Introduction à l’économie de l’innovation, Université de Bordeaux

SEMAINE 1 : Qu’est-ce que l’innovation ? Pourquoi innover ?

De quoi parle t-on ?

  • Innover = vient du latin inovare = revenir à ; introduction de quelque chose de nouveau dans le droit (puis autres domaines)

  • Aujourd’hui, lien avec processus créatif. Au XXe siècle, synonyme d’ « invention » ; « innovation » utilisé dès 1950 et vulgarisation scientifique

  • Inventeur peut trouver quelque chose de nouveau sans innover : si pas de valorisation économique (dit Schumpeter), … => « brevet d’invention » protège les inventeurs, non les innovateurs

    • Ex : 1901 : Louis Lépine (préfet), prix du même nom

  • Sociologie de l’innovation : s’intéresse aux conditions socio-économiques ou scientifiques d’apparition d’innovations (ex : rôle des utilisateurs)

  • Michel Callon : s’intéresse au cheminement des innovations

  • Dès XIXe siècle, Histoire s’intéresse à innovation : surtout révolution industrielle, crise 1929, …

  • Management de l’innovation : étudie moyens et méthodes pour innover

  • Géographie de l’innovation : où créé t-on, et pourquoi là plutôt qu’ailleurs ?

Les types d’innovation

  • Théorie de l’évolution économique, écrit Schumpeter en 1911. Parle de « destruction créatrice »

    • « Le nouveau ne sort pas de l’ancien, mais à côté de l’ancien, lui fait concurrence jusqu’à lui nuire »

    • « Entrepreneur innovateur »

    • « Innovations radicales » ou de rupture : comme la machine à vapeur ; si bouleverse tous les domaines industriels, scientifiques, …

  • Schumpeter propose 5 types d’innovation :

    • introduction de nouveaux produits : réfrigérateur

    • le Fordisme : travail à la chaîne / économies d’échelle

    • ouverture de nouveaux marchés : émergence d’internet, économie collaborative

    • développement de nouvelles sources d’approvisionnement : charbon, pétrole, désormais schiste

    • nouvelles structures de marchés : exemple, concurrence entre taxis et VTC ; un marché arrive et en bouleverse un autre

  • « Innovations frugales » = innover tout en économisant les ressources rares ; intérêt des populations exclues

  • « Innovations low-cost » = Ryanair

  • Innovations environnementales : éoliennes, photovoltaïque, …

Le processus de l’innovation

  • Modèle linéaire : recherche fondamentale > recherche appliquée > recherche / développement > marchés

    • modèle oublie que l’innovation ne vient pas uniquement des connaissances issues de la recherche

    • ajouter : créativité et apprentissage

  • « La créativité, c’est l’intelligence qui s’amuse » (Einstein)

  • Deux visions de la créativité :

    • processus autonome et lié à chaque individu

    • combiner disciplines entres elles (dit Herbert Simon)

  • Connaissances = carburant de l’innovation. Importance du capital humain et biens immatériels. Sont de deux types :

    • tacites : vécu personnel ; compétences innées ; expérience acquise

    • explicites : codifiées ; connaissances transférables, stockées, …

  • Modèle avec interactions: modèle inspiré de Kline et Rosenberg

  • Bases de connaissances (recherche, savoir-faire, …) > Invention > Conception détaillée et essais > Re-conception ou conception finale > Production > Marchés / usages

  • Dans ce modèle, les bases de connaissances viennent aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur de l’entreprise

  • Henri de Saint-Simon : philosophe et économiste, à l’origine de la doctrine « le progrès par l’industrie »

    • Romantisme s’oppose à cette conception

SEMAINE 2 : Comment s’approprier l’innovation

S’approprier l’innovation

  • Pour l’économiste K. Arrow, 1962, les failles du marché favorisent l’innovation en permettant aux entrepreneurs d’investir des marchés inexplorés ; mais le risque de copie n’incite pas à investir

  • Garder une connaissance secrète le plus longtemps possible : Chine avec sa soie

  • Code de propriété intellectuelle (CPI) = « ensemble des droits exclusifs accordés sur les créations intellectuelles à l’auteur ou à l’ayant droit d’une œuvre d’esprit »

  • Elle comporte deux branches :

    • artistique et littéraire : droit d’auteur (musique, littéraire, publicité, dessin technique) ; ont droit moral et droit patrimonial ; droit automatique sans démarche, mais certains intermédiaires (SACEM pour musique)

    • industrielle : marque commerciale, appellation d’origine ; certificat d’obtention végétale (semence, …)

  • Brevet : on le date de 1474 ! Le déposer, c’est divulguer une information au public ; publication 18 mois après premier dépôt ; s’agit d’un titre de propriété intellectuelle

    • Ce n’est pas l’innovation qui est brevetée, mais l’invention !

