Comment le voyage me fait aimer l’Europe

“Toi, tu as voté Macron, c’est obligé !”, me disait-on l’autre jour au retour d’un périple européen. J’ignore comment mon interlocuteur a violé le secret des urnes… Mais effectivement, j’aime l’Europe. Je l’affirme avec d’autant plus de fierté que l’Union européenne, aujourd’hui, fait naître des sceptiques. L’Europe, c’est l’effacement des frontières. Or rien ne contrarie plus le voyageur que les limites, de quelque nature qu’elles soient.

Au fil de mes voyages, je mesure la chance que nous, citoyens européens, avons de nous déplacer librement et sans contrainte sur quasiment tout le continent. En 2007, lors de mon premier voyage international en solo (à Bruxelles, tout un symbole), puis en 2012 lorsque j’ai pris l’avion seul pour la première fois, j’ai découvert le pouvoir de ma carte d’identité. Ce bout de plastique rangé en permanence dans mon portefeuille suffisait donc à entrer en Suède, en Hongrie ou en Lettonie. Avec ce document, je peux aussi bien m’aventurer tout là-haut en Laponie que dans les îles Canaries, au large des côtes sahariennes. Quatre millions de km² “open bar”. Un climat varié et une multitude de langues. Pas de visa. Pas de paperasse à remplir à l’ambassade. Pas d’attentes interminables à la douane. Et bien souvent, nul besoin de passer par un bureau de change.

Franchir la frontière « sans y voir goutte »

Je n’ai jamais mieux perçu l’absence de frontière qu’en bus de nuit. A l’époque pas si lointaine où j’empruntais encore les “cars Macron” (encore lui), j’avais coutume de m’endormir en France et de me réveiller au petit matin dans un pays voisin. J’émergeais à Berlin ou Turin sans avoir “ressenti” le passage du Rhin ou des Alpes. L’autocar avait glissé tranquillement sur la route sans être inquiété par les gardes-frontières. Il passait crème.   

Bien que les autocars aient remplacé les trains-couchettes, je repense à ces lignes de Mes trains de nuit d’Eric Faye. Un souvenir de l’époque du Trans Europ Express. Un éloge au monde ferroviaire déconstruit dans une Europe en construction :

 

“La République démocratique allemande (RDA) était de ces pays que l’on traversait de nuit sans y voir goutte, sans que le train s’arrête nulle part. J’étais parti de la gare du Nord le soir du 11 novembre, sur un coup de tête, après avoir appris que la RDA n’exigeait plus de visa de transit ou les délivrait à la frontière. Pour la première fois depuis des décennies, Berlin était ville ouverte. Cela n’a l’air de rien, une petite formule comme ça, ville ouverte, maintenant que la paix est devenue une coutume.”

L’Europe à la portée de tous

Un jour où je débattais de l’Europe, quelqu’un a lancé : “Les compagnies aériennes ont fait bien plus pour l’Europe en dix ans que les Etats en soixante.” Il est vrai que les prix bas (dont je me suis fait une spécialité) sont une invitation au voyage. C’est une main tendue aux jeunes qui veulent découvrir leur continent et, à travers lui, l’Histoire, leur histoire. J’ai toujours du mal à comprendre pourquoi certains se privent d’une telle opportunité, préférant se complaire, par exemple, dans une routine festive. Pourquoi, dans la fleur de l’âge, s’enfermer dans ses habitudes au lieu d’investir quelques dizaines d’euros pour élargir son horizon, ne fût-ce que quelques jours ? Sans doute que l’Europe ne leur apparaît pas assez exotique, excitante ou ensoleillée à leurs yeux…

 

➡ Lire : Comment j’en suis venu à voyager seul dès l’âge de 7 ans

 

Un tour d’Europe devrait être prescrit à tous les jeunes qui l’habitent. Un peu à l’image du “Grand Tour”, cette tradition du XVIe siècle qui poussait les jeunes britanniques de bonne famille à sillonner, plusieurs années durant, les sentiers du Vieux-Continent. Je ne peux que regretter l’abandon d’un merveilleux projet, débattu en 2016 à Bruxelles : celui d’offrir un pass Interrail à tous les Européens de 18 ans pour leur permettre de sillonner à volonté l’Europe en train. Imaginez ! L’été de ses 18 ans, prendre son sac à dos, se laisser emmener au gré des aiguillages et rencontrer ses voisins. Mais que voulez-vous… L’économie saque les utopies.

Un regret : n’être pas parti en Erasmus

Nous sommes autant Français qu’Européens. Déambulez dans les rues ou les musées d’une ville et vous comprendrez que la France ne s’est pas faite sans l’Europe, ni l’Europe sans la France. Regardez parmi vos amis : il y en a forcément un dont l’ancêtre est allemand, polonais ou que sais-je encore. Où que vous alliez, il y a toujours un mot, un événement ou un personnage qui nous ramène à la France. Au fil des siècles, la guerre, l’art et l’économie ont tissé des liens entre les pays. C’est un coup à oublier que Picasso était Espagnol, Frédéric Chopin, Polonais et Léonard de Vinci, Italien. Allez à Berlin ou Varsovie : vous vous replongerez dans vos cours d’Histoire et serez étonné de voir à quel point les événements se répondent entre eux de part et d’autre de l’Europe.

Comme je l’ai déjà évoqué, je n’ai pas suivi mes études avec un grand enthousiasme, préférant m’éprouver dans l’école de la vie. Une chose que j’aurais dû faire pour rendre ma scolarité moins ennuyeuse aurait été de partir en Erasmus. Maintenant que j’ai souvent l’occasion de parler d’Erasmus dans mes papiers, je regrette profondément de n’avoir pas étudié en Espagne ou en Italie. J’aurais probablement noué un rapport intime avec ce pays, jusqu’à en maîtriser la langue. Mais cela ne m’a pas empêché de découvrir l’Europe d’une autre manière, en la sillonnant chaque mois de mes pas curieux. Ma manière de célébrer notre continent.