Time out of mind: Dissociation dans le monde virtuel

L'article suivant, publié il y a dix ans, traite de la manière dont l'interaction avec la réalité virtuelle représente une partie séquestrée du soi. Cela devient un monde fantastique dans lequel les règles qui régissent à la fois l'identité individuelle et les relations personnelles sont modifiées. En thérapie, c'est un aspect inaccessible à la réflexion sur soi et au changement qui l'accompagne.

Tout en facilitant grandement la facilité d’interaction à travers le temps et les frontières géographiques, le monde virtuel présente un environnement irréel composé de connexion instantanée et de gratification. Les rencontres en ligne sont utilisées comme des alternatives apparemment épanouissantes aux relations «en direct». Notre culture a adopté avec enthousiasme cette réalité de substitution sous forme de journaux en ligne, de bavardoirs et de jeux, ainsi que de pornographie sur Internet et de sollicitation sexuelle. Il fait désormais partie intégrante de la société moderne et continuera sans aucun doute à le faire, à mesure que les nouvelles générations trouveront des moyens sans cesse novateurs de l'intégrer à la vie quotidienne.

Préoccupation du monde virtuel

Cependant, nous sommes déjà conscients qu'une préoccupation excessive à l'égard du monde virtuel peut perturber à la fois le fonctionnement productif et le développement de relations satisfaisantes. Des expressions telles que «dépendance à Internet» sont déjà entrées dans le lexique et font référence à des comportements similaires à la dépendance à la drogue et à l'alcool, entraînant une déficience scolaire, sociale et professionnelle. Que nous soyons technophiles ou troglodytes en tant que cliniciens psychanalytiques, il est presque certain qu'une préoccupation excessive de la réalité virtuelle entrera dans nos salles de consultation avec nos patients. En tant que tel, nous devons le considérer comme un aspect important du fonctionnement mental, puis concentrer les puissants outils à notre disposition pour tenter de le comprendre, pour nous-mêmes et pour nos patients.

La participation excessive d’un individu à Internet peut toutefois s’avérer difficile à engager en milieu clinique. Il peut devenir séquestré, hors du temps, intensément privé, honteux et sous-déclaré. Il reste donc un espace personnel, dépositaire de pensées et d’émotions dissociées, non lié au va-et-vient auto-réflexif des sentiments qui favorisent la prise de conscience et le changement (Aron, 2000).

Résumé de l'article

En abordant ce phénomène nouveau et déroutant, je vais d'abord résumer brièvement les données sur les abus sur Internet. J'examinerai ensuite le concept de dissociation et l'appliquerai comme moyen de comprendre ces incursions dans le monde virtuel comme un temps perdu dans le temps – des expériences déconnectées des pensées et des sentiments qui les assimileraient à un récit biographique en cours. Enfin, je présenterai deux vignettes cliniques illustrant la variété de formes que l’abus d’Internet peut prendre. Je ferai valoir que chacune de ces illustrations, l'une impliquant un jeune garçon et l'autre, une femme dans la trentaine, représente une manifestation de défenses dissociatives. Bien que leur utilisation d'Internet soit très différente sur le plan extérieur, elle a la même fonction en tant que monde interpersonnel divisé et étranger, qui protège un État fragile. Je discuterai de la nécessité d'inviter le matériel dissocié dans la dyade thérapeutique afin qu'elle devienne un aspect conscient et intégré du moi. J'examinerai le processus thérapeutique comme impliquant à la fois une interprétation verbale et une ancrage relationnel dans la personne du thérapeute.

Les références:

Aron, Lewis (2000). L'auto-réflexivité et l'action thérapeutique de la psychanalyse. Psychologie psychanalytique17, 667-689.

Toronto, Ellen L. K. (2009). Time out of mind: Dissociation dans le monde virtuel. Psychologie psychanalytique. 26 (2) 117-133.