  • Pour médicaments : commercialisation peut-être limitée par des autorisations de mise sur le marché (AMM)

Le mécanisme des brevets

  • Brevet : valable pour un pays, mais système d’extension possible

  • Brevet unitaire Européen, mis en place en 2014, s’applique aux 25 États membres participants. Délivré par l’Office européen des brevets

  • Siège établi à Paris, antennes à Londres et Munich

  • Europe et Canada : le système de brevet fait foi

  • USA et Japon : système du monopole du premier inventeur. Délai de grâce pour se faire connaître : 1 an aux USA

  • Exceptions à la brevetabilité :

    • théories scientifiques (découvertes)

    • créations esthétiques et artistiques

    • inventions contraires aux règles morales et à la dignité humaine

    • méthodes de traitement chirurgical et thérapeutique

    • clonage des êtres humains

  • Brevetabilité du vivant : OGM, animaux, …

  • Coûts de transaction liés au dépôt du brevet (licensing)

  • Coûts lités à l’usage restrictif de nouvelles technologies

  • Patentig = processus de dépôt de brevet

  • Certaines industries ne brevettent pas du tout : nucléaire, défense, …

    • De même, certaines firmes entretiennent un mythe de secret industriel (Coca, Apple, …)

Le marché des brevets

  • Marché « illiquide »

  • Valeur des brevets dépend des autres brevets

  • Fossé entre détenteurs de portefeuille et inventeurs : ces derniers sont souvent vulnérables, car possèdent peu de ressources pour des recours contre de grandes firmes

  • « Patent Troll » = personne morale sans activité. Ces sociétés acquièrent des brevets pour obliger d’autres sociétés, sous la menace de recours juridiques, à leur verser des royalties

    • S’attaquent d’abord à des titres de propriétés avec failles intrasèques (ambiguïté de traduction, faille juridique)

    • Recours contre eux coûte en moyenne 400 000$ !

SEMAINE 3 : Entreprise et innovation

Pourquoi une firme innove t-elle ou pas ?

  • Très coûteux ! Risque commercial => les clients ne sont pas au rendez-vous

  • Phagocytage : le nouveau produit fait de l’ombre aux anciens produits d’une même firme ; au lieu d’être un complément de donc de ramener plus chiffre, … De plus, les nouveaux produits rebutent les clients

  • Risques sociaux dans l’organisation du travail. Précédents : fordisme et taylorisme. Puis appel aux ruraux, aux immigrés, …

  • Avantage dynamique du first mover : celui qui le premier commercialise une innovation ; souvent, son produit apparaît comme le standard ; il impose le marché, donne le la

    • accumulation d’expérience en interne. Par exemple, la Renault Espace, en 1984, mène à d’autres d’innovations dans les monospaces

  • Parfois, l’innovation est contrainte : imposée par la concurrence, les consommateurs, les contraintes réglementaires, …

Quelles sources à l’innovation de l’entreprise

  • Deux modèles :

    • Techno(logy) push : le plus répandu ; science et technique à la source

    • Demand pull : réponse à la demande ; besoins des consommateurs

Techno push

Pour Schumpeter : découverte scientifique > application technique > déploiement commercial

  • Transfert technologique (locomotive utilise la machine à vapeur ; lecteur CD alors que le laser servait à la découpe)

  • Modèle exogène car trouve sa source hors de la sphère économique

  • Justifie de fortes ressources en R&D

Demand pull

  • Le besoin du consommateur (need-pull) prime => l’entreprise innove pour répondre à un besoin

  • Jacob Schmookler note que l’innovation est davantage stimulée par la demande que par l’avancée des connaissances

  • Ce modèle ne justifie pas les demandes radicales

  • Inexistence du besoin pour un produit inexistant… Le produit créé le besoin !

  • « Lead user » (Von Ippel) => utilisateur testeur

Modèle d’innovation de Kline et Rosenberg (1986)

Quelles compétences pour innover ?

