Philosophie et mode de vie de Socrate à Pierre Hadot et Michel Foucault, Université Paris 10 – La Défense

SEMAINE 1

Qu’est-ce que la philosophie ?

  • QU’EST-CE QUE ? = question de l’essence liée à celle de la finalité de la chose considérée : POURQUOI CELA EST ?

  • « Le discours philosophique doit être compris dans la perspective du monde de vie dont il est à la fois le moyen et l’expression », Pierre Hadot (Collège de France)

Lien philosophie et mode de vie

  • Articulation discours / mode de vie structure philosophie tout au long de l’Antiquité. S’applique différemment selon école philosophique. Elle permet une approche renouvelée de la philosophie

  • « Une vie sans examen ne vaut pas d’être vécue », Platon

  • Dans Lettres à Lucilius, Sénèque : « Elle forme l’âme, elle la façonne, ordonne la vie, règle les actions, montre ce qu’on doit faire et ne pas faire, prend place au gouvernail et dirige au milieu des écueils la course du navigateur. »

Problématique des types de vie

  • Etablir les raisons de la supériorité du mode de vie philosophique sur les autres

  • « Ethique à Nicomaque », Aristote distingue trois types de vie :

    • la vie de jouissance

    • la vie politique ; « Les gens cultivés, et qui aiment la vie active, préfèrent l’honneur, car c’est là à tout prendre la fin de la vie politique »

    • la vie contemplative / théorétique

  • Eventuellement quatrième genre de vie : vie de l’homme d’affaire = vie de contrainte, un moyen en vue d’une autre chose

Problématique du souci de soi

  • « Connais-toi toi-même »

  • Le Bien pour soi : la philosophie permet de le réaliser par un travail sur soi, avec concours des autres ou non

Problématique de l’articulation savoir/vie, de la nature du savoir (pratique / théorie) et des exercices spirituels

  • Praxis / theôria

  • Pierre Hadot à propos des exercices spirituels, « toutes destinées à opérer une modification et une transformation dans le sujet qui les pratiquait » :

    • physiques : régime

    • discursif : dialogue

    • intuitif : méditation

Problématique des voies éthique et politique

  • Ethique : voie du Bien, la plus accordée à la vie philosophique car amène à nous améliorer, celle que suit Socrate

  • Politique : n’est pas forcément l’opposé de l’éthique ; art de gouverner

Conclusion

  • Eros : mouvement de l’arrachement

  • Askèsis : un travail de soi sur soi (> ascèse)

SEMAINE 2

Philosophe, philosopher, philosophie

  • Sophia : avant de désigner sagesse, désigne le savoir
  • Philo : pas amoureux de, mais familier de, pratique ceci…
  • Goût du savoir, amateur du savoir ; ou celui qui a acquis du savoir et qui l’exerce avec art
  • Socrate oppose la condition de l’homme et son désir inassouvi de savoir, et la condition divine et la possession de ce savoir

La place cruciale du couple Socrate-Platon dans la constitution de la philosophie et sa compréhension comme mode de vie

  • Elan philosophique : « Se rendre semblable à Dieu dans la mesure du possible » ; « Devenir juste et pieux avec l’accompagnement de la pensée »

comme mode de vie avant Socrate : Pythagore

  • « Pythagore est donc celui qui, le premier, entreprit de parler de la vertu, mais il le fit de manière incorrecte. En remenant les vertus aux nombres, ils forgea une théorie qui leur était inadéquate : ainsi, la justice n’est pas un ‘nombre au carré’. » (Grande Morale)

L’enjeu essentiel de la connaissance : Parménide, Empédocle

  • Savoir approche du divin ; ignorance approche de l’errance

La réflexion d’Empédocle sur la condition humaine : le salut par le savoir et la réforme radicale des vies

  • La perception, sensible comme intellectuelle, de l’unité de toutes choses et du caractère sacré du vivant
  • Proscrire du meurtre du vivant ; s’abstenir de se nourrir de sa chair (végétalisme!)

