Sauver les médias, Julia Cagé, Seuil, 2015

  • 18_ Culture : rapporte 3,2 % au PIB français, soit sept fois l’industrie automobile. Emploie directement et indirectement 670 000 personnes, soit 2,5 % de l’emploi total

  • 19_ « On compte en France près de deux fois plus d’enseignants-chercheurs que de journalistes, et tout indique que cet écart est appelé à se creuser si les tendances actuelles se poursuivent. Alors qu’entre 1992 et 2013, les effectifs d’enseignants et d’enseignants-chercheurs ont augmenté de plus de 67 %, le nombre de journalistes n’a augmenté que de 38 % (une progression très inégalement répartie suivant les médias). »

  • 23_ « … pour reprendre la définition du régime juridique de la presse – définition importante, puisqu’elle ouvre droit à un certain nombre d’aides publiques –, une information est un contenu original « présentant un lien avec l’actualité et ayant fait l’objet d’un traitement à caractère journalistique ». C’est d’abord le travail de journalistes qui transforme un « fait » en information. Et c’est d’ailleurs le premier enjeu de la définition de l’information. Définir l’information, c’est définir ceux qui la produisent : les journalistes. A l’heure de la culture numérique, de l’information en temps réel, des blogs et des réseaux sociaux, on lit parfois – à tort – qu’il y a autant de journalistes que d’internautes. Et l’on oublie que journaliste, c’est un métier. »

Du print vers le web

  • 31_ « En France, au journal Le Monde, un plan de mobilité interne (qui a d’ailleurs coûté la tête à la direction en mai 2014) visait à supprimer une cinquantaine de postes du papier, soit près d’un sixième de la rédaction, pour les redéployer en interne sur le site Internet. »

  • 31_ « Le papier est sans doute appelé à disparaître, ce qui n’est pas en soi un problème. Pas plus que n’est un problème le fait que de plus en plus d’individus écoutent le journal en podcast ou en replay, plutôt que d’assiter religieusement à la lesse du vingt heures. Peu importe comment l’information est consommée. Peu importe le support. D’ailleurs, en France, il a été reconnu en 2009 que la presse n’est pas réductible à un support unique, le papier, mais liée à un contenu éditorial, dont le numérique est un support légitime. »

  • 33_ « De fait, le coût d’un journaliste d’investigation peut s’élever à plus de 250 000 dollars par an pour un média, en salaire et en dépenses, alors que ce journaliste ne produira que relativement peu d’articles. »

  • 36_ « … il est essentiel de savoir dans quelle mesure la production de contenus en ligne est venue se substituer à la diminution de la pagination. Une part croissante des contenus est en effet aujourd’hui réservée au numérique, pour des raisons stratégiques visant à augmenter le trafic sur Internet, mais aussi pour des raisons de coût. Augmenter le nombre de pages d’un journal papier, indépendamment de l’effort fourni par les journalistes, c’est augmenter son coût de production (le coût d’impression et notamment du papier, ainsi que le coût de distribution) là où le coût marginal de la publication d’un article en ligne est nul. »

  • 43_ « Agiter le bâton dans l’auge à cochons » (George Orwell à propos de la publicité)

  • 50_ « Peu importe le nombre d’exemplaires vendus, le nombre de journalistes nécessaires à la production du journal reste plus ou moins le même. »

  • 57_ « … on constate que l’entrée d’un journal – et la baisse de l’information produite provoquée par cette entrée – entraîne une baisse de la participation politique aux élections municipales. Concrètement, la baisse historique de la participation au cours des dernières décennies a été significativement plus marquée dans les départements où la concurrence était plus forte. Même s’il faut rester prudent, ces résultats suggèrent que l’augmentation générale de la concurrence dans les médias (tous supports confondus) peut expliquer une part non négligeable du déclin de la participation politique aux élections. Pourquoi ? Parce que cette augmentation de la concurrence a entraîné un émiettement des rédactions et – mécaniquement – une baisse de la quantité d’information produite par chacune de ces rédactions prise individuellement. Moins bien informés, un certain nombre de citoyens ont fait le choix de se détourner des urnes. »

  • 81_ « Les médias d’information doivent donc dépasser la seule loi du marché, car la course aux profits les conduit à oublier leur objectif premier : la fourniture d’une information indépendante et de qualité. Disons-le tout net : ils ne devraient pas être cotés. »

  • 85_ « Ce livre… propose de créer un nouveau modèle pour les médias : un statut de « société de média à but non lucratif », intermédiaire entre fondation et société par actions. »

  • 92_ Ouest-France, premier quotidien français, détenu par association loi de 1901 à but non lucratif depuis 90’s. Structure à trois niveaux :

    • loi de 1901 (Association pour le soutien des principes de la démocratie humaniste), qui contrôle le capital de la société civile SIPA

    • société civile SIPA, qui souscrit à l’intégralité du capital de la société anonyme (SA) Ouest-France et qui possède également d’autres sociétés, comme Publihebdos

    • SA Ouest-France, qui exploite le journal

  • 93_ En 2008, création, dans le cadre de la loi de modernisation de l’économie, d’un nouveau statut, le « fonds de dotation » => réductions d’impôt. Modèle que vise Mediapart.

  • 98_ « La société de média que je propose dans ce livre est un modèle hybride. Il s’inspire en partie du modèle des grandes universités internationales, conciliant activité commerciale et non-lucrativité. »

  • 108_ « La société de média vise donc à limiter la toute-puissancedestrès gros actionnaires. Elle est aussi et surtout un levier permettant aux actionnaires petits et moyens d’agir et de relever les défis du journal auquel ils sont attachés. Il est important de souligner que la société de média n’est pas pour autant habitée par l’illusion coopérative de l’égalité absolue et rigide entre salariés (« un salarié égale une voix »). »

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