  • Compétence = ressources immatérielles, acquises, plus individuelles que collectives ; élément de performance ; relié au concept d’apprentissage ; savoir-faire et savoir-être

  • 73 compétences, regroupées dans 9 compétences « complexes » :

Quel mode de financement pour l’innovation ?

  • Coûts irrévocables : cash flows négatifs à court terme pour un rendement incertain à long terme

  • Un fois le financement accordé, le client de la banque peut utiliser son prêt pour autre chose (= « aléa moral »)

  • Autofinancement, mode de financement privilégié de la R&D, du fait du rationnement du crédit = avantage pour grandes entreprises, qui plébiscitent cette manière

  • Financement également par des sociétés de capital-risque (venture capital) => intermédiaires financiers apportent soutien multiforme. A l’origine des succès de la Silicon Valley. Mais on dénonce les « contrats léonins »

  • Développement de marchés boursiers spécialisés => NASDAQ (1971), sert d’abord d’anti-chambre au New York Stock Exchange (Wall Street), devenu une porte de sorte privilégiée pour les capital-risqueurs

    • Imité : Nouveau Marché (1996), Alternext (2005)

  • Financements publics aux entreprises innovantes :

    • crédit impôt recherche

    • fonds publics de capital-risque et fonds souverains

    • avances remboursables et crédits à taux zéro

SEMAINE 4

L’oligopole à frange, une structure innovante spécifique ?

  • Oligos = marché où le nombre d’offreurs est réduit à quelques très grandes entreprises

  • Dans l’édition musicale, 3 Majors seulement : Sony Music, Universal Music et Warner Music (75% du marché mondial)

    • Le reste = labels indépendants ; permet variété du monde musical

  • Oligopole à frange également possible dans les industries de haute technologie, pharmaceutiques, informatiques, numériques, …

    • Notamment rachat de start-up innovantes

S’allier pour innover

  • Entreprises concurrentes s’associent. Par exemple, véhicules identiques mais n’appartenant pas au même groupe

  • Coopétition : néologisme pour nommer le paradoxe de coopération entre concurrents

  • Simple contrat ou filiale commune

  • Pourquoi ?

    • Complémentarité technologique : Mercedes / Bosch / Bayern Chemie pour les airbags automobiles

    • Complémentarité économique et commerciale : Sony (Japon), Philipps (Europe) pour le marché du CD audio dans les années 80

    • Permet économie d’échelle car empêche doublon dans R&D

    • Partage des coûts et des risques (intérêt à échouer avec son concurrent !)

  • S’associer pour créer le futur standard technologique du nouveau marché

  • Alliances défensives

  • Alliances offensives pour modifier la structure du marché au bénéfice des suiveurs. Exemple de la victoire de l’alliance VHS contre Sony

  • Victoire de la norme VHS sur le Bentamax conçu par Sony => démontre l’intérêt des consortiums technologiques

  • Plusieurs affrontements depuis les années 70 entre les consortiums high-tech. En 2008, éviction de la norme HD-DVD (Toshiba-Microsoft) par le consortium Blu-Ray de Sony

S’ouvrir aux autres pour innover ? L’innovation ouverte ou distribuée

  • « Innovation ouverte » = idée que les innovateurs ne peuvent plus être solitaires et secrets => idée d’ouvrir des partenariats (entreprises, universités, fournisseurs, centres de recherche…)

  • « Outside-in » :

  • « Inside-out » :

  • Outside-in : efficacité du nombre : « Loi de Linus » = le nombre d’intervenants diminue le temps de règlement d’un problème ; précieuse contribution des usagers ; variétés des solutions proposées par les usagers, solutions auxquelles n’ont pas pensé les entrepreneurs ; faible coût de l’open sourcing

  • Inside-out : au contre du monde des affaires (start-ups) ; effet de bifurcations stratégiques (Unix, Netscape/Mozilla)

Quelle structure de marché optimale pour l’innovation ?