Le sens du cynisme

  • Anecdote sur le mode de vie des philosophes : Thalès tombe dans un puits alors qu’il regarde les étoiles
  • Pratique philosophique la plus remarquable : le cynisme. Attitude désabusée et provocante, contre valeurs morales. Il piétine la convenance
  • Cynique vient de kuôn, le chien. Diogène de Sinope (habitant dans une jarre), Cratès, etc.
  • Cynisme philosophique car :
    • vie menée dans l’indigence, en dehors de la cité
    • conteste le pouvoir et les mœurs dominantes
    • recherche d’une vie fondée sur la nature
  • Cynisme s’oppose à la pratique philosophique longue, basée sur le savoir ; prône chemin le plus court

Le cynique : un « Socrate devenu fou »

  • Personnage excessif : pauvre, sale, hirsute, grossier. Manger sur l’agora (interdit), se masturbe en public
  • Pas contre l’homme, mais contre l’autorité, les conventions sociales, la famille, … Dénonce ce qui n’émane pas de la nature. Profite des affaires et scandales pour dénoncer la société pseudo-parfaite
  • Il déclare arpenter la « cité du monde » = se veut cosmopolite. Diogène Laërce : « La seule vraie citoyenneté est celle qui s’exerce dans l’univers »

L’ascèse cynique

  • « Le cynisme est un raccourci vers la vertu » (Diogène)
  • Voie longue : vie contemplative et théorétique
  • Voie courte : exercice quotidien et pratique
  • Une chrie : anecdote, historiette, courte sentence. Exemple : « Ote-toi de mon soleil ! » / « Cesse de me faire de l’ombre »
  • Double ascène :
    • psychique : modestie, …
    • physique : autosuffisance, se dépuiller des biens personnels, frugalité, prendre modèle sur le règne animal

SEMAINE 3

Introduction

  • « Lorsque le rapport entre la manière de vivre et la manière de dire est harmonieux, c’est à ce moment-là que j’accepte le discours » (Michel Foucault)

Le Gorgias (Platon) : l’aller-retour de la rhétorique à la justice

  • Art de bien parler = sujet de Gorgias et sujet du premier dialogue. Mais ce thème petit-à-petit remplacé par la justice.
  • Mythe du jugement des âmes après la mort.

Voie ordinaire, voie sophistique, voie philosophique

  • Discours (logos) signifie à la fois :
    • simple usage de la parole sans considération de vérité
    • argumentation du raisonnement qui vise le vrai
  • Vie excellente (aretê) :
    • réussite sociale (gloire, richesse)
    • être le plus conforme à sa nature humaine (morale)

Les paradoxes socratiques et leur justification

  • Morale des Anciens prône bonheur (eudémoniste)
  • Morale des Modernes prône devoir (déontologie)
  • Socrate dit que « tout homme cherche le Bien »… par l’un de ces deux moyens. Estime que ce qui est bien pour nous est le bien moral
  • Paradoxe 2 : on ne commet d’injustice que contre son gré => celui qui est injuste est malheureux
  • Ce qui nous semble bon n’est pas forcément ce que l’on veut réellement
  • Bonheur dans Justice ou Plaisir ?!

Introduction : philosophie comme mode de vie

Aristote et la question des genres de vies

  • Il se demande pourquoi le crabe marche de travers, comment se forme un arc-en-ciel. Pas de spiritualité, mais curiosité et appétit de connaître
    • Ecole d’Aristote : le Lycée

Quel genre de vie faut-il choisir ?

  • « Activité architectonique », dit Aristote : désigne l’activité qui ordonne toutes les autres. Celle en vue de quoi nous faisons tout ce que nous faisons. Elle justifie notre existence.
    • Pour lui, science suprême = politique. A pour objet choses belles et justes. Elle a pour fin, non la connaissance, mais l’action
  • « Sont désirables en elles-mêmes les activités qui ne recherchent rien en dehors de leur pur exercice. Telles semblent être les actions conformes à la vertu, car accomplir de nobles et honnêtes actions est l’une des choses désirables en elles-mêmes » (Ethique à Nicomaque)

Thomas d’Aquin, dans les pas d’Aristote

  • Pour lui, conception chrétienne de la sagesse : bonheur dans le Paradis et plus grand plaisir possible dans la « vision de Dieu »

