil, La République des Idées, 2006

Chapitre 1 : Les trois âges de la télévision

La paléo-télévision

14_ « Tel est donc l’individu de l’âge classique de la paléo-télévision : un téléspectateur « élève » d’une télévision messagère ; un citoyen, mais soigneusement mis sous tutelle. Cette position n’est pas tout à fait étrangère au statut de l’individu dans ces année d’après-guerre marquées par l’émergence de l’Etat providence. Si individualisme il y a, c’est d’un individualisme passif, encadré et limité qu’il s’agit »

La néo-télévision

20_ « Simplement, un style s’est imposé dans les année 1980, et consolidé dans les années 1990. Le registre pédagogique et normatif du message audiovisuel est progressivement abandonné au profit d’un registre convivial, intimiste, contractuel qui fonde la néo-télévision »

22_ « La société des années 1980 est caractérisée par la dissolution des réseaux de sociabilité traditionnels. Les liens anciens (religieux, matériaux, institutionnels ou familiaux…), qui assuraient jusqu’alors la cohésion de la société, sont distendus. En découle une demande de prise en charge que l’action politique laisse insatisfaite »

25_ Avec les talk-shows : « Ce n’est plus la télévision qui parle au téléspectateur, mais, par un jeu de miroirs, le téléspectateur qui se parle à lui-même et de lui-même »

La post-télévision

28_ L’individu « exige d’elle au contraire qu’elle soit le soutien inconditionnel de sa volonté d’affirmation de soi ; qu’elle l’aide en lui accordant, sans limite, le droit à la parole »

Chapitre 2 : La disparition de la télévision

37_ « Nous vivons dans un pays où la presse télé vend chaque semaine entre 15 et 17 millions d’exemplaires (sans compter les gratuits). Ce seul chiffre suffirait à prouver l’omniprésence de la télévision dans notre vie quotidienne »

38_ « Certes, il y a les apparences : une télévision puissance, plus présente et plus intrusive que jamais ; mais il y a la réalité : un déclin, un affaiblissement, une fatigue. Les signes en sont parfaitement lisibles pour qui veut bien les décrypter : une désaffection sensible et durable desjeunes générations, qui trouvent à satisfaire leurs besoins de communication ailleurs et autrement ; des barrières technologiques qui s’effondrent et des barrières psychologiques qui s’effritent ; des concurrents venus d’ailleurs avec des stratégies efficaces et meurtrières ; des aspirations qu’elle semble incapable de satisfaire et de nouvelles pratiques socioculturelles qui la minent. Tous ces éléments, dont les origines sont diverses, ont bel et bien entamé l’équilibre de la télévision »

41_ « L’infidélité au média – conformément à cette logique de l’individualisme souverain qui fait de la liberté de choix une manière d’affirmer sa singularité – est de plus en plus vécue comme une valeur positive. L’écoute devient flottante, la consommation cross media (la consommation simultanée de plusieurs médias : radio, télévision et Internet) se banalise »

55_ « Le modèle économique de la musique reposait, naguère encore, sur la combinaison de l’écoute gratuite des nouveautés à la radio, dans une logique de promotion, et de la vente des CD en magasin. La musique était identifiée comme un produit payant à travers le CD, qui n’en était que le support et qu’il fallait acheter. L’échange de fichiers a fait exploser ce modèle. La possibilité de transférer un fichier musical sur n’importe quel type de support (je peux écouter ma musique sur mon ordinateur ou sur Internet, la graver sur un CD, l’enregistrer sur un i-Pod ou sur une clé USB…) dissocie le contenu de son support »

66_ « Il faut reconsidérer la frontière entre professionnels et amateurs à la lumière des progrès de la convergence numérique. La percée du mobile, la généralisation de l’Internet haut débit, les caméras numériques et les logiciels téléchargeables de traitement de l’image permettent aux aspirations individuelles de se concrétiser »

69_ « D’ores et déjà, il suffit de comparer les blogs de journalistes hébergés par leur propre journal ou chaîne avec ce qu’ils produisent pour leur média, pour se rendre compte qu’il ne s’agit ni du même ton, ni du même style, ni parfois de la même information »

Chapitre 3 : La désintégration de l’espace public

83_ « L’homme politique est placé dans une situation de double contrainte : s’il ne surfe pas sur cette actualité, il risque d’être accusé d’insensibilité, et il n’aura pas d’autre occasion de « passer au 20 heures » ; et s’il surfe, il risque d’être accusé de récupération, mais dans le monde actuel, cette accusation est beaucoup moins grave que celle d’insensibilité à la souffrance »

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