Le vrai Canard, Karl Laske et Laurent Valdiguié, Stock, 2008

Avant-propos

  • 9, Difficultés rencontrées par les auteurs : journalistes du Canard peu enclins à répondre ; confrères craignant de perdre des amis ; témoins ne veulent pas que leurs infos soient publiées, …
  • 10, 2005, Sarkozy ami avec Le Monde… et le Canard ! Leur envoyait lui-même échos, surtout décrédibilisant Chirac
  • 10, Seulement 2 livres sur le Canard en 35 ans : Messieurs du Canard (1973, Jean Egen) ; Le Canard enchaîné, histoire d’un journal satirique (2005, Laurent Martin)
  • 11, Maurice Maréchal, fondateur, 1915, voulait prouver qu’un journal « pouvait paraître et vivre des seules ressources de sa vente, sans compromission d’aucune sorte ».
  • 12, Auteurs doutent indépendance totale. EX : a travaillé avec L’Unité, journal du PS, dans combat contre VGE. D’où l’affaire des diaments de Bokassa, une « formidable campagne »
  • 12, « Le Canard serait-il capable de tirer contre son propre camp s’il parvenait au pouvoir ? » => sous Mitterrand, journal informé… par le pouvoir ! D’où ton moins cruel… mais // perte de lecteurs
  • 13, Jean Clémentin, l’un des rédacteurs en chef : « Que peut faire un journal satirique s’il ne s’attaque pas au pouvoir sous toutes ses formes et au pouvoir par excellence qu’est le gouvernement ? C’est la moelle même du journal de s’être toujours attaqué au pouvoir dans l’esprit d’Alain »
  • 14, En 1936, journalistes du Canard ont défilé ouvertement ! Maurice Maréchal, rédacteur en chef = tendance anarchie
  • 14, Pour Laurent Martin, Canard de gauche jusque 1981. Puis centre pour raison économiques et idéologiques

  • 15, Suite surveillance presse, se baptise Le Canard déchaîné dès octobre 1919

  • 16, Chronique « Le canard déplumé » par Delfeil De Ton : se plaint que le Canard n’ait pas réagi aux caricatures danoises

  1. Sarkozy dans la mare

  • 11 mai 2007, 5 jours après victoire Sarkozy, juges perquisitionnent locaux Canard + bureau Thierry Herzog, avocat de Sarkozy. Juges savent d’où viennent révélations sur Clearstream. Une preuve : fax envoyé du bureau d’Herzog vers le Canard. Juges forcent locaux ; Claude Angeli, rédac chef, refuse => toute presse s’indigne de ces méthodes

  • 19, Deux jours après auditions Sarkozy, partie civile dans l’affaire, le Canard publie « Du faux compte Sarkozy au vrai compte Chirac » (au Japon)

  • 21, Avril 2008, L’Express révèle qu’un déjeuner a eu lieu entre Carla Sarkozy et un journaliste du Canard « sous son charme », Jean-Michel Thénard. Tentative d’apprivoisement ? Journalistes se défendent : pas un crime de déjeuner avec tous les politiques, y compris femme du Président.

  • 23, Roger Fressoz, alors directeur, 1989 : « On récuse les institutions par principe. […] Ce qui explique pourquoi on refuse tout contact avec lesdites institutions : pas de dîners en ville, pas de voyages officiels »

  • En page 2, « Le journal de Carla B. » = chronique de la vie à l’Élysée sous Sarkozy

  • Pierre Charron, fidèle conseiller de Sarkozy. Empêche ou retarde plusieurs infos : grossesse de Dati. Ou favorise déboires famille Royal : cambriolages, accidents de scooter du fils, … Mais n’empêche pas l’affaire des écrans plasma (2004) : ministre des Finances installe 5 télé à 3000 à 5000 euros pièces dans appartement de la famille… sur demande de Cécilia !

  • Affaire Hervé Gaymard, du nom du successeur de Sarkozy au ministère de l’Économie et des Finances = lui, sa femme et ses huit enfants logés dans un duplex de 600 m², aux frais du contribuable

  • Brice Hortefeux devient proche de Frédéric Haziza, pigiste de « La Mare aux Canards »

  • A force de défendre Sarkozy, dans presse ou livres, Philippe Reinhard est décoré de la légion d’honneur. Motif d’exclusion au Canard ! Pierre Scize licencié en 1933 pour l’avoir reçue

  • 28 février 2007 : Canard titre « La belle affaire immobilière de Sarko ». En 1997, maire de Neuilly économise 300 000€ sur l’achat d’un duplex grâce au promoteur principal de la ville. Le Canard désire alors enquêter sur le patrimoine des cinq principaux candidats. Mais démenti de Sarkozy publié dans le journal suivant… : toute presse cesse enquête

  1. La cour au Canard

  2. Le président au concert de M. Guédé

  • 11 mai 2008, photo en une du Parisien dimanche : Sarkozy serre la main d’une fille de couleur à l’occasion de la commémoration de l’abolition de l’esclavage. On y voit Alain Guédé, journaliste du Canard, qui joue les maîtres de cérémonie

  • Lequel intéressé par Saint-Georges, le « nègre des Lumières ». Mais les spécialistes de ce personnages l’accusent de trois erreurs : date de naissance (1739 au lieu de 1745), nom du père et origine mère => preuve mauvaise investigation. En 2001, incite Delanoë à lui donner un nom de rue.

  • Alain Le Garrec, député PS 4° arrondissement, accuse Saint-Georges d’être un esclavagiste… Puisque Guédé en dit du bien… il est accusé d’être partisan de l’esclavage ! Point commun Guédé – Saint-Georges = membres du Grand Orient

  1. Cette fameuse page 2

  • Pour alimenter Mare aux Canards, journaliste va au Sénat à la pèche aux échos : ministres et autres très accessibles et + dispos.

  1. Un conte japonais

  • 61, Article « Un conte japonais », par Nicolas Beau, publié 24 mars 2008. La veille, était passé sur plateau de Laurent Ruquier pour parler de son livre L’Incroyable Histoire du compte japonais de Jacques Chirac

  • Mais dit « qu’on s’en fout de savoir si Chirac a eu un compte ». Ce qu’il veut montrer, c’est « une belle estampe japonaise, des banquiers condamnés pour faillite à la prison, des billets d’avion payés en liquide, des yachts et des palaces, d’anciens criminels de guerre ». A démissionné en bons termes pour fonder son site, Backchich.

  • Obsessionné par cette affaire depuis 2006. Depuis mars 2005, dossier « L’affaire du président » retrouvé chez Philippe Rondot, dont domicile perquisitionné dans cadre affaire Clearstream. Chirac aurait 300 millions de francs.

  • Affaire date de 2001 en réalité. Un capitaine de DGSE monte le dossier… qui finit par se trouver sur le bureau de Jospin. Lequel capitaine est recadré. Dans carnet du général Rondo est écrit : « Y aurait un fils [au Japon] dont la mère travaille à l’ambassade de France ». Un fils en plus d’un compte ?!

  • En 2008, une fois à la retraite, l’avocat de Chirac, Me Veil, obtient un dossier contenan des courriers adressés par le président de l’ordre des avocats de Tokyo à la Tokyo Star Bank… Moyen de prouver qu’il n’y a pas de compte au Japon, pas même dans le passé.

PARTIE 1 : Le journal qui s’engage (1970-1981)

  1. La nouvelle stratégie

  • De 422 481 exemplaires vendus en 1970, passe à 731 917 en 1981, grâce à ses révélations dans la décennie

  • 1973 : affaire des micros marque un pic à 1 million !