La vertu de l’homme

  • Vertu = activité rationnelle théorique et pratique
  • Meilleure partie de nous-même : l’intellect :
    • connaissance pure, toute intellectuelle : sagesse
    • dite dia-noétique, portant sur les objets singuliers et visant l’action : prudence
  • La vie de contemplation est la vie la plus heureuse, certes, mais cette vie est la vie humaine en tant qu’elle s’identifie à la vie divine

L’héritage d’Aristote

  • Aristote dit que « Dieu est une pensée pure »
  • Il dit que l’intelligence est la partie la plus divine de l’être humain. Pensée pure touche le divin
  • C’est par contemplation intellectuelle et philosophique que l’homme peut connaître le bonheur le plus grand
  • C’est par union avec « intellect-agent » que l’homme se rend semblable à Dieu (« car il est d’une certaine manière tous les êtres et il les connaît tous de quelque manière ») => sorte de lumière de la raison qui illumine le monde

SEMAINE 3

Introduction : Epicure ou la libération et le bonheur de l’homme par la philosophie

  • Ecole d’Epicure : le « Jardin », créé en 306 avant J-C
  • Epicurisme soutient que notre recherche de savoir satisfait notre désir fondamental, celui d’être heureux
    • Philosophie comme art de vivre bien que repose sur savoirs théoriques
  • Constat des souffrances humaines : physiques ou mentales. Ne sont pas guéries par religion, ni biens matériels, …

Les angoisses fondamentales et le « Quadruple-remède » (tetrapharmakos)

  • Troubles de l’âme :
    • ce que nous avons, nous craignons de ne plus l’avoir
    • revers de fortune perçue comme malheur : on devient incapacle de sentiment positif
  • Quadruple-remède = « Le dieu n’est pas à craindre, la mort ne donne pas de souci, et tandis que le bien est facile à obtenir, le mal est facile à supporter »
    • Epicure suppose que ce quadruple-remède

L’étude de la nature et les critères de vérité

  • Epicure s’assume autodidacte : fait fi des doctrines lui précédant. A découvert la voie de la vérité tout seul. Ne s’appuie ni sur logique, ni sur dialectique, mais sur une canonique (« tige de roseau », ou kânon)
  • Critères de vérités :
    • sensations
    • pré-notions : à partir de la répétition de ces sensations
    • plaisir (pré-notion = bien) et douleur (pré-notion : mal)
  • Arguement dit « des berceaux » : nous savons dès la naissance ce qui est bien et mal
  • Epicure élabore son étude de la nature à partir de cela :
    • ataraxie : état de félicité, absence de trouble, état d’apaisement
  • « Le tout est constitué de tout et de vide »
    • Un monde est un vaste agrégat d’atomes et les mondes sont en nombre illimité
    • L’âme est constituée d’atomes d’un type particulier, très petits et mobiles

Les effets pratiques de l’étude de la nature

  • « Nous sommes nés une fois, mais deux fois ce n’est pas possible, et il faut pour l’éternité ne pas être : toi, qui n’es pas demain, tu diffères ta joie ; mais la vie périt par le délai, et chacun de nous meurt à se priver de loisir » (Sentence Vaticane 14)
  • Douleurs du corps peuvent être compensées par plaisirs de l’esprit
  • « Que personne, parce qu’il est jeune, ne tarde à philosopher, ni parce qu’il est vieux, ne se lasse de philosopher : car personne n’entreprend ni trop tôt ni trop tard de garantir la santé de l’âme »

Le stoïcisme : un exerce pour devenir soi

Que signifie « rester stoïque » ?

  • Le sage doit traverser l’existence avec calme et tranquillité, et non pas avec le calme froid du marbre. Il ne méconnait pas le monde, il en use à sa convenance et s’y promène le cœur content

Comment faire pour « rester stoïque » ?

  • Distinguer la chose (objective) et sa représentation (subjective), cette dernière étant souvent objet de crainte
    • Puisqu’on ne peut changer l’ordre des choses, on peut au moins en changer la perception et nos désirs
  • Une âme pervertir est incapable de bien utiliser son savoir, parce que l’émotion et les sentiments alternent les connaissances

Méditer sur soi : en quel sens ?