  • Deux conceptions :

    • concurrence forte : entre entreprises de taille réduite

    • concurrence limitée : monopole ou oligopole

  • Grande entreprise a une meilleure capacité d’investissement : de même, les banques font davantage confiance (autofinancement + attractivité)

  • « Masse critique » = niveau minimum d’investissement de R&D

  • Meilleure gestion de l’incertitude (diversification favorable à l’utilisation des retombées)

SEMAINE 5 :

Le processus de diffusion et la diffusion des innovations

  • Adoption : décision que fait le consommateur d’acheter un nouveau produit ou d’investir dans une nouvelle technologie (processus individuel)

  • Diffusion : comment l’innovation se propage à l’échelle de la région, du pays, dans les ménages, … (processus collectif). Similarité avec, par exemple, propagation d’une maladie contagieuse, rumeurs, émeutes, …

    • Diffusion prend du temps (« non-instantanée »), est souvent « sigmoïde » ; diffusion d’un objet varie selon groupes sociaux, régions géographiques, …

Diffusion des innovations : le rôle des médias

  • Information interne : le modèle épidémique

Technologies concurrentes et rôle des standards

  • Innovation = compétition. Soit ancien / moderne (machine à écrire / ordinateur), soit entre plusieurs nouvelles technologies incompatibles entre elles (Apple / Android)

  • Phénomène-clé = standardisation. Le succès d’une technologie sur une autre passe par la diffusion de leur standard

  • Externalité :

    • négative : l’effet externe procure un dommage au destinataire, ce dernier n’étant pas compensé (ex : pollution)

    • interne : l’effet interne procure un avantage au destinataire, sans que le sujet dont il vient soit récompensé

  • Externalités de réseaux :

    • directes : comme réseaux sociaux Facebook. Chaque nouvel adhérant au réseau augmente de façon immédiate l’utilité de tous les autres adhérants

    • indirectes : typiques de technologies complexes : combinaison hardware et software. Exemple des applications de smartphone, qui exploitent les systèmes connus, Android et Apple

  • L’un des dangers de la standardisation est le pouvoir monopolistique : Microsoft, Google… Peut imposer des contraintes fortes : copyright, …

Diffusion des innovations : économie de l’adoption

SEMAINE 6 :

Les lieux de l’innovation : introduction

  • Clusters industriels : naissance et persistance des entreprises actives dans un même secteur. Au centre des politiques de développement local

  • Ex : Silicon Valley, en Californie, spécialisé dans les nouvelles technologies de communication

  • En France, on parle de « pôles de compétitivité »

Le rôle des villes et de la diversité

  • Villes, lieux par excellence de mixité des connaissances, cultures et fréquentations. Attirent de nouveaux habitants, nationaux ou étrangers, contribuant ainsi à favoriser la diversité des idées

  • Jane Jacobs, urbaniste. Rappelle importance du capital humain dans l’économie

  • A l’inverse, Marshall distingue centre et périphérie. Explique que les fabriques se construisent dans les faubourgs des grandes villes et dans les régions manufacturières avoisinantes, plutôt que dans les villes elles-mêmes. Raison = coût des loyers, …

  • Jacobs vs. Marshall : mauvaise idée d’opposer la spécialisation à la diversité, comme si la première était la négation de la dernière. Il y a au contraire un continuum des situations : les secteurs sont souvent liés les uns aux autres

L’agglomération par sélection

« Path dependency » et « New Economic Geography »

  • Deux théories qui ont en commun : l’accent sur les facteurs aléatoires et leurs interactions avec les externalités positives marshalliens ; pas d’accent sur la culture et la politique locale en tant que facteurs décisifs

Externalités et spécialisation

  • Alfred Marshall : dans Principes d’économie politique, il écrit : « Lorsqu’une industrie a ainsi choisi une localité, elle a des chances d’y rester longtemps. »

    • « Des industries subsidiaires naissent dans le voisinage »

    • « Une industrie localisée tire un grand avantage du fait qu’elle ait constamment un marché pour un genre particulier de travail… »

  • 1970, concept de « district industriel marshallien » => résilience inattendue des clusters de petites et moyennes entreprises italiennes face à la crise de la grande industrie

    • naissance de clusters high-tech, tels que la Sillicon Valley, à partir de la prolifération d’entreprises fondées par des entrepreneurs sans grands moyens mais dont les idées sont très innovantes

  • 1970′ : aussi crise macro-économique ayant des conséquences sur les grandes entreprises « fordistes »

    • Faillite des politiques de rattrapage régional confiées aux grandes enteprises (Italie) et déclin des régions traditionnelles de la grande industrie (France, Angleterre, USA)

  • Succès des districts italiens : division du travail et cohésion sociale :

    • pallier le manque d’économie d’échelle au niveau des entreprises en les réalisant au niveau des districts : fort rôle des fournisseurs locaux ; connaissances tacites accessibles seulement à l’intérieur du district

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