  • Jean Egen : « Fini les combats singuliers, les pamphlets incendiaires. Il ne s’agit plus de pousser des cris. Il faut faire la lumière. Braquer le projecteur du Canard sur le festin des rongeurs. On ne polémique plus avec les mots. On polémique avec les faits. L’information devient la force principale du Canard. »

  • Plusieurs morts perturbent le Canard : Ernest Raynaud, directeur entre 1924 et 1969 ! Et Morvan Lebesque en 1970, Henri Jeanson en 1971… => émergence d’une nouvelle équipe. Trio par Jean Clémentin, Roger Fressoz et André Escaro

  1. Un permanent exemplaire

  • « Ici on noie les algériens » : quai de Conti, face à l’Institut. Inscription par militants grapheurs, membres du Comité pour la paix en Algérie. Jean Texier et Claude Angeli, deux Jeunesses Communistes, prennent l’inscription en photo avant son rapide effacement. Jamais publié car risque de censure.

  • 17 octobre 1961, des dizaines d’algériens raflés à Paris et IDF sont retrouvés morts dans la Seine.

  • 1958 : Claude Angeli, en 1958, veut installer une chronique antipresse : « Les portes-voix du Général » => Canard coiffé d’un képi !

  • 1959 : il propose « Une heure avec une bande de quartier » = laisser la parole aux jeunes fauchés

  1. C’est la fête à Chaban

  • 3 novembre 1971, Canard publie la feuille d’impôts du Premier ministre Jacques Chaban-Delmas : il ne paie que 16 806 francs ! Soit VGE, ministre des Finances ; soit Chirac, secrétaire d’État au budget a transmis l’info !

  • En réalité : militant de la Ligue Communiste, huissier au ministère, découvre un courrier destiné à Chaban, mais mal domicilié. « Trahison de petit fonctionnaire »

  • Article « Les pique-assiette de l’impôt », Le Canard enchaîné, 25 août 1971 = quelques mois plus tôt, l’article annonce l’affaire. « Au bout du compte, la fraude fiscale est bien plus lourde que les scandales actuels de l’immobilier. Si un vent frais se mettait à souffler dans la sombre maison de Giscard, on n’en finirait pas d’engranger du mondedans les prisons de Pleven. Rien que du beau monde d’ailleurs » (Angeli)

  • Combine légale de cette fraude : l’avoir fiscal. Si on a par exemple un porte-feuille d’actions qui nous apporte 20 000 francs en revenus de valeurs immobilières, on peut réduire ces impôts de 50% !

  • Pour Angeli, Chaban est un « acrobate de l’impôt », un « partisan de la mention rien à payer ». Ainsi, l’impôt de 16 806 francs de 1971 est un « accident » !

  • VGE profite de cette affaire. Permet le limogeage d’Édouard Dega, inspecteur général des contributions chargé de vérifier les déclarations des contribuables.

  1. L’archange aux mains pleines

  • 11 septembre 1972 : affaire Alanda. Gabriel Alanda, fonctionnaire au ministère de l’Équipement (ministre = Albin Chalandon) jusqu’en juillet, se présente aux bureaux du Canard avec une grosse valise pleine de lettres. On le nomme l’ « archange Gabriel » !

  • Y dénonce rôle France dans conflit israélo-arabe : Mirage en Libye notamment.

  • Tout le monde trouve Alanda mystérieux… Mais tous ses documents sont authentiques. Poursuivi pour « vol de documents, complicités et recel ».

  • Novembre 1972, publie L’État piégé. Alanda, avant passage ministère, a été journaliste pendant 10 ans. Y raconte qu’il a enterré ses documents pour qu’on ne les trouve pas ! Puis, le 11 septembre, va donc aux bureaux du Canard : on lui offre l’anonymat. Aranda leur indique précisément le lieu où sont enterrés ses documents !

  • Son patron, Albin Chalandon, après qu’Aranda lui ait exposé les motifs de ses révélations, parle d’ « état mental dépressif ». Aranda se défend d’avoir voulu venger Chalandon, écarté en même temps que Chaban un an plus tôt.

  • Dès que la polémique devient politique, Mitterrand, notamment, défend Aranda.

  • 122 : pour le journaliste Philippe Madelin, l’affaire Aranda a permis de constater la pénétration de la corruption dans le système d’État. « Tout y passe, les programmes géants de construction de logements au cœur de ville et en banlieue, les zones d’aménagement concerté (ZAC), dérogatoires par définitions, tout comme le vaste réseau autoroutier en cours de lancement ou de développement, le petit jeu consistant à faire fi des procédures d’adjudication en ‘recommandant’ des entreprises amies sous prétexte de défendre l’emploi. […] Si Gabriel Aranda permet de lever un coin de voile, documents à l’appui, la dénonciation est à l’image de la spéculation et relève de l’amateurisme. »

  • Aranda obtient finalement un non-lieu, car document photocopiés + transportées dans un établissement bancaire lors du départ du cabinet de M. Chalandon.

  1. « On est Watergâtés »

  • 1973 : cambriolage du siège de campagne du Parti démocrate. Alors qu’entourage de Nixon déjà accusé d’écoutes clandestines. En France, cette affaire intéresse peu : on n’en finirait pas si on devait révéler toutes les écoutes => « Il faut être américain pour se scandaliser de si petites choses » écrit le Canard

  • 13 juin 1973 : Canard titre « Watergate en France ». Rend publique la « transcription manuscrite » d’une écoute téléphonique enregistrée le 27 avril 1973 à 13h45. Principal espionné : Claude Angeli.

  • 2000 téléphones surveillés dans région parisienne ; 3000 en province => journalistes, militants, syndicalistes et politiques, …

  • Révélation fait un flop : non reprise par autres médias, dont on révèle pourtant qu’ils sont massivement écoutés !

  • Fressoz ironise : « Espérons que le président Pompidou n’est pas écouté, en particulier quand il est en conversation avec son médecin. »

  • 20 juin 1973 : une semaine plus tard, Angeli publie « Police : courrier volé et camions espions » => le Canard a piégé des camionnettes banalisées. Angeli livre immatriculations et emplacements. Immatriculations sont fausses (double) ! Micros installés dans immeuble ou sur arrivée de ligne téléphonique : écoutes faites dans lesdites camionnettes

  • 1973 : nouveaux locaux au 173 rue Saint-Honoré. Travaux commencent en septembre pour installation prévue en décembre. Une voisine voit ces bureaux depuis chez elle : surprend plusieurs fois des gens en train de travailler en pleine nuit : en fait des personnes venues installer des micros au parquet, etc. !

  • C’est André Escaro, dessinateur et administrateur, qui surprend ces espions. Leurs arguments sont d’autant plus faibles qu’il est le superviseur des travaux ! Au milieu d’eux, Escaro voit des lames du parquet retirées, plusieurs postes radio et des fils… Escaro sort mine de rien et prévient Fressoz, Clémentin et Angeli. Tous retournent sur les lieux : tout a disparu ! Mais certaines séquelles : trous bouchés, etc.

  • Canard publie photos des dégâts… + interpelle Raymond Marcellin, ministre de l’Intérieur.

  • Cette fois, la presse s’enflamme pour plusieurs semaines ! Pompiers font vérifications : encore des preuves irréfutables.

  • « Des espions qui sont venus de la DST » = Direction de la surveillance du territoire. Plus précisément division III, chargée du communisme international. Dans l’un de leurs rapports, on rappelle l’engagement communiste d’Angeli (rappel de parcours).

  1. Le siphon du problème

  • Henri Deligny, investigateur chevronné du Canard, frappe Fressoz (directeur) qui s’evanouit. Cause = article sur révolution des Œillets non publié car n’entre pas dans ligne éditoriale. Licencié de suite. Raconte l’incident à Charlie Hebdo. Y parle de censure.

  • Fressoz ne minimise pas l’incident : sa lèvre a éclaté, ce qui a nécessité 7 points de suture. + Juge censure dérisoire : voulait simplement que Deligny change le ton et l’argumentation.

  • Avril 1975, article publié dans 50 Millions de consommateurs intitulé « Des larves dans Vittel » => 5 personnes de Roissy-en-Brie sont tombées malades à cause de « larves blanchâtres flottant dans la bouteille en verre », dans restaurant. Deligny s’empare de l’affaire d’autant que l’année précédente, il avait traité des problèmes de l’eau en bouteille plastique. Vittel gagne le procès : accuse restaurateur d’ouvrir les bouteilles longtemps avant de servir => d’où contamination.