  • Stoïcien se définit par les valeurs qu’il porte et le travail qu’il a réalisé sur lui-même
    • Marc-Aurèle, Ecrits pour lui-même. Il médite pour affronter un combat contre la Fortune et contre lui-même

SEMAINE 4

Introduction : le Scepticisme

  • Position de ceux qui ne font pas de choix. Estiment que les preuves des uns ne sont pas décisives

  • N’est pas vraiment une position philosophique, car celle-ci s’énonce… par un choix ! Cependant, moyen de vivre

Le scepticisme aux marges de la philosophie conçue comme fondement d’un mode de vie ?

  • Hadot rapproche Pyrrhon de Socrate et des cyniques ! Car exercice de transformation du mode de vie. Considère « retour naïf à la réalité »

  • Scepticisme comme attitude d’examen qu’on déploie dans le domaine du savoir sans implication pratique. A L’INVERSE, cynisme centrée sur attitude pratique et s’articule autour d’une incuriosité et une indifférence théorique et acceptation de quelques principes fondateurs (voir Michel Foucault).

L’obtention de la voie bonne

  • Scepticisme de Pyrrhon (pyrrhonisme)

  • Scepticisme de Sexus Empiricus (académisme)

  • Conflit des apparences => incohérence => trouble, inquiétude => l’individu veut résoudre ces apparences, donc recherche du vrai dans une perspective éthique, celle d’obtenir la tranquillité

  • Le scepticisme souligne la difficulté du vrai plus qu’il cherche à le révéler

  • Pour Académiciens : examen précis de la situation doit conduire à une approximation : le raisonnable ; le convaincant

  • Pour Pyrrhoniens : si l’on ignore si l’on a atteint le vrai, comment pourrait-on savoir que l’on a atteint ce qui s’en rapproche ? Rester au niveau des apparences, sans leur attribuer ni bon ni mauvais, ni vrai ni faux

Conclusion

  • Scepticisme, philosophie moins par discours de vérité que par perception du monde. Stipule que recherche de vérité trouble la vie des hommes ! L’homme pourrait donc être réduit à son instinct animal puisque n’agit pas sur le monde

    • D’un autre côté : maîtrise de soi, contrôle de ses désirs

Introduction : Plotin : la connaissance comme réalisation du véritable soi

  • Né en Egypte, IIIe avant JC (Antiquité tardive). Père du néo-platonisme.

  • Trois sphères selon Plotin : l’Un, l’Intellect et l’Ame

  • Pratique d’intériorisation et de contemplation : « exercices spirituels », au sens strict du terme !

Un rapide tour d’horizon de la métaphysique plotinienne

  • L’Un, le Bien, le Simple : en référence au « premier » de La République de Platon. Source, réalité première. Image du Soleil (allégorie de la caverne)

    • Théorie de la double activité : le Principe produit en surabondance (acte second, dérivé) sans se détourner en rien de ce qu’il est (acte premier)

  • L’Intellect : effet de l’Un et se retourne vers lui (le Père). Effet d’émanation et effet de retournement vers cette émanation. Comprend toute les formes intelligibles

  • L’Ame : naît de l’Intellect. Au-dessous de l’Ame, il existe la matière sur laquelle agit la nature. Mais faible consistance…

L’éthique plotinienne

  • Mouvement de retour spirituel entraîne tension : nous sommes dans un corps, Dieu l’a voulu. Il y a nécessité d’introduire de l’ordre et de la rationalité dans le monde matériel

  • Sortir de son corps : pensée intuitive. Sortir du monde des sens pour entrer dans le monde intérieur, visible avec les yeux de l’âme, …

  • Premier niveau, les vertus politiques : prudence, courage, tempérance, justice, qui sont vertus cardinales selon Platon. Cela nous aide à modérer les passions suscitées dans l’âme par le corps, et à régler nos relations avec les autres hommes dans le cadre de la cité

  • Mouvement de conversion intérieure : condition à la sagesse

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