Les médias sont-ils sous influence ?, Patrick Eveno, Larousse, 2008

Introduction

  • Alain Genestar, licencié de la direction de Paris Match pour avoir fait sa Une sur l’amant de Cécilia Sarkozy, en 2005

  • Audiovisuel financé par redevance ; presse quotidienne par aides de l’État et achats

  • Emile de Girardin, 1830 : premier à faire apparaître la publicité pour financer son journal. Augmenter diffusion par baisse des prix

  • L’un des rares métiers où l’on se critique soi-même et les autres => cela fait vendre du papier

  • Papier : tradition démocratique, celle d’informer avant tout le public. Investigation possible. A l’inverse, TV : 10% seulement du temps d’émission sont consacrés aux infos. L’info y est plus brève et moins analysée

  • 500€ / an pour abonnements et matériel. Presque autant que poste d’habillement, eau, électricité

1 ) Influences politiques

  • Les médias font-ils l’élection ? Royalistes et monarchistes contre liberté de la presse justement pour cela

  • « Chaque matin, l’abonné fait sa provision d’idées et place, pour la journée, dans les cases vides de son cerveau, l’opinion que lui a fourni le journal » (Charles de Monseignat)

  • JJSS parle de « télécratie » = la télé gouverne la démocratie, et ce en 1962, lorsque De Gaulle resserre son influence sur la télé

  • Médias influencent surtout ceux qui hésitent entre plusieurs partis

  • Christian Delporte : La France dans les yeux

  • VGE, avril 1974 : Je voudrais regarder la France au fond des yeux, lui dire mon message et écouter le sien »

  • Mort de Félix Faure en faisant l’amour : journaux hésitaient à en parler ouvertement ! Donc fait relaté au second degré, ce qui est du goût des bourgeois en particulier !

  • De même, on ne parle pas des maîtresses des présidents. La presse veut au maximum écarter vie publique et vie privée

  • Mazarine Pingeot : presse au courant depuis les années 80 ! 1994 : Mitterrand décide lui-même de dévoiler ce passé, ainsi que son passé vichyste

Influences financières

  • TV : se prête peu aux longs discours/monologues : le risque est que le spectateur zappe. L’idéal, ce sont les petites phrases, concises, qui marquent les esprits. Par exemple : « Enrichissez-vous » de Guizot

  • Poste journaliste : coûte 60 à 100 000 euros par an pour l’entreprise

  • Rédaction complète : 30 à 50 millions par an

  • A la Belle Époque, on parle de l’ « abominable vénalité de la presse française »

  • « Presse pourrie aux ordres du capital », 1935, René Modiano, membre SFIO

  • A la Libération, volonté d’indépendance renforcée par des lois. Par exemple, si un titre est dans l’impossibilité matérielle de publier, un titre confrère doit s’en charger

  • Hachette s’est vu refuser plusieurs achats d’organes de presse. Le groupe serait devenu tellement puissant qu’il militerait pour la droite !

  • 1967 : création Fédération Française des sociétés de journalistes => accès des journalistes au capital des entreprises. « Exception culturelle française » car la gestion des entreprises est habituellement gérée par les actionnaires, banquiers, …

  • Le Monde : 1er à rendre ses journalistes actionnaires du titre

  • Crise presse par quotidiens gratuits et internet => cause de l’éclatement du groupe Hersant. Plusieurs titres retrouvés isolés. De là, deux cas :

  • soit inclus dans groupes de presse : L’Équipe chez Amaury ; La Croix chez Bayard

  • soit achetés par secteurs pourtant non spécialisés dans les médias : Figaro par Dassault (avionneur) ; Les Échos par Bernard Arnault (luxe : Hermès, Dior, …)

  • Absence TF1 et Canal + à l’étranger => faible rayonnement français dans le monde

  • Seul Ouest-France dépasse le milliard d’euros en France !

  • Groupes français se spécialisent sur un seul secteur ; pas de diversification faute d’investissement (magazines, quotidiens, radio, télé, …)

  • 2007 : journalistes des Échos refusent achat du journal par Bernard Arnault, estimant qu’il faut parler des entreprises avec neutralité

  • Hubert Beuve-Méry pense que les petits organes de presse, « artisanaux », sont plus influençables que les plus gros

  • 2004 : achat Figaro par Dassault => crainte des journalistes infondées ; le journal s’est même amélioré. De toute façon, le fondateur de ce titre, Hippolyte de Villemessant, clamait que son journal devait rester conservateur, quitte à perdre des lecteurs

  • 1924-1934 : François Coty, directeur Figaro. Vante tellement Mussolini que le titre perd 80% des lecteurs

  • Libération : acheté par Rothschild entre 2005 et 2007. Capitaliste VS journal de tradition contestataire ! Malgré tout, ce rachat sauve le journal de la faillite

  • Rupert Murdoch avoue qu’il influe uniquement sur les tabloïds (The Sun, The New York Times, …). Mais laisse les journaux d’élites définir leur credo

  • Gérald de Roquemaurel : « Le problème n’est pas qu’un groupe de communication soit fort, mais qu’il soit subordonné à d’autres intérêts »