  1. En suivant Mitterrand

  • Nicolas Brimo est passé de L’Unité, journal du PS, au Canard : apporte donc la voix du PS en même temps ; influence sur contenu. Succède à Deligny après son départ mouvementé.

  • Soutien en 1974. Comme Mitterrand, le Canard soutient l’idée de « policier-citoyen », en parlant de mai 68.

  1. Giscarat

  • Affaire des diamants de VGE : la « belle affaire » du Canard dans la décennie 70. Sur fond de choc pétrolier, fin Trente Glorieuses, etc.

  • En 1991, dans Le Pouvoir et la Vie, VGE estime que les documents étaient des faux créés par Roger Delpey, d’extrême droite.

  • Pierre Péan : premier à dénicher l’affaire. Va à Bangui, Centrafrique, pour écrire livre sur Bokassa. Apprend que celui-ci a donné des diamants à des politiques français, dont VGE. Mais sur place, aucune info sur la « rumeur de Bangui ».

  • De retour à Paris. Septembre 1977, va au CIES (Centre international des étudiants et stagiaires), dépendant du ministère de la Coopération, et rencontre Maurice Espinasse qui a séjourné à Bangui de 1963 à 1974, dont une partie en tant que conseiller de Bokassa. Mais finit à s’opposer à lui : lui déconseille de se nommer « président à vie ».

  • Rentre à Paris été 1973 pour vacances. Ne veut pas y retourné. Forcé par Pierre Messmer, alors Premier ministre. => remarque complaisance politiciens français à l’égard de Bokassa. Maurice Espinasse était à Bangui, avril 1973, lors de remise de « plaques de diamants » => témoigne au Canard. A preuve = papier signé par Bokassa, mais ne le communique pas aux enquêteurs.

  • Bokassa en propose systématiquement. Même à De Gaulle, qui a refusé.

  • Espinasse attend deux ans avant de fournir son document. 21 septembre 1979, opération Barracuda : Bokassa destitué sur ordre de VGE ! Notamment car accusé de cannibalisme sur l’un de ses enfants. Archives du palais saisies… et dedans, documents compromettant pour VGE ! Mais tous sont à l’abri en France, sauf celui d’Espinasse, donc !

  • Le Canard trouve une stratégie. Faire croire que le document d’Espinasse a été retrouvé au Palais de Bangui ! Cacher sa source tout en restant crédible.

  • 10 octobre 1979, le Canard titre « Quand Gicard empochait les diamants de Bokassa ». Péan a estimé montant des diamants à Anvers : 1 million de francs touchés par VGE, deux membres de sa famille et autres politiques. L’Élysée ne dément pas mais conteste le montant.

  • Chaque semaine, le Canard évoque l’affaire. Mais aucune nouvelle révélation, ce qui a pu frustrer les lecteurs.

  • Sauf 5 décembre, où le Canard publie un nouveau document signé Bokassa. Titres : « Encore plus de diamants pour Giscard » ou « C’est l’Elysée ou les galeries Laplaquette ? ». Cette fois, VGE accusé d’avoir reçu diamants pendant son mandat de Président => 11 juillet 1974, « Bokassa veille à la préparation d’un nouveau cadeau ». Pas une, mais plusieurs plaquettes, remises le 16 septembre 1974.

  • Encadré détaille toutes les remises de diamants : 1970 lors d’un safari ; 1972, lors visite privée ; 1973 (voir doc plus haut) ; 1974, lors visite Bokassa en France ; 5 au 8 mars 1975, lors visite VGE en Centrafrique.

  • Renseignements généraux charge, dès juillet 1979, Sylvestre Bangui, ancien ambassadeur de Bokassa alors en exil en France. Aussitôt, celui-ci fait révélations au commissaire des RG, Patrick Rouglet, sur l’existence de cadeaux en diamants. Celui-ci écrit une note au patron des RG, Raymond Cham… qui la déchire, ne voulant pas jouer le contre-pouvoir.

  • Deux mois après révélations, l’Elysée convoque les journalistes : réaffirmation de la conviction de VGE.

  • Roger Delpey se fait coffer par la DST : chez lui, perquisition leur permet de trouver classeurs centrafricains. Archives sur opération Revanche, plan de Bokassa déchu envers VGE. Dedans, scellés 22, 35 et 36 font état des remises de diamants. Delpey incarcéré 200 jours : « l’embastillé de Giscard ».

  • 9 septembre 1980, Bokassa appelle le Canard et accepte d’être enregistré et publié. Conversation d’1h30. Réaffirme avoir donné beaucoup de diamants à VGE et famille. A autres aussi, mais ne dévoile pas les noms car ne lui ont pas fait de mal.

  • Pour Pierre Péan, il y a deux affaires des diamants : la première avec les documents de Maurice Espinasse ; la deuxième avec avalanche de documents trouvés dès décembre 1979.

  • Homme inconnu : André le M. Dans 70’s, vend moteurs de bateaux Suzuki à la foire de Paris. Deux hommes de Centrafrique viennent à lui car cherchent des bateaux pour organiser police fluviale. Déménage à Bangui pour affaires et y rencontre Roger Delpey. 10 mai 1980, Le M. attend Delpey devant ambassade de Libye : mais c’est là que ce dernier se fait arrêter. Le M. s’éclipse alors sans faire parler de lui.

  1. Robert Boulin, suicidé dans une mare

  • 30 octobre 1979, Robert Boulin, ministre du Travail, retrouvé dans étang de forêt de Rambouillet. Presse, surtout Canard, accusée de l’avoir poussé à bout. Jacques Chaban-Delmas de cet avis.

  • AFP publie aussitôt dépêche : « Mort Boulin, une nouvelle affaire Salengro ? »

  • Georges Marchais déplore à son tour que presse ait rappelé séjour de Boulin en Allemagne sous l’Occupation.

  • Lendemain, lettre de Boulin rédigée avant sa mort publiée dans presse. S’en prend « à certains milieux politiques où hélas [ses] propres amis ne sont pas exlus ». Règle ses comptes avec Alain Peyrefitte, « gare des Sceaux plus préoccupé de sa carrière que du bon fonctionnement de l’instruction ».

  • En réalité, c’est l’affaire de Ramatuelle qui est responsable. Promoteur immobilier, Henri Tournet veut vendre 36 hectares près de Saint-Tropez. Doit avoir permis de construire pour y construire des villas. Préfecture du Var d’accord en 1967 mais se rétracte en 1973. En 1974, Robert Boulin lui achète une parcelle de 2 hectares pour seulement 40 000 francs. Il fait pression sur préfet du Var pour appuyer demande de permis de construire. Encore refus, mais seule la parcelle de deux hectares de Boulin obtiendra une autorisation.

  • Enquête pénale vise le fait qu’Henri Tournet ait réussi à vendre deux fois le terrain. Enquête confiée à jeune et alors peu connu juge d’instruction de Caen : Renaud Van Ruymbeke. Lequel perquisitionne et incarcère Henri Tournet en juin 1979. Libéré sous caution un mois plus tard et menace de faire révélations si personne en haut lieu ne vient à son secours. Dans sa lettre posthume, Boulin dira de lui « maître chanteur ».

  • Dès automne 1979, série d’article visent implication de Boulin dans l’affaire : Minute, 17 octobre, « Boulin a fait une belle boulette » ; le Canard, 24 octobre, « Les permis très édifiants de M. le ministre Boulin » ; Le Monde, 27 octobre.

  • Mais presse ne s’acharne pas spécialement sur Boulin. Lequel a d’ailleurs reçu journaux pour mises au point.

  • Le Canard publie deux documents : 1° lettre, Boulin informe son ami Tournet de sa démarche auprès du Préfet pour appuyer sa requête ; 2° lettre, Boulin en faveur de l’attribution à Tournet du grade de commandeur de la Légion d’honneur.

  • C’est l’article suivant du Monde qui le bouleverse davantage. Jour de sa mort, Boulin écrit droit de réponse au Monde. Justice tranchera plus tard que le suicide a été causé par cet article « qui l’avait marqué à l’extrême dans un contexte politique qu’il ressentait comme ne lui étant pas favorable ».

  • Journalistes choqués, à commencer ceux du Canard. Le journal se recroqueville…

  • 1983, famille exige réouverture de l’enquête, d’autant qu’aucune autopsie réalisée. Croit en homicide volontaire. Corps embaumé par seule initiative du chef de cabinet ; corps enfoui dans fosse commune, non dans caveau des Boulin. Poumons introuvables : en analysant quantité d’eau contenue, on aurait pu savoir si mort par noyade ou avant qu’il soit dans l’étang.

  • Boulin découvert en position du « prieur mahométan » : accroupi, tête pendant en avant. Mais lividités cadavériques au dos laissent entendre qu’il aurait pu être tué couché sur le dos avant d’être traîné dans l’étang. Déclaré mort la veille à 20h… Pourquoi ? Par éviter analyse emploi du temps de soirée par enquêteurs.

  • L’Express, 8 janvier 1988, « Le faux suicide de Robert Boulin », par James Sarazin. Lequel est, en 1979 au Monde, auteur de l’enquête sur Ramatuelle. Exprime doutes et déplore insuffisances des expertises médico-légales.

  • Doutes : lettre envoyée à une dizaine d’exemplaires (copies) mais original introuvable. + Ruban de machine à écrire a disparu (alors qu’il conserve la mémoire des lettres frappées) => piste de manipulation ? Dans brouillon retrouvée dans poubelle, une phrase supplémentaire : « J’envisage de me noyer dans un étang de la forêt de Rambouillet où j’aimais beaucoup faire du cheval »

  • Article du Canard, 18 janvier 1984, « Rien à faire pour refaire une affaire », Louis-Marie Horeau estime que même un éditeur de polar ne trouverait pas le scénario crédible.

  • Décembre 1992, Cour de cassation clôt la plainte pour homicide par un non-lieu. En 1999, dans Golias, Francis Christophe, ex-AFP, revient sur les aller-retour le soir de sa disparition. Quatre dossiers disparaissent du ministère => vers chez lui. L’un, des « avions renifleurs ».

  • Benoît Collombat, journaliste de France Inter, publie Un homme à abattre, contre-enquête sur la mort de Robert Boulin. Interroge Raymond Barre, Premier ministre au moment des faits : dit avoir été informé de la mort de Boulin dans la nuit du 29 au 30 octobre 1979, soit quelques heures avant découverte officielle du corps. VGE a été informé tarivement : 11h30 le 30.

  • Fabienne Boulin déplore que le Canard soit toujours resté sur les mêmes positions, sans prendre en compte les éléments nouveaux.

  1. Les francs-maçons se rebiffent

  • Christian Plume et Xavier Pasquini publient en 1980 Une enquête de police sur Le Canard enchaîné : journalistes et pigistes fichés. Dans rapport des RG de la préfecture de police, on note les « causes de la longévité » du Canard. Selon police de 1972, celle-ci due à « l’esprit frondeur et non conformiste ».

  • Ces deux auteurs sont francs-maçons ! Mais Angeli en a fait partie aussi.

  • 203, « Quand le Canard s’intéresse à la franc-maçonnerie, c’est d’abord par antigiscardisme. En 1977, Michel Gaillard révèle comment VGE a tenté de se faire initier à la Grande Loge de France ».

  1. Le canardeur

  • Roland Dumas, avocat du Canard, faut aussi de la politique. A parfois été avocat et député en même temps. Se vante de « s’être fait » trois présidents successifs : « De Gaulle avec l’affaire de la commode de Foccart, Pompidou avec les micros, Giscard avec les diamants.

  • « La commode de Fouccart » est une affaire qui se déroule après départ De Gaulle en avril 1969. Intérim par Alain Poher. Affaire publiée entre deux tours. Fonctionnaires qui travaillent pour lui ouvrent une commode en pseudo-Louis XV dans le bureau naguère occupé par Foccart. Commode étrangement aménagée : pleine d’appareil électroniques d’enregistrement. De là, fils mènent dans tous bureaux, y compris celui de De Gaulle !

  • Dès lendemain élection Pompidou, le Canard révèle l’affaire. Foccart réclame 120 000 francs de dommages et intérêts. Roland Dumas part à l’offensive. Il révèle que Foccart n’a pas fait de hautes études commerciales comme il le prétend. A eu la main sur les services de renseignements et a disposé de fonds secrets. Dumas cite Foccart dans plusieurs affaires : complots en Guinée, assassinat opposant marocain Mehdi Ben Barka, …

  • 1er octobre 1968, Stevan Markovic, garde du corps d’Alain Delon, retrouvé mort dans une décharge. Markovic est amateur de parties fines… où on aurait vu Claude Pompidou, femme du président ! Détenu sept ans, avant d’obtenir un non-lieu. Cette affaire devient affaire d’État. Photos obscènes circulent sous le manteau entre journalistes, politiciens et hommes d’affaires.

  • Affaire des micros dans bureau du Canard : journal porte plainte pour « violation de domicile ». Mais Pinsseau, juge, conteste cette accusation, car Canard non encore installé complètement. Affaire « barrée d’un coup de pinceau », titre le Canard du 5 janvier 1977.

  • 24 décembre 1976, le prince Jean de Broglie, ancien secrétaire d’État, meurt assassiné à Paris => nouveau scandale ? Quelques jours plus tard, ministre Intérieur, Michel Poniatowski, annonce capture des responsables : deux hommes à qui le prince a prêté de l’argent, et le meurtrier. Dumas devient avocat de Guy Simoné, policier soupçonné d’avoir fourni arme du crime. Lors procès de l’affaire en 1981, écope de dix ans de prison.

  • Dumas lit documents où l’assassinat est prémédité depuis plusieurs mois ! Police donc au courant. + Dumas ne s’étonne alors plus de la rapidité avec laquelle les responsables ont été démasqués.

  • Dumas affirme par-là « vouloir la peau de Giscard »

  • Dumas, à l’élection de Mitterrand, espère entrer au gouvernement. Son soutien depuis près de 30 ans : son avocat (autre étant Badinter), négocie avec les communistes en 1965, … Mais n’entre pas au gouvernement : pour Mitterrand, a réglé affaires qui font tache.

  • Cependant, en décembre 1983, il devient ministre aux Affaires européennes. Quitte donc Canard. « On sait que le Canard retrouvera sur son chemin son ancien avocat le jour venu de l’affaire Elf »

PARTIE 2 : Le journal qui s’enchaîne (1981-1995)

  1. Le Canard à Tonton

  • « Difficile d’éviter le fantôme de Bokassa quand on regarde la France au fond des yeux »

  • Canard continue à publier affaires en cours sur VGE : de Broglie et diamants.

  • 10 mars 1981, VGE affirme à la télé avoir versé à la Croix-Rouge centrafricaine le produit de la vente de ses diamants. Croix-Rouge dit n’avoir reçu aucun bon. Canard titre : « le diamanteur ». Mais montant de 44 522 versé, mais tardivement.

  • 22 avril 1981, Roger Fressoz écrit « Le bon choix : ôtez Giscard »

  • Le Canard accuse Jacques Médecin, maire de Nice et proche VGE, « d’avoir introduit aux USA entre 1969 et 1974 près d’une tonne d’héroïne raffinée ». Fausse accusation : Médecin dépose plainte.

  • 6 mai 1981, entre-deux-tours, Canard révèle que Maurice Papon, son ministre du Budget, a signé pendant la guerre, entre 1942 et 1944, des réquisitions pour le transport de 1 690 juifs.

  • Si critiques, elles visent le gouvernement. 1° à en faire les frais : Pierre Mauroy, premier ministre, traité de « Gros Quinquin » qui « se coltine l’intendance ».

  1. Dans les petits papiers du pouvoir

  • 9 août 1982, bombe explose rue des Rosiers. Cause : soutien France dans processus de paix du Proche-Orient.

  • 29 août, cellule « Antiterroriste ». Perquisitionne logement de Vincennes où logent trois Irlandais.