  • A la Libération, presse confiée aux résistants et aux partis politiques. Donc, presse sans capitaux à l’origine, pas pensée comme un marché. La nationalisation de la principale agence de presse les sauve, mais seulement jusqu’aux années 80

  • Relation presse-politique : Alain Peyrefitte, direction du Figaro ; Robert Hersant, député, …

Influences publicitaires

  • 2007 : 18 milliards d’euros investis par annonceurs. Mais publicité inégalement répartie : 100% pour Metro, 80% pour TF1 et M6 ; 5% pour Canal + et l’Humanité

  • Pas publicité dans Canard Enchaîné et Charlie Hebdo, intégralement financés par les achats des lecteurs

  • Le Monde, en 1994, publie un article sur les pratiques douteuses de l’un de ses annonceurs, lePDG d’Alcatel Alshtom. Celui-ci retire ses investissements. Journal privé d’1 million de francs, mais cette amputation n’affecte pas le titre

  • Idem Nouvel Observateur : Bernard Arnault. Celui-ci remet de la publicité dès période Noël

=> Preuve que les publicitaires ont besoin des journaux, et vice versa

  • Autocensure : silence plutôt que critique directe

  • L’Équipe embarrassé si elle doit parler de dopage, d’autant que le groupe Amaury auquel le titre appartient organise également des manifestations sportives. L’Équipe parle d’abord brièvement de « rumeurs » ; puis, dès 1998 et affaire Festina, analyses car c’est ce qu’attendent les lecteurs

  • Radio et télé : publicités interrompent programme = publicité subie ; à l’inverse, dans presse écrite, on est libre de la zapper. De plus, publicité pensée en fonction du lectorat

  • Sociologue Gabriel de Tarde, début 20ème siècle, accuse les récits de crime de la presse de dévolopper la criminalité

  • Publicité influence les lecteurs : anorexie, mode, vêtements, …

  • Médias et publicités accélèrent les évolutions : tabac et apéritif = mode de vie des années 70-80. Désormais, ça nous dégoûte ; alcool : signe valorisant pour l’homme. Désormais dégradant, notamment à cause des accidents de la route, hygiène, dégâts, …

  • Patrick Le Lay, président de TF1, parle en 2004 de « temps de cerveau disponible »

  • C’est dans les pays qui reçoivent le plus de recettes publicitaires (USA, Japon, Allemagne, …) que le lectorat est le plus élevé. Pourtant, Espagne et Italie ont moins de lecteurs mais autant de publicité que les pays ci-dessus.

  • France ne fidélise pas ses lecteurs, perd le sens du marché, …

  • 19ème siècle : journalistes sont littéraires ou politiques, homme d’influence. Au 20ème siècle : salariés

  • ~1930 : désirs de créer un « ordre des journalistes » sur le modèle de celui des avocats ou médecins. Mais revendication abandonnée après Vichy

  • Camus, dans Combat, défend le journalisme d’opinion : élever la nation, produire des commentaires, etc. A l’inverse, Beuve-Méry du Monde défend la presse d’information, destinée à occuper le lecteur. Dans cette confrontation entre eux deux, c’est ce dernier qui reçoit le plus de suffrages de la part des lecteurs

  • « L’audiovisuel ne peut délivrer que des informations validées par la presse écrite, parce que la télé s’adressant au plus grand nombre, elle ne doit pas heurter les convictions »

  • En effet, 24 millions de français regardent les journaux du soir

  • Télé a la presse pour source, notamment lors des revues de presse ou talk-show

  • Affaire du RER D : 9 juillet 2004 à 9h30, une fille et sa mère sont agressées dans le RER D par six hommes de « type africain et maghrébin ». Dépêche AFP publiée le soir. Réactions politiques quelques heures plus tard. Il s’avère que tout est faux ! « Les médias ont été pris au piège par l’authentification émanant de Matignon et de l’Élysée » Les médias n’ont donc pas su vérifier eux-mêmes l’information, notamment en interrogeant les victimes, témoins, entourage, etc. Bref, en ne réalisant pas d’enquête

  • Affaire Outreau : presse a favorisé le fiasco, là encore en n’enquêtant pas

  • « Les journalistes, reflet du monde dans lequel ils vivent, répondent à la demande, mais sans avoir eu le temps ou l’énergie de mettre en place de nouvelles procédures de certification »

  • 23% des 37 000 journalistes sont passés par des écoles reconnues par la profession, ce qui est trop peu pour l’auteur

  • Presse a perdu son côté parisien : fougue, panache, élégance du style…

  • Décryptages médias : rubrique apparue dans les années 80. La construction de l’info est décortiquée et est expliquée au lecteur

  • Serge Halimi : Nouveaux Chiens de gare (1997)

  • 2002 : ce n’est pas Le Pen qui a monté (+ 200 000 voix par rapport à 1995), mais Jospin qui a chute (- 2,5 millions)

En conclusion : regrette que le journalisme d’investigation et l’enquête ne soient plus à la mode dans la presse française

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