  • Edwy Plenel : anciennement rubrique Éducation, puis s’occupe du secteur police. Il promène ses oreille place Beauvau et entend Thiriez, du cabinet de Defferre, dire : « L’explosif, je sais qui l’a mis à Vincennes ».

  • Plenel s’allie avec Georges Marion, bons amis. Plenel a été directeur de campagne de ce dernier lors municipales 5° arrondissement de Paris en 1971. Tous deux de Ligue communiste révolutionnaire. Marion pigiste au Canard depuis 1979.

  • Plenel, 1er févirer 1983, en une du Monde, accuse GIGN d’avoir inventé des preuves justifiant l’arrestation des Irlandais, qui ne seraient pas des terroristes internationaux.

  • Canard passe a côté de ce scoop, puisque Le Monde s’en empare !

  • Juin 1983, le Canard veut se rattraper : affaire des avions renifleurs. Escroquerie qui aurait coûté 1 milliard de francs à Elf-Aquitaine. Cette révélation, par Jérôme Canard, fait un flop. Ces avions sont censés repérer depuis le ciel les gisements pétroliers : reniflement par appareils électroniques. Escroquerie a permis fuite de capitaux : Mitterrand laisse Fabius, ministre du Budget, ouvrir une enquête.

  • Septembre 1982, première enquête. Transfert 500 000 francs à l’étranger, notés comme « frais d’études, de recherches et de documentation technique ». Successeur à Fabius, Hervé Emmanuelli impose redressement de 547 millions à Elf-Aquitaine. Se demande où sont allées ces sommes, vu le désastre scientifique du projet.

  • Mais rapport et pré-rapport ont disparu ! Emmanuelli accuse des prédécesseurs de les avoir détruit, en particulier ancien premier président de la Cour des comptes. Ce que Bernard Beck assumera : « J’ai estimé que le mieux était de détruire toute trace de ce rapport » (Le Monde, 22 décembre 1983)

  • Quelques jours plus tard, sur Antenne 2, VGE contre-attaque : montre ledit dossier détruit ! La droite accuse le gouvernement socialiste d’acharnement, de « chercher dans les poubelles ce qu’elle ne trouve plus dans les urnes » (François Léotard). Mitterrand met en avance l’immunité du président… après ses fonctions ! VGE relaxé.

  1. Greenpeace : le Canard berné

  • Vendredi 13 septembre 1985 : Edwy Plenel et Georges Marion dînent et discutent d’un dossier commun au Monde et au Canard sur la police. + Attendent un informateur. Mais le scoop sur le point d’arriver profite à Plenel, pas à Marion !

  • 10 juillet 1985 : deux charges explosent dans le port d’Auckland. L’une pour faire fuir les occupants du bateau de Greenpeace ; mais effet inverse, car ils reviennent à bord pour sauver appareils et le photographe resté dedans. L’autre pour faire couler le bateau. Ce qui est fait… mais le photographe meurt.

  • Peu échos dans presse. Libération évoque un « jeu de pistes ». On parle de chasseurs de baleines, de soldats perdus… Mais la police néo-zélandaise trouve des bouteilles de plongée « made in France ».

  • 8 août 1985 : VSD et L’événement du jeudi évoquent l’hypothèse française + certitude d’une « complicité d’officiers français ». Sophie Turenge, femme du couple interpellé, serait un capitaine de la DGSE.

  • 10 août 1985 : Edwy Plenel publie article de synthèse dans Le Monde.

  • Claude Angeli évoque complet néo-zélandais, australiens et britanniques, très hostiles aux expériences nucléaires dans le Pacifique.

  • Rapport Tricot : estime que le Canard a trouvé les innocents, mais pas les victimes. Exclut des responsables Prieur et Mafart, qui n’ont pas pu poser les bombes. + Epoux Turenge incapables de faire de la plogée.

  • 4 septembre : « Greenpeace : la DGSE aurait sous-loué ses nageurs de combat », Canard.

  • 11 septembre : brève page 3 du Canard ; évoque 3° piste, celle de plongeurs français. Passe inaperçu ! C’est Edwy Plenel qui, le jour du bouclage, parle de « troisième équipe » à Claude Angeli qui l’appelle. Or, c’est le Canard qui le révèle avant ! Mais Angeli n’y croit pas vraiment lui-même…

  • Dînent ensemble le 13 septembre, avec Marion. Sont certains de cette troisième équipe. Mais Canard sort le mecredi ; or, Edwy Plenel écrit dans Le Monde du samedi, lundi et mardi. Plenel accepte de retarder publication > à mardi midi… soit à une demi-journée de la parution du Canard !

  • Angeli, face à la une du Monde, serait ridicule en publiant son hypothèse. Titre donc : « Tonton et Joxe n’ont pas le même dossier sur l’attentat ». Joxe, ministre de l’Intérieur… ?? En référence à Plenel et Marion, réputés proches de la place Beauvau.

  • Angeli se perd : fait croire que des « militaires français ont reçu un ordre qu’ils n’ont pas exécuté. L’attentat a été commis par des agents étrangers, très probablement britanniques, dans le but de porter atteinte aux ‘intérêts’ français… » Mais c’est la version de l’Elysée, qui épargne par-là la DGSE…

  • Angeli : « des officiers paraissent assez maladroits pour s’être fait doubler sur le fil. Comme à Waterloo ».

  • Plenel et Angeli se trouvent à France 3 dans le journal de nuit. Ce dernier se fait humilier… Georges Marion dit en 2008 : « J’ai compris ce jour-là que je devais quitter ce journal. Nos relations avec Angeli se sont détériorées, on ne se supportait plus ».

  • Mercredi 18 septembre, lendemain de la publication du Monde, Charles Hernu, ministre de la Défense, convoque la presse et crie à la calomnie contre des responsables militaires. Exige du Monde qu’il publie le nom des hommes de la troisième équipe, sinon aucune source viable et attaque en diffamation.

  • Dans les 24h, L’Express est en mesure de révéler leur identité : initiales noms et grades de deux nageurs de combats de la base d’Aspretto.

  • Vendredi matin, Fabius prononce la démission de Charles Hernu.

  • Quelques semaines plus tard, Marion a de nouveaux éléments sur l’affaire des Irlandais. Mais laisse ça à Plenel et Le Monde, car ne travaille plus pour le Canard (ira au Monde sous peu). = Preuve que le capitaine Barril a placé les armes et les explosifs chez les Irlandais en 1982, et donc démolit tout le montage mis en place par la cellule de l’Elysée.

  1. Un problème de feux rouges

  • Canard accusé de mitterrandolâtrie. Angeli récuse en disant que c’est le Canard qui a révélé les fausses factures du Carrefour du développement. FAUX ! En réalité, Michel Aurillac, ministre à la Coopération du gouvernement Chirac sous cohabitation. Canard publie tardivement, le 18 juin 1986, soit trois semaines plus tard.

  • 28 février 1986, journalistes de la Presse de la Manche publient : cargos chargés d’obus partent de Cherbourg pour l’Iran en août et septembre 1985 + janvier 1986, en violation de l’embargo. Cargos munis de faux certificats de destination (lesquels vers Thaïlande). > société Luchaire exporte ainsi illégalement des armes vers l’Iran depuis 1982.

  • 13 mars 1986, ministre de la Défense Paul Quilès dépose plainte pour infraction à la législation du commerce des armes de guerre.

  • Canard retarde publication car ne veut pas compromettre libération d’otages en Iran.

  1. De Papon à Bousquet, l’oubli

  • 6 mai 1981, Canard révèle affaire Papon. Le 9 octobre 1997, lors procès, cet article est encore débattu : « Quand un ami de Giscard faisait déporter des Juifs »

  • Michel Slitinsky connaît le tournant de sa vie le 19 octobre 1942. Manque de se faire enlever : frère, père et tante périssent. Seule sa sœur subsiste, Alice. Après guerre, il intente premier procès aux flics responsables de l’arrestation, reconnus par hasard > échec. Auteur de deux livres sur la Résistance.

  • Ami, Jean Cavignac, responsable des archives départementales de Gironde. Michel trie 1 800 dossiers pendant trois mois. Y trouve des pièces signées Papon, mais sans son grade. C’est dans archives imprimerie Annemasse qu’il connaît responsabilités de Papon.

  • Slitinsky rencontre historien Michel Bergès qui prépare une thèse sur la police sous Vichy. Constituent dossier sur Papon… Soutien Serge Klarsfeld

  • Entre décembre 1981 et mai 1982, premières plaintes des familles. Janvier 1983, Papon inculpé. Peu de soutien, ou alors silence fraternel.

  • Papon dépose plainte contre les parties civiles pour dénonciation calomnieuse => procédure annulée en 1987 et repart à l’instruction. Le Canard y voit une supercherie de la cohabitation. Toute instruction annulée pour vice de procédure. Six mois pour qu’un nouveau juge bordelais s’occupe de l’affaire.

  • Mitterrand explique ralentir les procédures électorales « pour ne pas raviver les divisions nationales ». L’Elysée ne veut pas de procès de la collaboration. Preuve + : Bousquet, délégué pour la police de Vichy, poursuivi mollement par justice.

  • 13 juillet 1988, entrevue de Mitterrand à un comité de défense de Papon. Y dit que les poursuites envers Papon sont des « règlements de compte politiques » + « fonctionnaire de qualité et très compétent »

  • Serge Klarsfelde, 1990, attaque Mitterrand après qu’il ait viré Arpaillange du ministère de la Justice, lequel était le dernier favorable au renvoi de Papon devant les assises.

  • Canard traite affaire Papon comme affaire de droite. 1995, Mitterrand avoue son hostilité du procés. Après élection Chirac, Canard tacle encore lenteur justice sous RPR (dont Papon fait partie).

  • Un autre personnage s’insère dans l’affaire pendant attente procès Papon : René Bousquet, ancien secrétaire général de la police de Vichy. Le livre Le Roman de l’argent de Spéphane Denis révèle liens entre lui et Mitterrand : le premier était candidat en 1958 sous étiquette UDSR, le parti de Mitterrand.

      • « Mitterrand présenta [vers 1950], en tant que secrétaire d’État à la présidence du Conseil sous Henri Queuille, un texte de loi portant amnésie générale des faits et actes commis sous l’Occupation.

  • Canard ne s’empare pas de l’affaire contrairement au Monde, Libération et Le Matin Laquelle commence 28 octobre 1978 dans L’Express. Louis Darquier de Pellepoix, condamné par contumace à Libération, dit que c’est Bousquet qui a organisé la rafle duVel’d’Hiv en tant que chef de la police.

  • Canard du 8 et 15 novembre 1978 : reprend partie des infos de L’Express.

  • 1989 : Klarsfeld, à travers son asso Fils et Filles de déportés juifs de France, en s’appuyant sur archives relatives à la déportation de 194 enfants de six départements du sud, porte plainte contre Bousquet pour crime contre l’humanité. + accuse Mitterrand d’ « indulgence à l’égard de Vichy ».

  • 16 juillet 1992, pour le cinquantenaire de la rafle du Vel’d’Hiv, défile devant Elysée. Demande Mitterrand reconnaissance par l’Etat français de sa responsabilité. Refuse : « je ne vais pas décréter une journée nationale de la honte. Aucune nation ne le ferait ».

  • Pascale Froment trouve photo des époux Mitterrand avec Bousquet. Publication banale dans Le Point en 1974, époque où Bousquet non connu.

  • 2 septembre 1994, Le Monde, « Les secrets de jeunesse de François Mitterrand ». S’appuie sur le livre de Pierre Péan. Une jeunesse française, biblio de Mitterrand.

  • Débat pendant deux mois dans médias. Canard n’y participe pas. Beaucoup de proches de Mitterrand se désabonnent du Monde : « Il ne nous est pas apparu utile de continuer à lire ce journal qui n’est plus dans la ligne déontologique qui avait été fixée par son fondateur, Hubert Beuve-Méry.

  • 1998 : Papon condamné à dix ans de réclusion en Suisse. Y reste seulement trois ans pour raisons médicales. Meurt en février 2007 à 96 ans.

  1. Une attestation de Mitterrand

  • Robert Gaillard, écrivain, père de l’actuel directeur Michel Gaillard. Proche de Mitterrand pendant guerre. Mais Michel Gaillard, contrairement à tous les directeurs de titres, n’écrit jamais d’édito…

  • Robert Gaillard cofondateur du journal Germinal ; lié à Masson, ancien commissaire aux prisonniers rapatriés de Vichy.

  • Morland : vrai nom de Mitterrand pendant résistance.

  • Georges Suarez, directeur d’Aujourd’hui : l’un des rares journalistes collaborateurs à être condamner à mort à la Libération.

  1. « Nous, on veut bien ! »

  • Maurice Maréchal, fondateur du Canard, meurt à Vichy d’une longue maladie en 1942. Le Canard avait cessé de paraître en 1940, une semaine avant arrivée des troupes allemandes à Paris.

  • Moisan, dessinateur, arrive au Canard en 1955. Sera à l’origine de « La Cour », fresque de cour De Gaulle sur demi-page. Auparavant, avait travaillé pour L’œuvre, journal pro-allemand… Mais Canard accueille sans sourciller les journalistes anciennement « collabos ».

  1. Bérégovoy : le Canard est-il un chien ?

  • Hervé Martin entre au Canard en 1991. Ancien AFP, service économie. Canard, auparavant, n’a pas de rubrique économique : en veut une mais compréhensible par tous. Il sort « l’affaire des fonds turbo » = fraude fiscale.

  • Même période, juge du Mans, Thierry Jean-Pierre, analyse fausses factures dans le monde du bâtiment.

  • 3 février 1993, Canard titre : « Affaire Pelat : ce chèque d’un million qui empoisonne Bérégovoy »

  • Ce chèque, signé septembre 1986 par Pelat, l’ami de Mitterrand compromis dans l’affaire Péchiney, se retrouve dans les mains du juge d’instruction Thierry Jean-Pierre. Pour Pelat, il s’agit d’un prêt amical pour achat appartement parisien. Or, chez notaire de Pelat, on retrouve une reconnaissance de dette du même montant.

  • Prêt aurait été remboursé à moitié par œuvres et livres anciens puis autre moitié par chèque.

  • Manistère de la Justice estime que le prêt de Pelat « ne présence aucun caractère frauduleux susceptible de constituer une infraction pénale ».

  • Canard cesse d’enquêter sur Pelat-Bérégovoy : se résume au premier article. « On n’aime pas taper sur un homme à terre », dit Hervé Martin. Pourtant, il y avait matière !

  • Vacances Bérégovoy de 1982 à 1989 + billets d’avion pris en charge par Pelat! SDBO, filiale Crédit Lyonnais, pointe un découvert de 199 737 francs en avril 1993…

  • Suicide Bérégovoy. Lors obsèques 4 mai 1993, Mitterrand accuse les « chiens » (journaux). Edwy Plenel en fera un livre : Un temps de chien, 1994. Bernard Debré, en 2008, avoue que Mitterrand n’aimait pas Bérégovoy…

  • 12 mars 1993 : Libération sort affaire des écoutes. Mais sans le Canard ! Écoutes de journalistes par l’Elysée entre 1983 et 1986. + 13 mars : Le Monde. Le 17, Canard prend encore ses distances. Met en avant ses doutes : transcriptions écrites à la main ! Or, Libération a recopié à l’ordinateur à partir d’un document du GIC ; à moins que service parallèle et clandestin ?! => Canard démonte le scoop de Libération.

  • Le Monde, Libération et Le Point publient la liste des 1 348 personnes écoutées.

  • Dès 1991, loi Rocard sur les « interceptions de sécurité » : toutes écoutes administratives deviennent légales et non plus couvertes par le secret-défense.

PARTIE 3 : Le journal en crise (1996-2008)

  1. Chirac tête de Turc

  • Bercy déclenche contrôle fiscale sur entreprise de Francis Poullain, un des financiers présumés de la campagne de Chirac. Coup de Sarkozy, balladurien, alors au Budget ? Sarkozy réfute et pointe Michel Charasse.

  • Affaire des HLM de Paris (par Eric Halphen) puis affaire Schuller en découle. Puis Canard révèle équipée en hélicoptère dans l’Himalaya, à la recherche du procureur Laurent Davenas en plein trekking pour arrêter les poursuites contre Xavière Tiberi, rapporteur sur francophonie dans l’Essonne.

  • Appartement HLM de Juppé, rue Jacob => doit déménager + pots-de-vin en IDF + emplois fictifs de la Ville de Paris et du RPR. Laquelle affaire pousse Juppé à la démission : Sarkozy le remplace à la tête de l’UMP.

  • Canard, cette fois-ci, ne rate rien ! D’autant qu’il est proche des avocats qui bataillent contre Paris. Arnaud Montebourg avocat dans affaire HLM… mais aussi avocat du Canard.

  • Avril 1997, Claude Angeli parle de l’affaire des faux électeurs à l’élue socialiste du 5°, Annie Cohen-Solal. Dans immeuble où habite Angeli, concierge malade : Angeli se propose de distribuer le courrier… dont certains sont à des noms de personnes n’habitant pas l’immeuble

  • + Constate taux d’inscription sur listes électorales est supérieur de dix points (70%) par rapport à tout Paris (85%). Canard parle de 4 000 faux électeurs.

  • Affaire HLM : finalement, beaucoup de bruit pour rien car peu de condamnés et faibles peines. Mais Chirac non affecté : seulement par emplois fictifs mairie.

  • 357, « Le Canard, pas plus que les autres journaux, ne sera parvenu, à l’instar du Washington Post, au grand soir journalistique que constitue la démission d’un président en exercice ».

  1. L’intruse

  • Micheline Mehanna étudiante très sûre d’elle-même, mais aussi naïve… 19 mars 1996, va au Canard et vient avec six exemplaires de son mémoire + disquette sur le Canard. Mais le journal fera de son mieux pour s’opposer à la soutenance de son mémoire.

  • Elle a un exemplaire spécialement réalisé pour Michel Gaillard, directeur : interview entre eux chaque semaine + 51 personnes en tout. Bien intégrée globalement.

  • Mémoire = « L’idéologie du Canard enchaîné, la dérision politique par le rire et l’investigation ». Directeur de mémoire : Philippe Braud, Paris 1.

  • Mais peu à peu : méfiance. Car Micheline Mehanna est plus « lente » que les autres étudiants de mémoire + nécessité de préserver l’anonymat des informateurs a engendré suspicion croissante + avoue ne pas lire le Canard alors qu’elle travaille dessus !

  • On pense de plus en plus qu’elle travaille pour les RG.

  • Etudiante note une « mythification du passé », notamment par affaire des micros : « Le repli sur soi, la peur de l’extérieur, le devoir de réserve, l’absence de publicité, la misogynie, le goût du secret sont des éléments qui renforcent le mythe ».

  • On Canard, on dit qu’on reste paternaliste : pas de patron dictant sa loi, conventionnel, …

  • 362 : « L’image que le Canard veut donner de lui est un mythe. Il y a un malaise. Les gens se plaignent. Il n’y a pas de syndicats au Canard. Les secrétaires ne font pas grève parce que le directeur ne le veut pas. Elles sont maltraitées. Le Canard refuse d’assister à des festivals, de se mêler au public, il est très distant, méprisant vis-à-vis du lecteur. Le Canard plane dans sa tour d’ivoire. Dès qu’un autre journal satirique tente de sortir, il lui tire dans les pattes. Un scission en deux du Canard lui serait favorable. »

  • Les journalistes du Canard n’hésitent pas à dire à l’étudiante qu’ils sont déçus de son évolution. Regret que le journal s’adresse seulement aux politiques.

  • Cloison entre les investigateurs et les saltimbanques. Passage impossible entre l’une et l’autre de ces « castes », comme en Inde.

  1. Les ciseaux de Michel Gaillard

  • Plusieurs périodes de censure : pendant les deux guerres ; guerre d’Algérie… Canard parle de « Anastasie, la fille naturelle de Séraphine inquisition » => espaces laissés blanc avec mention « article censuré », « dessin censuré »…

  • Michel Gaillard tente de censurer le mémoire de Mehanna ! Car celui-ci ressemble à un cahier des doléances des journalistes…

  • 22 février 1996, l’étudiante reçoit recommandé de Me Bernard Dartevelle, avocat de Sylvie Caster, laquelle est journaliste interrogée dans chapitre sur misogynie au Canard. Aspect diffamatoire des propos tenus par ses confrères + accusation d’usurpation d’identité (d’abord étudiante philosophie, puis sociologie politique). Sylvie Caster juge que le texte ressemble plus à un livre qu’à une thèse universitaire.

  • Michel Gaillard, tardivement (au bout de 15 jours) contacte Philippe Braud, directeur de mémoire. Se plaint que le titre provisoire ne correspond pas à l’objectif annoncé. + Accuse étudiante d’être trop impliquée, donc d’avoir perdu toute notion scientifique.

  • 24 septembre 1996 a lieu soutenance : chapitre sur sexiste, misogynie, etc. retirés, mais seulement titres ! Au final, elle se redirige vers psychologie clinique.

  1. Une citadelle sans femmes

  • Sylvie Caster, au moment de cette affaire de mémoire, est la seule femme parmi 50 salariés. Parfois semblant : par pseudos féminins comme Jeanne Lacane (en réf notamment de Jacques Lacan et côté psy des articles) ou Valentine de Coincoin !

  • Sylvie Caster s’est dite effondrée par propos de ses collègues qu’elle côtoie tous les jours !

  1. La cassette

  • 2008, Canard à l’aise financièrement : 91,7 millions d’euros de réserves. Challenges estime que le Canard veut vivre encore trois ans sans rien publier. Cause : fidélité à une identité définie depuis début première guerre mondiale.

  • Canard discret sur sa trésorerie. Seule publication chaque dernière semaine d’août en page 4 : « Les comptes du Canard ».

  • Premières années Mitterrand, journal sans bénéfice !

  • Jean Deligny, actionnaire, suggère de faire des dons aux confrères.

  • Un journaliste de Libération demande à Nicolas Brimo, administrateur du journal, d’entrer dans le capital de Libération, en crise. On répond : « On n’a pas envie de crever avec vous ! »

  1. Petits arrangements entre amis

  • 1915 : Canard fondé par Maurice Maréchal et sa femme. Modèle familial. A la mort de Maurice, sa femme prend 54,1% des actions ; Pierre Bénard, 25% ; le reste réparti en 28 personnes dont journalistes.

  • Hachette se propose d’acheter le Canard en 1953 : refus ! « Jeanne est la mère du Canard. Une mère ne veut pas son enfant. Surtout pas à un ogre ».

  • Roger Fressoz, 1987, en tant que directeur, dépose les statuts d’une association loi 1901. Mais asso fermée, car il faut obtenir l’agrément des trois membres, être agréé par le conseil d’administration, et être salarié au Canard

  • Famille Maréchal disparaît progressivement > basculement actions familiales vers actions journalistes.

  • Salaire moyen : 3 750 euros pour rédacteur. Dirigeants touchent 200 000 par an ! Soit les meilleures rémunérations de la grande presse.

  • Secret de l’argent paradoxal dans un journal soucieux de rendre transparente les revenus et impôts des politiques !

  1. Meurtre de Yann Piat, un « polar » de Jérôme Canard

  • 24 juillet 1996, Canard révèle premier épisode de l’affaire Yann Piat. Sous-titre : « Des écoutes téléphoniques, un 357 magnum de la police, une vieille 404 noire, une moto de plus, un avion qui emporte aussitôt un élu du Var : et voilà le travail… »

  • 25 février 1994 : meurtre de députée Yann Piat. Etait écoutée depuis plusieurs mois. Elle savait que des affairistes et mafieux voulaient construire une marina à Saint-Tropez. L’a confié à amis politiques qu’elles croyait sûrs.

  • 17 jours après meurtre, on retrouve le pistolet : un 357 magnum qui aurait appartenu à un flic du Var. Particularité : son percuteur laisse une trace sur les douilles ; or, seule douille retrouvée portait l’une de ces traces !

  • Juge Thierry Roland débarque aux locaux du Canard : une première ! Ne veut pas les sources, mais les documents qui prouvent propos du Canard.

  • 11 septembre 1996, Canard titre : « Les noms de deux vedettes de la majorité dans un document ‘oublié’ sur l’assassinat de Yann Piat ». Dans ordinateurs des frères Saincené, achetés d’occasion aux militaires et avec « mémoire inerte », ces deux noms figurent. Un expert est allé jusqu’à casser la dernière couche de mémoire.

  • Troisième article de la série révèle que Yann Piat a reçu visite un mois avant son meurtre. D’abord cru que c’était un « élu du Var » ; en fait, l’une des deux vedettes de la majorité.

  • Rougeot accuse justice de vouloir en finir vite : mémoire informatique endormie, documents oubliés, témoins négligés, …

  • Seul Le Point suit l’enquête du Canard, mais pour la critiquer ! Surtout après démenti DRM. Le Canard se défend : Le Point n’a jamais eu accès à rien (résultats informatiques, …)

  • Jean-Michel Verne et Rougeot publient L’Affaire Yann Piat, des assassins au cœur du pouvoir, 1997. Un an après début affaire, elle reprend les thèses initiales. Tous les médias s’enthousiasment. François Léotard, ancien ministre Défense, accusé par le livre, publie tribune cinglante dans Le Monde du 8 octobre 1997. Se plaint que personne dans le gouvernement n’ait bougé.

  • Léotard accuse Renseignements Généraux. Soupçonne leur patron, Yves Bertrand, ex-préfet du Var Jean-Charles Marchiani d’alimenter cabales contre lui.

  • Confrères notent confusion au sein rédaction Canard. Car Angeli, ni personne, n’a lu ce livre ! Tous l’ont appris par les bonnes feuilles d’un hebdo.

  • François Léotard et Jean-Claude Gaudin attaquent ! Michel Gaillard déplore amalgame fait entre le Canard et le livre ; bien que ce dernier s’inspire des enquêtes du premier (Rougeot). Presse confrère cesse le bruit…

  • Mais Flammarion va devoir affronter seule la riposte ! Les deux ministres incriminés portent plainte en référé et demandent suppression en urgence de quelques pages du livre.

  • Edwy Plenel, alors directeur du Monde… démonte enquête de Rougeot au nom du journalisme d’investigation. Il rencontre son ami Angeli, directeur du Canard, et lui apprend que le Monde va publier sous peu une contre-enquête. Angeli contraint de cesser amitié avec Pâlot + critique ouvrage et estime que l’un de ses auteurs, André Rougeot, a été « sous l’influence d’une équipe ».

  • Comment admettre qu’un travail journalistique sérieux consisterait simplement, comme le prétend Angeli, à « évoquer l’hypothèse avancée par des sources » ?

  • Flammarion doit retirer le livre de la vente. Ce qui coûte 150 000 euros à Rougeot. Jean-Michel Verne, co-auteur, pénalisé alors qu’il n’y est pour rien.

  • Rougeot continue de travailler au Canard pendant un an, mais il est le mal-aimé de la rédaction. Démissionne.

  1. « Ils ont fait le minimum »

  • Novembre 1997, affaire touche une amie de Roland Dumas : Christine Deviers-Joncour dans affaire Elf. Canard ne participe pas au bruit médiatique. « … cela ne nous oblige pas à être son avocat aujourd’hui » (à Dumas).

  • + mentionné dans affaire des frégates de Taïwan, qui a permis à Deviers-Joncour de toucher commission de 45 millions de francs.

  • 27 janvier 1998, juges perquisitionnent domicile et cabinet d’avocat de Roland Dumas, aussi président du Conseil constitutionnel. Le Monde appelle à sa démission. Libération ensuite. Canard parle d’acharnement…

  • Convoqué pour mise en examen, Dumas excusé pour raisons médicales. L’est donc à domicile, près Bordeaux.

  • Christine Deviers-Joncour publie La Putain de la République > de là accable son ancien ami Roland Dumas en détaillant les cadeaux qu’elle lui offre.

  • En première instant, justice le condamne à six mois de prison. En particulier, a donné une image déplorable de ses hautes fonctions. Mais la cour d’appel le relaxe en 2003, tout en jugeant son comportement « blâmable ».

  1. Roland Cabri a de la visite

  • Poète du Canard : Roland Bacri, dit Roro de Bab el-Oued. En 1944, envoie un poème au concours du premier numéro du Canard Sauvage, un hebdo d’Alger. Remporte 1° Prix. Mais lit avec grand intérêt Canard Enchaîné, où il est sûr d’entrer avant ses trente ans.

  • « Les œufs de l’amour et du hasard », publié au Canard en 1956 après cinq tentatives. Treno lui suggère collaboration régulière.

  • En 1999, alors qu’il est hospitalisé, le Canard le met à la retraite. Bacri signe papier autoriser à rendre ses actions, mais proteste. 41 ans d’ancienneté : négocie revenus retraite.

  • Mais en 2002, Bacri va au prud’hommes pour « non-respect de la procédure de licenciement ». « rupture abusive » et « traitement discriminatoire ».

  • Entre 2005 et 2008, avec aide informaticien, il créé signe « Roland Bacri Point Comme » (rolandbacri.com) pour y diffuser ses poèmes. « Webdomadaire » paraissant chaque samedi.

  1. Les télégrammes de Gorge profonde

  • 2003, lors déclenchement guerre Irak, le Canard publie dizaine de télégrammes diplomatiques et document confidentiel-défense. Fin 2003, ministère des Affaires étrangères porte plainte pour « atteinte à la sûreté de l’État ».

  • L’un de ces télégrammes révèle la volonté de Bush d’internationaliser le conflit. Pas seulement celui d’Irak, mais plus tard Iran et Corée du Nord.

  • Autre révèle tentions entre Pentagone, Maison Blanche et CIA, chacun se renvoyant la balle à propos d’absence d’arme de destruction massive en Irak.

  1. Embuscade en Afghanistan : le vrai-faux rapport

  1. La « brosse à reluire »… les plumes

  • Philippe Tesson, pourtant critique dramatique au Canard de 1970 à 1983, critique par la suite le journal : « L’idée d’un Canard enchaîné libre de toute fonction d’enquête me plait davantage. Je préférerais ses jugements à l’emporte-pièce, sa dérision, ses cris d’humeur. »

  • « Du jour où il a commencé l’enquête, le Canard a opéré une sorte de transgression de sa légitimité, de sa fonction.

  • Chapitre sur critiques littéraires : souvent concernés livres chers et livres « sans prétention », car souci de ne pas froisser le lectorat

  1. Ceux qui font le journal satirique

  • Sur caricatures

  1. Le Canard a-t-il failli ?

  • Dans Préface à Le Canard enchaîné, La V° République en 2 000 dessins, 1958-2008, Michel Gaillard écrit : « La V° République vient d’avoir cinquante ans et le Canard quatre-vingt-treize (mais il paraît beaucoup plus jeune qu’elle!) »

  • Livre retrace toutes les affaires propres au Canard

  • Affaire détournements au sein de la Mutuelle des étudiants. Dès 1997, mise en cause de l’UNEF, SOS-Racisme et syndicats. + Harlem Désir, condamné en 1998 pour salaires fictifs alors que président de SOS-Racisme.

  • 2015 : centenaire du Canard !

  • « Notre constat est dur : le Canard boitille sérieusement à l’approche de son centenaire, en 2015. L’investigation avait mis à mal sa force satirique ; la politique a affaibli ses capacités d’investigation. Il reste aux canards à ouvrir leurs becs, et le journal retombera, nous on l’espère, sur ses pattes. » (p. 486)

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